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Chers consœurs et confrères, JE REFUSE ! (Mamadou L. Bâ)

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J’observe, comme vous, l’évolution des médias au Sénégal. C’est aussi sérieux que surveiller son champ pour ne pas le laisser détruire par les singes après de durs labeurs, pour le campagnard que je suis. Inutile de dire que les médias sont infiltrés d’usurpateurs à tous les niveaux. Patrons de presse, reporters et consommateurs de l’information, précisément les politiques. La perception m’inquiète donc.
Nous nous dirigeons vers un rendez-vous important de notre pays, de notre démocratie, de notre or vert : la paix. Je veux dire les élections présidentielles. Je le souhaite ainsi que vous, que notre pays franchisse ce pont sans qu’il ne tangue ni qu’il ne cède. Pour y arriver, il y a un travail collectif de conduite à tenir pour éviter de le heurter et le fragiliser davantage qu’il ne l’est déjà. Je m’adresse à mes collègues journalistes.
Beaucoup d’entre nous disons que nous sommes apolitiques. Pour mon cas, ce n’est pas le cas. Je suis politique et je l’assume. Mais pas seulement. Je suis surtout « républicain ». Pas avec la naissance de l’Alliance Pour la République mais bien avant, même si c’est mon parti depuis 2009. Ceux me connaissent le savent. Je pense que c’est le cas pour certains d’entre nous Je vous le concède aussi. Je refuse toute dépolitisation.
Mais il y a plus important : la paix, la stabilité et la prospérité de notre pays. Je constate une certaine dérive, que nous ne pouvons mettre sur le dos de quelqu’un d’autre, encore moins les politiques, moi, y compris. Nos positions dans nos productions ont des conséquences dans la société sénégalaise, dans le quotidien de nos compatriotes, dans l’évolution –positive ou négative- de notre pays. Je refuse de bruler mon pays.
Ces derniers temps, un an voire un an et demi, le champ politique se renouvelle avec un nouveau type de personnel et une nouvelle méthode de séduction de l’opinion. Une nouvelle classe se dessine. Non ! Nous la dessinons. Il y a une guerre entre différentes chapelles qui enfume notre espace public. Ah, « l’Espace Public ! Cet espace de contradiction d’idées, de positions et d’avis, assaisonnés d’argumentations au profit de la « Cité ».
Nous sommes embarqués dans une course à l’information qui nous use physiquement, psychologiquement et socialement. Je refuse d’être l’esclave de l’actualité, surtout pas celle politique. Je reçois, comme vous, tous les jours des communiqués de partis ou mouvements politiques. Je me suis résolus de ne plus en publier. Le faire, c’est opter de ne faire que cela. Alors qu’il a des sujets plus importants pour le peuple.
Je suis, comme vous, la classe politique et son agenda qu’elle nous impose à la limite. Se soumettre à cette dictature politico-médiatique, c’est abdiquer devant une bête qui finira par nous consommer après l’avoir élevé dans notre propre enclot. Parce que certains d’entre nous sont si  attachés à des politiques qu’ils finissent par devenir des proies de leurs amies et amis politiques. A mon avis, c’est dangereux.
C’est comme un  journaliste embarqué dans une colonne d’une armée sur le théâtre de l’opération et dont les chargés de communication ne laissent filtrer que l’information qu’ils veulent faire passer : puissance de feu, guerre sans bavure, etc… Tout sauf la réalité. Je refuse d’être l’otage d’une armée politique qui me mène par le bout du nez. A entendre parler certains, lire d’autres, je frisonne. Je refuse d’avoir cette peur que nous créons.
Je refuse de céder à la dictature de la précarité qui oblige certains à courir derrière certains politiques qui « remboursent le transport ». Et si on marchait, à côté du peuple ? Ça fait un peu de sport collectif non ?  Je refuse d’être victime d’une tendance d’une opinion à la construction de laquelle nous, journalistes, avons contribuée. L’économie, la culture, le culte, l’environnement me paraissent plus essentiels qu’une course effrénée derrière les politiques.
A tous ceux qui ont appris ce  métier, dans une bonne école sérieuse, je vous appelle à une introspection pour ne pas dire à la retenue. Nous disposons d’un instrument- les médias- qui construit autant qu’il détruit. Un peu partout à travers le monde, nous avons des exemples : au Rwanda avec sa radio milles collines, en France avec Charlie Hebdo et d’autres médias qui ont construits les « cités invivables ».
Nous connaissons les conséquences : c’est des suites dramatiques, difficiles à gérer et qui continuent de hanter les auteurs, les victimes et les complices. Complices j’ai dit ! Je refuse d’être complice d’un lendemain incertain de mon pays. Depuis un certain temps, je vois des posts sur Facebook, des commentaires dans les réseaux sociaux et des prises de positions qui m’inquiètent.
Je suis d’autant plus inquiet que la violence prend des proportions inégalées alors qu’on est encore à des mois des élections. Je refuse d’être une courroie de transmission d’une violence psychologique que certains politiques exercent sur le peuple. Je refuse d’être complice d’une décomposition de la morale dans la classe politique. Je refuse de me soumettre à un dictat de la médiocrité qui pollue l’espace politique. Je suis journaliste.
Mamadou Lamine Ba journaliste