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3ème Mandat, On Peut ! (Par Pathé Mbodje)

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Même Fou et Malade en plus, Malal Talla en bouche un coin aux constitutionnalistes les plus avertis : Macky Sall briguera un troisième mandat puisque la loi fondamentale le lui permet et il réunira en temps opportun le Conseil constitutionnel pour se faire confirmer ; poussé dans ses derniers retranchements par ceux-là mêmes qu’il a nourris, le président de la République s’est braqué et sollicitera in fine un troisième mandat. Pour manifester un signe de vie et, comme sous Me Wade en juin 2011, négocier sa sortie.

L’artiste Malal Talla Fou malade, toujours en avance sur son temps, rejoint ainsi un ancien garde des Sceaux qui a consulté à titre personnel d’éminents praticiens du Droit aussi bien au Sénégal qu’à l’extérieur ; tous l’ont conforté dans son intuition selon laquelle l’actuelle Constitution donne le plein droit au président Macky Sall de pouvoir légalement prétendre à un autre terme ; cet ancien ministre ajoute cependant à la nébuleuse : « Un mandat a deux sens, celui qu’on reçoit et celui qu’on se donne ». Comprenne qui pourra !

 

Tous ceux qui ont affirmé le contraire dans son camp ont été limogés, de l’ancien ministre de la Justice, tailleur constitutionnel pour Vip, Ismaëla Madior Fall, excellent professeur d’université et piètre politique qui s’est essayé sur le terrain glissant de la ville de Rufisque, au malheureux Sory Kaba qui mérite bien son nom anglais, en passant par Seydou Guèye repêché par la suite. Par stratégie  : l’Alliance pour la République, parti du président , refuse d’être l’éternel mouton de Panurge et les alliés ne dit pas sûrs, malgré les bonbons octroyés  ; au surplus, le Parti socialiste cherche ses marques et la libération de Khalifa Sall pousse à un raidissement de la position antérieure.

L’alerte avait pourtant été donnée dès le départ par certains, dont Amsatou Sow Sidibé dès 2017, à la veille de la Journée des Droits des Femmes qui a relancé la polémique sur le nombre de mandats qui s’offrent à Macky Sall. Le leader de Car Leneen estime encore aujourd’hui que l’actuel président peut légitimement prétendre à un troisième mandat ; sa conviction se base sur l’absence de mesure conservatoire qui aurait cependant donné un caractère personnel à une loi fondamentale théoriquement intemporelle et impersonnelle.

Dans le même temps, sur la radio « Futurs média », un autre professeur, Babacar Guèye, tombait sous la même critique en affirmant, en octobre 2017 : « Quand on a rédigé la Constitution, on a dû oublier certainement (sic) de prévoir des dispositions transitoires. Il fallait ajouter des dispositions transitoires pour prévoir que le mandat en cours fait partie du décompte des deux mandats que l’actuel Président peut avoir, ce qui fait que le président Macky Sall, en 2024, peut envisager de briguer un troisième mandat comme l’avait fait le président Wade. Par contre, il n’est pas trop tard pour rectifier la donne puisqu’une révision constitutionnelle peut être opérée pour définitivement clore le débat » (Rfm). Depuis, un ange est passé, outré par le jeu des adultes de dire et se dédire.

Le débat d’octobre 2017 entre professeurs d’Université (Amsatou Sow Sidibé, Ismaëla Madior Fall) et constitutionnalistes (Babacar Guèye) n’est donc toujours pas tranché et devrait aider à une conclusion à la fois technique et politique : à la lettre, rien n’interdit la passe de trois, malgré le déni de l’intéressé lui-même. 

La sagesse de Macky Sall sera peut-être de prendre de la graine avec l’histoire récente du 23 juin 2011 et de la position qui a toujours été la sienne dans ce dossier. Sans passion, lui qui n’est pas dénoué malheureusement d’un certain entêtement. Rien que pour tenir la barbichette à ceux qui rêvent de prendre sa place et qui le poussent à la sortie à peine réélu. 

Pathé MBODJE, M. Sc,
Journaliste, sociologue