Home»Contributions»Développement, et si l’Afrique s’inspirait de l’Asie ? (Mbargou Makhtar LO)

Développement, et si l’Afrique s’inspirait de l’Asie ? (Mbargou Makhtar LO)

2
Shares
Pinterest Google+

L’histoire récente nous a permis de voir que l’Afrique et l’Asie émergente partagent un passé commun à travers la colonisation et l’extrême pauvreté au début des périodes d’indépendances. En 1955, une trentaine de pays africains et asiatiques ont accédé à la magistrature suprême et 29 d’entre eux se sont donnés rendez-vous en Indonésie pour marquer l’entrée sur la scène internationale des pays décolonisés du tiers monde : c’est la conférence de Bandoeng. Ce rapprochement politique entre les deux continents avait pour but de soutenir les autres pays à accéder à la souveraineté nationale. De cette organisation, on voyait une union qui pouvait être élargie à d’autres domaines de collaboration comme l’économie et la culture mais la vision à l’époque des leaders comme Nasser, Nehru, Soekarno et Zhou Enlaï étaient orientés vers la politique d’émancipation des autres colonies. Néanmoins les pays asiatiques avaient commencé à réfléchir sur des plans de développement qui pourraient les tirer des affres de la pauvreté dans le court et moyen terme.

La Corée du Sud et le Sénégal se valaient dans le domaine économique au début des années 1960. Aujourd’hui les performances de la Corée lui ont permis de multiplier par 17 son économie par rapport au niveau de l’année de référence en 1960. Ces grands bons économiques sont partagés aussi en Chine, au Japon, en Indonésie, en Malaisie, et sont sous-tendus par le triptyque : discipline, travail et patriotisme.

Dans l’Asie émergente, la discipline est au début et à la fin de tout processus, d’ailleurs elle est la règle innée à tout citoyen : on l’enseigne pas mais on nait avec ! Cet état de fait a permis à ces pays d’avoir le préalable nécessaire pour bâtir une nation par l’organisation et la méthode. Une fois dans ces pays, le civisme de la population est perceptible à partir de l’aéroport, tout individu a une fonction précise et est formaté à rendre juste le service qui lui est confié sans excès aucun. Pourtant à eux seuls, c’est presque la moitié de la population mondiale et c’est très rare qu’on y évoque des accidents de bousculades que ce soient dans les lieux de loisirs ou de travail.

Le travail, c’est la devise partagée par tout cet ensemble, l’exemple de la Chine et du Japon respectivement 2e et 3e puissance économique mondiale en est la parfaite illustration. Ces deux pays, dans un passé récent, précisément à la fin des années 1940 ont connu des événements tragiques qu’aucun autre peuple ne pouvait surmonter sans une détermination et une croyance en soi  : la Révolution chinoises de 1949 et les Bombardements par l’arme nucléaire de Nagazaki et Hiroshima. Mais aujourd’hui ces pays comptent et sur le plan financier mondial, ils achètent même les dettes de pays européens montrant ainsi leur vitalité économique. Bien que bénéficiant de transfert compétences, ces pays doivent leur prospérité grâce à leur investissement dans le capital humain. Aujourd’hui, les sciences sont érigées comme le levier qui doit tirer le développement. Les universités et les laboratoires pullulent dans toutes les provinces de ces pays et les résultats s’accumulent dans tous les domaines : astronomie (missions au niveau de l’espace), technologies (satellites de télécommunications), industrie automobile, aviation et défense (avions et équipements militaires), culture (cinéma et parcs d’attractions). Pourtant ces acquis ne leur ont pas été servis sur un plateau d’argent au contraire c’est le fruit de sacrifices de toute une génération aspirant à participer au devenir du monde futur. Le travail a permis aujourd’hui à l’Asie d’avoir des représentants dans toutes les instances de décisions mondiales et on peut citer entre autres le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union stratégique des pays émergents qu’est le BRICS. Ces consécrations ne sauraient être possibles sans une dose de patriotisme.

Le patriotisme des peuples asiatiques dépasse de loin le cadre civique et il est étendu à  tous les secteurs vitaux au développement : dans la production, le commerce et la consommation. Les pays asiatiques ont une préférence nationale des services et des biens qu’ils produisent. Ce modèle économique encourage aussi l’utilisation des bras nationaux dans la chaîne de production permettant ainsi une garantie de l’emploi aux populations. La puissance démographique aussi est très bien exploitée car les 1.3 milliards de chinois constituent un échantillon très représentatif du marché mondial. Et dès lors que le marché est loin d’être saturé, l’entreprenariat y trouve ainsi son compte d’où l’émergence de jeunes capitaines d’industrie dans les pays asiatiques.

Aujourd’hui, l’Afrique présente tous les atouts dont disposait l’Asie au moment de son décollage économique à savoir la démographie avec une population active composée majoritairement de jeunes, des territoires inexploités et des vastes étendues d’eaux et même mieux, l’Afrique possède des ressources minières énormes et subit rarement des catastrophes naturelles (volcans, typhons, tremblement de terre). Tous ces avantages regroupés devront déboucher sur une émergence certaine mais à condition que chacun de nous soit conscient de la pierre qu’il doit apporter à l’édifice et faudrait-il aussi que ce qui sont appelés à définir les politiques des nations soient dotés de visions claires et d’objectifs bien fixés.

Mbargou Makhtar LO

mbargou.lo@gmail.com