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Dr Charles Doucouré : «La sensibilisation est plus efficace dans la lutte contre le trafic de faux médicaments»

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Le doyen des pharmaciens du département de Linguère s’est confié sensite. Dans cet entretien, il revient sur la grève annoncée par pharmaciens. Il fait aussi des suggestions, dans le cadre de la lutte contre le fléau des médicaments contrefaits. Dr Charles Doucouré, le premier pharmacien installé au Djolof depuis une trentaine d’années, se prononçait en marge d’une cérémonie de remise de matériels scolaires à l’école Dahra 4 dont il est ancien président de l’APE.

 

Ce mercredi, toutes les officines de pharmacie seront fermées pour cause de grève. Est-ce que le département Linguère sera en reste ?

Dr Charles Doucouré : C’est une situation très regrettable. Ce n’est pas indiqué qu’une pharmacie puisse fermer parce qu’en tant que responsable on n’aimerait pas porter préjudice à la population. Mais le problème est très sérieux suite à une saisie de médicaments contrefaits d’une valeur d’un peu plus d’un milliard de francs cfa. Le principal suspect a été arrêté et avant que le dossier ne soit vidé, il a été relâché. Personne n’a compris dans quelle condition, il a été gracié. Il est vrai qu’il s’agit de l’affaire des marchés parallèles, mais en plus, il y a le problème de dépôt. Les pharmaciens ont décidé d’essayer de sensibiliser un peu plus l’opinion. Donc, il fallait dans un premier temps faire une assemblée générale et fixer une journée de baisse de rideau. Moi, je pense que c’est une forme de sensibilisation qui nous permettra d’informer les populations. Le combat a duré parce que l’autorité a été saisie depuis belle lurette. Mais maintenant, il reste à avoir des informations plus claires. Il parait que le président du syndicat a reçu la promesse d’être reçu par les autorités. