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Décentralisation & Aménagement Du Territoire : Un 4ème Acte Pour Corriger

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Le Sénégal avait exagéré les particularismes locaux avec une décentralisation à outrance. Aujourd’hui, à l’heure des regroupements d’espaces  géographiques économiquement valables, l’État veut restructurer sans réveiller les démons de la division.C’est le temps des pôles-territoires avec, cependant, une volonté et des moyens politiques qu’il faudrait développer pour assurer une survie liée à l’eau.

Louga, Diourbel, Matam, Saint-Louis. La zone soudano-sahélienne du Sénégal pose un problème d’équilibre au développement : les séquelles de la grande sécheresse de 1974 sont trop fortes pour permettre un aménagement territorial équilibré, gage de développement. Le gouvernement cherche ainsi à revenir sur l’acte 3 de la Décentralisation, à l’heure des grands ensembles territoriaux, comme la nouvelle France de 2016 avec ses régions réduites désormais à 13, non sans peine ni ressentiments ou…superstitions ; si le centre et le sud assurent bien leur rôle, malgré le péril au sodium en Casamance et la salinisation des terres dans l’ancienne région de Sine-Saloum par manque d’eau, le déséquilibre est flagrant avec le nord, prolongement du désert : faute d’une bonne maîtrise de l’eau, l’ancien désert du Ferlo (cartes d’État-major de 1960) et zone des 6 forages de la colonisation se meurt. Gaye, 2017, qui a suivi la pluviométrie dans cette partie septentrionale du Sénégal, note ainsi que « Les écarts à la moyenne révèlent une très grande variabilité interannuelle avec une forte présence d’années déficitaires (29/60 à Saint-Louis, 33/60 à Podor et la moitié de la série à Matam« -1).

Revenir sur l’Acte 3 de la décentralisation, c’est considérer la région au sens physique sur la géographie humaine, avec les dissensions sociologiques importantes : ethnies, religion et croyances populaires, totems et tabous, etc. C’est passer de la royauté à l’État administratif : Fouta, Djolof, Oualo, Ndiambour, Baol, c’est revenir sur le découpage sur la base de considérations autres pour viser un équilibre économique certain, une aire de développement intégrée, cohérente, facilement adaptée à son environnement national, dans une recherche de pôles-territoires de développement viables.

Le Ferlo  représente près d’un tiers du territoire national et les pluies y sont rares pour une population nomade  transhumant dont la limite est la mer, à l’ouest, versPotou, dans la région de Louga ; cette population est essentiellement peul vivant en harmonie avec des minorités maures, ouolof et sérère : c’est une zone d’élevage intensif.

La recherche d’une mise en valeur passait par la sédentarisation de ces habitants en le regroupant autour de points d’eau ; c’est la période des forages à partir du milieu des années 40 (Le Ferlo des forages-Horizon, horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers15-06/010004749.pdf, JO de l’AOF, Supplément du 4/4/1914 par Claveau).

Claveau avait pourtant perçu le devoir de solidarité des zones excédentaires en eau pour les autres parties de ce vaste territoire ; le Ferlo, c’est en effet le pas géométrique vers la zone de crête du fleuve Sénégal, mais surtout, la plus grande réserve d’eau douce du pays avec la dépression naturelle  du lac de Guiers, à Keur Momar Sarr. L’administrateur colonial avait oublié son rôle dans le dessèchement de la zone avec les travaux de déforestation des forêts de goniakiers (pour les aires d’accostage) et de dragage du fleuve pour le rendre navigable, de Saint-Louis à Podor, et l’érection du barrage de Keur Momar Sarr qui « liquidait » littéralement les vallées encore humides allant vers Diourbel.

La grande sécheresse des années 70 incitera à une recherche de solution autour de l’eau : c’est l’opération «L’eau à Linguère» de Abdou Diouf, thème decampagne de 1993, précédée par le projet «Canal du Cayor» du même président ; il insistera avec le Projet de Revitalisation des Vallées fossiles que le nouveau régime de l’Alternance, en 2000, s’empressera de laisser tomber à… l’eau devant les réticences des partenaires du Nord. 

Le président Abdoulaye Wade avait pourtant les mêmes soucis que les Socialistes pour la zone avec l’idée du « Canal du Baol« ; les difficultés de cohabitation avec le voisin du Nord seront la parenthèse dans laquelle il enfermera ses idées. Ainsi, près de 10 milliards de mètres-cubes d’eau sont chaque année rejetés en mer, pour des besoins écologiques, alors que la coopération internationale, chinoise de préférence, nous propose de l’autre côté de les désaliniser, dans une logique que seule peuvent comprendre les initiés ; il aurait cependant suffi d’en prélever une infime partie, de la réinjecter dans les vallées mortes, pour résoudre le sort de milliers de personnes vivant dans le dénuement le plus complet.

Des exemples existent, de revitalisation du désert, du projet Toschka au Croissant turque, en passant par Israël.

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Demba Gaye, « Suivi de la pluviométrie au Nord-Sénégal de 1954 à 2013 : étude de cas des stations synoptiques de Matam, Podor et Saint-Louis », Norois, 244 | 2017, 63-73.