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À PROPOS DE LA DÉNOMINATION « PESTE PORCINE AFRICAINE »

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La plaque ci-dessous est semble-t-il affichée sur des aires d’autoroutes en France. Son impact en terme d’image est énorme.

Ce qu’on appelle « la peste porcine africaine » est même considérée comme « une menace économique pour l’Union Européenne ».

L’expression « peste porcine africaine » est discriminatoire et devrait être abandonnée. Les diplomates des États africains devraient saisir l’Organisation mondiale de la santé et faire comme les Mexicains en 2009. Des diplomates mexicains s’étaient en effet déclarés outrés par la dénomination « grippe mexicaine » utilisée dans les médias pour faire référence à la grippe porcine H1N1. Ils avaient demandé et obtenu la cessation de cette utilisation qui nuisait à l’image de leur pays. L’OMS s’en était tenue aux expressions « grippe porcine », « grippe H1N1 » et « influenza porcine ». Elle montra donc la voie aux médias.

Le Mexique venait de gagner une bataille médiatique. Ce pays se montrait soucieux d’avoir le contrôle sur son image.

L’image est source d’enrichissement.

L’appellation « peste porcine africaine » participe du crime médiatique contre les Africains, car dans la conscience collective mondiale, ce continent est celui des fléaux. Cette dénomination nourrit l’imaginaire raciste différentialiste perceptible en…Afrique même. Il n’y a pas si longtemps en effet, en Algérie, une députée, Naïma Salhi ainsi que le président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’Homme, Farouk Ksentini, avaient appelé au rejet des Africains migrants jugés « vecteurs de maladies ».

Le mal c’est l’autre que l’on décrit comme ne faisant pas partie de soi. C’est l’autre dont l’image nous rebute et avec qui l’on ne saurait cohabiter.

Aucun pays n’aimerait voir son nom associé à une maladie ou à une expérience négative qui altérerait son image.

Les Français n’ont pas gardé la dénomination de « maladie française » utilisée largement en Europe au 15e siècle. Les 25 000 soldats du roi Charles VIII envoyés à Naples s’étaient tellement livrés à la débauche qu’ils ont répandu la syphilis en Italie et dans toute l’Europe. Les Napolitains parlaient de « gale française », Allemands et Anglais insistaient sur la terrible « maladie française ».

On le voit, à cette époque déjà, par les mots, on jetait l’opprobre sur l’autre, en le rendant responsable du crime.

Beaucoup de sources actuelles disent que la syphilis a été propagée par les colonisateurs en Afrique. Dans l’ouvrage collectif, « Le livre noir du colonialisme », sous la direction de l’historien Marc Ferro, on cite les maladies introduites par les colonisateurs parmi lesquelles la variole et les affections vénériennes. On sait même qu’à Saint-Louis du Sénégal, les maladies vénériennes occupaient le peloton de tête des maladies traitées dans les années 1880. Il a été noté à cette époque une fréquence de ces maladies chez les soldats coloniaux dans les garnisons.

Aujourd’hui, le nom du peintre français Gauguin est associé au virus de la syphilis, transmis à ses partenaires lors de son séjour à Tahiti. La variole, elle, est associée à Christophe Colombe.

A-t-on parlé pour autant parlé de  » maladie française » ou « italienne »?

En 2004, le journaliste Allemand, Carl Gierstorfer, dans un documentaire, a fait remonter l’origine du Sida en 1908, en pleine période coloniale. L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch affirme dans ce documentaire le rôle de la colonisation dans la propagation du virus.

Tout ceci pour dire que dans un continent qui souffre déjà de son image altérée, continuer à forger des concepts discriminatoires à son encontre, contribue à le discriminer davantage. Il faudrait d’ailleurs étudier l’impact de ces dénominations négative sur le racisme subi par de nombreux ressortissants et descendants d’Afrique.

Il urge donc que les fils de ce continent reprennent en main leur image et la valorisent. Mais en commençant par en découdre avec ceux qui, sur le plan interne, contribuent à la rendre déplorable. Ce qu’on appelle « développement » n’est au fond qu’une façon de rendre son image attrayante et respectable.

Khadim Ndiaye