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2019 : Cohérence d’un choix…

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Au moment où, comme ils l’aiment tant, les Sénégalais sont entrés dans un nouveau cycle fiévreux aussi verbeux que pompeux, cette fois-ci au nom d’une élection présidentielle pourtant importante, il est difficile de retenir leur attention pour un débat serein.
C’est la ruée. Le méli-mélo. Comme dans une arène de lutte. Et depuis quelques jours, c’est surtout une course infernale, presque sauvage, mais enfantine, comme au jardin d’enfants, hélas impliquant des adultes, qui tentent de se positionner dans un landerneau politique détraqué.

Sur le tableau, dans la scène, cinq gladiateurs sont prêts à en découdre, dans le but de conquérir les cœurs et les votes.
Beaucoup m’ont demandé ici et ailleurs de choisir l’un d’eux. Même des marabouts influents. Même des parents directs ou par alliance. A priori, face à la forte tentation de les suivre, je me retiens.
Je voudrais prendre date ici et maintenant: en dehors d’un Macky Sall qu’il faudra sanctionner, dès le premier tour, pour le punir de son incurie, de ses détournements, de sa promotion des plus médiocres et détestables individus dans notre société, et pire encore de son prisme ethniciste, il pouvait m’être possible de choisir l’un quelconque des quatre autres candidats restants.
Ils ne sont certes pas parfaits comme tout le monde. Et comme le dit l’adage le mieux est l’ennemi du bien, il faut savoir fermer les yeux sur certaines tares pour ne pas rater, par naïveté, la chance de faire avancer ne fut-ce qu’un tout petit peu la cause qu’on défend.
De ces quatre candidats, j’ai eu à faire des critiques les concernant que je maintiens.

1-
Ousmane Sonko, fougueux en diable, deus ex machina, mais à la fois imbu de sa personne et entouré de petits types qui pensent pouvoir brider les réflexions contraires à celles de leur héros, est-il mature pour prendre les rênes d’un pays aussi complexe que le Sénégal? Certes, le moment d’une transition générationnelle joue en sa faveur mais en voyant son directoire de campagne, je me suis demandé où sont les jeunes, espoir et présent du pays, et où est la Diaspora qui l’a plus que tout porté à son niveau actuel dans la politique nationale?

2-
Idrissa Seck: nul ne peut nier qu’il est le plus doué dans l’art de la politique sénégalaise que tous les autres et qu’il semble s’être assagi à force d’avoir connu des revers qui ont presque failli mettre fin prématurément à sa vie politique. Mais ses démêlés judiciaires et son Protocole dit de Reubeuss restent encore des zones d’ombres non-encore élucidées. Son aplomb solitaire, son arrogance, sa certitude de faire les choses avec des formules risibles, genres 4-4-44 ou 1-3-15-45 je ne sais quoi, me semblent relever d’un charlatanisme intellectuel hors de propos dans un pays qui a besoin de solide perspective claire, sans fioritures, compréhensible et unificatrice. Cela dit, le Idy que j’ai vu l’autre jour chez lui m’a donné l’air d’avoir pris de la bouteille et d’être plus capable d’écoute et d’humilité. Il mérite une seconde chance. C’est pourquoi, à l’image d’un Bill Clinton, je l’ai appelé le comeback-kid, un enfant prodigue, de retour pour “right his wrongs”, redresser ses torts et donner droit à l’expression de son incontestable talent. Vrai, légitime, héritier politique de Wade, il doit se méfier de l’être de ses micmacs financiers ou familiaux, partisans.

3-
Professeur Issa Sall m’a séduit par son calme, son pragmatisme et sa scientificité. Autour de lui, j’ai trouvé une équipe qui note ce qui se discute, les orientations, et qui tente d’agir. Dans son engagement politique, il se révèle un redoutable homme de résultats: dans les parrainages, il a eu le plus grand nombre et aux législatives il a dépassé les autres candidats de l’opposition. Que ses accointances avec Serigne Moustapha Sy laisse planer le doute sur son autonomie vis-à-vis de cette figure religieuse controversée du Moustarchidisme, aussi flou qu’il peut être violent, pose problème. En ce 20eme siècle, comme prédit par l’universitaire Samuel Huntington, le choc des civilisations restera religieux puisque Malraux, lui aussi, avait raison sur l’ambition spirituelle des Sapiens.
Je pense cependant que le Professeur Sall est un homme d’équilibre capable de tisser large, jusque dans les autres confréries et confessions. Ne connaissant pas assez son passé, je ne peux cependant me porter garant de ce qu’il traîne ou non comme casseroles.

