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Couvre-feu à deux vitesses : Les paumés matraqués, les riches favorisés

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Au Sénégal il semble qu’il vaut mieux être riche que paumé. Sinon comment comprendre que pendant que l’État d’urgence est décrété, le couvre-feu instauré, que certains richards fêtards dans l’âme puissent circuler jusque tard dans la nuit, griller leurs pétards, siffler leur pinard et rentrer peinards sans être inquiétés par les policiers fouettards.

Pourtant lors de l’instauration du couvre-feu, Ali Ngouille Ndiaye le premier flic du pays avait laissé entendre qu’il était formellement interdit de circuler au-delà de 20 heures. Et l’arrêté  publié à cet effet stipulait clairement : en application des dispositions du décret n° 2020-830 du 23 mars proclamant l’état d’urgence, sont interdites :

la circulation interurbaine des personnes et des biens pendant toutes les heures ; la circulation des personnes et des biens dans toutes les circonscriptions de 20 heures à 6 heures. Mais  ne sont pas concernés par cette interdiction de circuler les présidents d’institutions de la République, les ministres, secrétaires d’État, députés, ambassadeurs, personnel de santé, forces de défense et de sécurité, préfets, sous-préfets, des avocats, huissiers, notaires, et commissaires-priseurs…

Dans le même document il est aussi mentionné que le ministre de l’Intérieur, les gouverneurs de région et les préfets de département peuvent délivrer des autorisations spéciales de circuler en cas de nécessité. Et c’est justement la délivrance ces autorisations spéciales de circuler à des non ayants droits qui a suscité moult interrogations chez les populations et surtout au niveau des réseaux sociaux. Aussi, concernant les orgies organisées par des fils de riches et qui ont fini dans le drame,  les internautes se demandent «sur quelles bases les personnes impliquées dans cette affaire ont pu se pavaner tranquillement en cette période de couvre-feu.» Parce que les faits se sont passés au moment où tout le monde était censé être chez soi.  Détenaient-ils des autorisations de circuler ?

Qui les a délivrées ? En foi de quoi ? Autant de questions qui méritent réponse. Parce qu’il semble que  certains privilégiés  ne sont  nullement inquiétés par les forces de l’ordre dans les rues de Dakar au-delà de 20 h.  Au même moment les paumés qui ont l’outrecuidance de braver le couvre sont traqués, matraqués et humiliés par la police dès lors qu’ils s’attardent dans la rue. Des gosses qui sont obligés de disputer la rue aux policiers étant donné que pour la plupart, ils vivent à l’étroit  sont tabassés et n’ont bénéficié d’aucune mansuétude.

Au même moment, les fils de riches qui ont tout le confort requis pour rester chez eux prennent leur pinard dans des lieux qui ferment tard malgré le couvre-feu selon certaines infos relayées par la presse. En tout cas si c’est ces informations  d’autorisations de sorties nocturnes sont vraies, ce serait la pire des fautes lourdes pour l’autorité qui les a délivrées et une enquête sérieuse doit être menée et les fautifs sanctionnés.  Comme le virus ne fait pas de distinction entre  riches et paumés, le couvre-feu devrait être scrupuleusement être respecté par tout le monde étant donné que c’est dans le but de briser la chaîne de transmission qu’il a été instauré. Mais cette histoire qui défraie actuellement la chronique  montre   que corona n’a pas réussi à freiner les deux vitesses alors qu’il frappe sans distinction de classe sociale encore une fois.

Par Par El Hassane SALL (Tribune)