Home»A la une»Absence de pluies à Linguère : Les éleveurs, dans le désarroi, alertent

Absence de pluies à Linguère : Les éleveurs, dans le désarroi, alertent

0
Shares
Pinterest Google+

Presque la fin du mois de juillet ! Les éleveurs du département de Linguère sont entre le marteau du retard des premières pluies et l’enclume du manque de pâturage. L’inquiétude est à son comble.

En effet, il n’y a plus de réserves fourragères. De Dahra à Barkédji en passant par Warkhokh, c’est le même décor. Le tapis herbacé est inexistant et le ciel tarde à ouvrir ses vannes au grand dam des éleveurs qui ne savent plus à quelle localité se fier.

Si certains d’entre eux se décarcassent à longueur de journées pour faire nourrir leur cheptel avec les moyens du bord (maïs, carton, …), d’autres se sont rués avec leurs bestiaux vers d’autres cieux plus cléments où l’herbe a commencé à pousser avec l’installation progressive de l’hivernage. La grande transhumance ne s’arrête pas.

Enquête, votre canard préféré, dans le cadre de ses reportages sociétaux, a donné la parole à des pasteurs qui qualifient la situation comme une catastrophe naturelle.

Reportage

Un marbath vide pour cause de transhumance

Il est 12 heures à Dahra Djoloff. Le soleil est au zénith mais les populations vaquent librement à leurs occupations. Un tour au foirail quotidien de Dahra communément appelé Marbath nous a permis de mieux comprendre la situation.

Comprenant que notre destination est le marché des petits ruminants, le charretier qui nous conduit peste contre les revendeurs de fanes d’arachide et de foin. Ecœuré, il les traite de mécréants.

Nous arrivons sur la vaste place à l’air libre ; d’habitude si grouillante de moutons et de chèvres. A notre question de savoir pourquoi cette rareté, Algassoum Sylla, éleveur de renom dans cette zone, nous fait savoir que ses compères « ont transhumé vers le Saloum car le tapis herbacé a disparu depuis belle lurette. »

Dans le département de Linguère, le commerce de l’herbe est en cette période une activité très florissante qui permet à beaucoup de chefs de famille de gagner leur vie. Mais comment ? Dès la fin des travaux champêtres, entre décembre et janvier, ils entassent d’énormes quantités d’herbe sèche. Au bout d’un semestre, ils commencent à écouler par charretée, par sac et même par camionnette leur stock. En juin-juillet, les prix passent du simple au double voire triple. Une situation décriée par les acteurs du sous-secteur de l’élevage. Mais n’empêche les plus téméraires n’en ont cure. Ils continuent de faire cette activité sans être inquiétés par les autorités étatiques.

 L’élevage intensif comme solution

  1. Sylla propose à ses pairs, l’élevage intensif pour éviter un tel scénario. Il ne sert à rien d’élever des centaines de têtes sans être en mesure de leur assurer la nourriture toute l’année. Pour cet éleveur, « les pasteurs gagneraient à s’organiser pour faire ce type d’élevage qui est plus rentable » conseille-t-il.

Dans toutes les communes du département de Linguère où l’élevage est l’activité la plus pratiquée, l’on vit la même situation. On pratique l’élevage aérien pour nourrir le cheptel : les éleveurs s’adonnent à la déforestation. Cette coupe abusive des arbres pose souvent des différends entre les éleveurs et les agents des Eaux et Forêts qui ont comme mission principale la protection de la nature.

Du souci à propos de la tabaski

Selon le chef du foirail Baba Ndiaye « la situation est alarmante et peut avoir des répercussions sur la célébration de l’Aïd el Kébir car les moutons risquent de ne pas manger à leur faim. Au moment où les vendeurs de foin se frottent les mains car le sac qui s’échangeait à 2000f est vendu à 4.500f.

Barkédji accuse les transhumants…

De l’avis d’Awa Alassane Sow plus connue sous le nom d’Awa Dembel Sow, présidente départementale du Directoire des femmes en élevage (DIRFEL), « la commune de Barkèdji est un carrefour. Les éleveurs du Walo qui étaient en transhumance dans le Saloum passent quelques jours à Barkèdji à leur retour en début d’hivernage. Leurs animaux broutent l’herbe qui commence à pousser. Lorsqu’ils retournent au Saloum à la fin de la saison des pluies, ils emportent tout sur leur passage. »

 

…et opte pour la culture fourragère

C’est pourquoi, pour parer à cette situation dramatique, elle a « opté pour la culture fourragère qui est pratiquée presque par tous les grands éleveurs ».

Un malheur ne venant jamais seul ; il y’a un phénomène qui hante le sommeil des éleveurs de la zone sylvopastorale. Pour Awa Sow « le vol est un véritable problème de sécurité dans cette zone et les éleveurs ne dorment plus du sommeil du juste car ils sont inquiétés par les malfaiteurs ». « Les voleurs doivent subir de lourdes peines pour que ce phénomène soit éradiqué » affirme-t-elle.

Malgré les assurances de Pape Ngor Ndiaye, prévisionniste à l’ANACIM qui a annoncé à travers les ondes de SUD FM « un regain des activités pluvio-orageuses sur une bonne partie du territoire sénégalaise » au moment où ces lignes sont couchées, les éleveurs du Djoloff, ne dorment plus que d’un seul œil.

Le service départemental de l’élevage rassure…

Joint par nos soins, l’inspecteur départemental de l’élevage tente de rassurer les sceptiques en soutenant qu’il n’y a pas de péril en la demeure. Pour Mamadou Moustapha Cissé « la situation est un peu critique car les populations sont dans l’attente des premières pluies et les transhumants attendent les premières gouttes d’eau pour signer leur retour au bercail.

Relativisant la situation M M Cissé précise « l’Etat a doté 1000 T d’aliment de bétail aux éleveurs à 5200f le sac soit une réduction de 2.800F pour leur faciliter l’achat de l’aliment de bétail qui vaut 7 500f dans les marchés.

…mais les éleveurs attendent le ministre de tutelle en  sauveur.

A moins de quatre jours de la visite du ministre de l’Elevage et des Productions animales Samba Ndiobène Ka dans le cadre d’une tournée nationale, les éleveurs du département de Linguère l’attendent avec une pluie de complaintes.

Dernière minute :

Enfin, le ciel a ouvert ses vannes. En fin d’après-midi, il a plu une faible quantité. Mais dans la nuit du mercredi 24 au jeudi 25 juillet, la première pluie est tombée sur toute l’étendue du Djoloff. Largement répartie. Plusieurs localités ont été arrosées : Dahra, Mbeyène, Yang Yang, etc. Une première pluie utile de 49 mm !

Comme s’ils n’attendaient que le signal, les paysans ont débuté les semailles.