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373 MORTS en Indonésie : Les rescapés face au chaos

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En Indonésie, le bilan n’a cessé de s’alourdir depuis que l’éruption du volcan Anak Krakatoa a entrainé un tsunami qui a déferlé sur les côtes de Java et de Sumatra. Selon les chiffres officiels, il y aurait au moins 373 morts et plus de 1 400 blesses, un chiffre qui devrait malheureusement continuer à progresser dans les jours qui viennent.

En descendant du nord au sud de la route côtière la plus à l’ouest de Java, les dégâts causés par le tsunami en front de mer se font de plus en plus visibles. À partir d’une vingtaine de kilomètres, les premières constructions légères, tout en bois, sont écroulées sur la plage. Et à la hauteur de la plage de Carita, ce sont cette fois les maisons plus solides, en béton, qui sont éventrées et des véhicules accidentés comme s’ils avaient percuté un arbre.

Sur la plage de Kosambi, les quelques restaurants qui servaient du poisson ou des fruits de mer ne sont plus qu’un tas de bois et de tôle mêlé au sable. Une dizaine de personnes accroupies à côte en veulent au gouvernement. Les difficultés techniques ne leur parlent pas, ils estiment qu’ils auraient dû être alertés du tsunami, ce qui n’a pas été le cas.

Le gouvernement pointé du doigt

Manager dans la construction, Rudi Santara, 36 ans, soupire derrière ses lunettes rondes. « Malheureusement nous, les gens d’ici, n’avons pas été prévenus, nous n’avons reçu aucun avertissement préalable de la part du gouvernement. Je pense que c’est le rôle des autorités de prévenir la population du risque d’un tsunami, que ce soit à la télévision, à la radio ou qu’importe. Les gens sur place doivent être alertés à propos de ce type de problèmes. Nos organisations en charge des catastrophes naturelles doivent s’en soucier. Ce n’est pas tolérable que cela se passe comme cela ! »

Ibu Rami, 55 ans était restauratrice sur cette plage. Elle nous interrompt pour s’en prendre au président indonésien, Joko Widodo, surnommé Jokowi. Elle l’accuse de ne pas se soucier d’eux. Car quelles que soient les difficultés techniques de prévention d’un tel tsunami, ces habitants n’en démordent pas, ils auraient dû être alertés.

Un homme confie d’ailleurs à notre envoyé spécial, Joël Bronner, qu’il vient à présent surveiller lui-même le niveau de la mer, parce qu’il craint un nouveau raz de marée et qu’il n’a plus confiance en d’éventuelles informations officielles. Une inquiétude partagée par les experts, qui mettent en garde contre le risque de nouvelles vagues mortelles dues à l’activité volcanique.

Témoignages

Tous les survivants racontent que face aux vagues, ce samedi, ils ont dû fuir dans la nuit, non pas en direction des hauteurs – il n’y en avait pas à proximité – mais loin, le plus loin possible de la plage. C’est notamment le cas d’un jeune étudiant et de ses amis, qui a raconté cette nuit de cauchemar à la directrice de l’ONG CARE, Helen Vanwel.

« J’ai discuté ce matin avec un étudiant, qui s’appelle Farrel, et qui était là avec 8 amis pour les vacances. Quand le tsunami est arrivé, il était 10h du soir, donc il dormait. Lui et ses amis ont vu l’eau entrer. Les gens hurlaient, criaient… Donc ils ont couru pieds nus jusqu’à l’arrière-cour de l’hôtel. Heureusement, le mur du fond de l’hôtel s’est brisé sous le poids de l’eau, ce qui leur a permis de s’échapper. Il m’a dit qu’ils étaient terrorisés, je peux encore l’entendre dans sa voix. C’est arrivé samedi soir, on est lundi soir ici, et il est encore traumatisé. Il m’a dit qu’ils avaient eu peur de mourir. Ils sont revenus le lendemain, à la recherche d’autres personnes. Ils ont vu beaucoup de blessés, et aussi quelques personnes décédées, donc ils ont eu beaucoup de chance. »

Recherches

Des équipes de secouristes munis d’excavatrices et d’autres équipements lourds tentaient de dégager les débris lundi, tandis que des milliers de personnes ont été évacuées sur les hauteurs. Certains sauveteurs travaillaient à mains nues.

« L’armée et la police passent les ruines au peigne fin pour voir s’il y a d’autres victimes », a expliqué Dody Ruswandi, haut responsable de l’Agence. Les opérations de secours devraient durer une semaine. Des organisations humanitaires ont aussi envoyé des secours sur place pour tenter de retrouver des survivants.

La Croix rouge indonésienne est notamment mobilisée. Dans la région de Banten, sur la côte ouest de l’ile de Java, l’une des plus touchées par le tsunami. L’eau a balayé les plages avant d’emporter les maisons et charrié tout ce qui se trouvait sur son passage. Dans ce chaos, les secours continuent de rechercher des survivants.

« Nous essayons toujours de retrouver des survivants avec nos équipes de sauveteurs, explique la porte-parole de la Croix rouge, Aulia Arriani. Notre plus grand défi est qu’il y a encore beaucoup de débris causés par le tsunami : vous savez les arbres qui sont tombés, et puis il y a des voitures absolument partout. C’est pour ça que c’est très dur de trouver quelqu’un qui est prisonnier potentiellement des débris. Mais on continue de chercher. Maintenant les autorités locales ont fourni tout l’équipement nécessaire pour nous aider à nettoyer les zones encombrées. »

Dans cette province de Banten, la Croix rouge apporte également une assistance d’urgence pour les blessés et ceux qui ont tout perdu.

Situation précaire des femmes

Et dans une situation de catastrophe naturelle, les femmes les sont plus affectées parmi les survivants, explique Helen Vanwel, directrice de l’ONG CARE en Indonésie. « Elles doivent garantir la santé de leur famille : ce sont elles qui s’occupent des enfants et qui sont chargées des besoins élémentaires, comme avoir de l’eau. Ce sont souvent les femmes qui vont chercher de l’eau, et elles doivent fréquemment faire de longues distances pour ça. Ce qui est difficile aussi, c’est que les toilettes sont très dures à trouver, même quand elles ont été reconstruites. »

Surtout que c’est une frange de la situation très fragile. « L’autre chose à prendre en compte, c’est que les veuves et les mères célibataires sont souvent les catégories de population les plus pauvres. Donc quand une situation comme celle-ci arrive, la nourriture disponible devient très chère. Bien sûr, elles ont du mal à trouver de l’argent pour acheter cette nourriture. Et quand il faut reconstruire les abris, c’est aussi une tâche très difficile pour elles. » Rfi.fr