4-
Madicke NIANG, soupçonné de tous les pêchés d’Israël, accusé de collusion avec l’ennemi, présenté en traitre de son…bienfaiteur, Abdoulaye Wade, celui qui s’est appuyé sur les gens, comme moi, pour arriver au sommet mais se prend en droit d’exiger que tous se rangent derrière son incapable-voleur de fils, karim, le seul qui doit compter. Je ne suis pas l’ami de Madicke et je crains même qu’il soit un pion qui s’est détourné de Macky Sall, celui qui croyait le tenir en laisse. Je le félicite de s’être libéré des chaînes de l’esclavage. Son principal tort a été d’avoir pris part à la nouba. Notamment d’avoir participé au pillage des mines du Sénégal.
Il n’en demeure pas moins que malgré sa voix fluette et son allure qui n’en impose pas, son coup de poker politique est à l’image du troisième larron ayant pris la mise quand les autres se chamaillent. Sans aspérités, sénégalais sous tous les rapports, capables de naviguer dans les eaux de Touba à Tivaouane, de la politique de Doha aux eaux obscures du Pds jusqu’au…Maquis, et chez les irascibles monarques Wadiens, il est capable de rassurer. C’est un homme soluble dans toutes les eaux, mais de là à le considérer comme quantité négligeable, c’est une naïveté qui peut surprendre comme les Wade et caciques du Pds, et Macky, l’ont appris à leurs dépens.

CONCLUSION:
Tout ceci pour dire que face au choix qui se présente, en dehors d’un appel à chasser l’incompétent voleur et ethniciste Macky, en respectant le vote des autres, je choisis, pour le moment, de garder le secret de mon vote qui ira à l’un des quatre candidats au premier tour.
Au second tour, comme je le souhaite, je livrerai mon choix.
Il ne sera pas fait par fanatisme ni les yeux fermés.
Je ne me suis pas battu au cours de toutes ces années pour soustraiter, confier, pire, brader mes valeurs et convictions à qui que ce soit. Le futur Président du Sénégal devra être réceptif et accepter que le temps où un individu et son camp nous dirigerons à sa guise est révolu. Je resterai disponible pour mettre à la disposition de mon pays des années d’expertise et d’expérience, d’investissements lourds et de patriotisme.
Par cohérence avec moi-même, je refuse d’être du folklore qui veut que des politiciens sans bilan ni personnel ni professionnel crédibles alignent derrière eux des acteurs sociopolitiques comme dans une foire à bétail pour prendre le leadership d’un pays et n’en faire qu’à leur tête.
Engageons la conversation sérieusement au lieu de la laisser entre les mains de spéculateurs politiques, sortis d’on ne sait où, qui ancien vendeur d’essence, qui riche par quelle magie et d’autres encore à l’identité problématique, décider de notre destin.
Alors Idy, Sonko, Madické, Issa, sachez-le: je ne donne à personne une carte blanche, la science infuse n’existant pas et les enjeux qui nous interpellent exigent qu’on en parle et qu’on les gèrent ensemble, au nom de l’intérêt général.

Sur cette base, seulement sur cette base, je m’engagerai, soldat patriotique sans prétention mais collectif, derrière le futur président, en espérant avoir contribué à son élection au deuxième tour, que j’estime incontournable.

Que Dieu sauve le Sénégal.

Ps: Je dédie ce texte à un jeune enseignant Sénégalais de l’école polytechnique de Lausanne, qui se reconnaîtra. Et à toute la Diaspora sénégalaise dont le talent devra davantage être intégré dans la marche post-electorale du Sénégal. Son unité pour y peser s’impose !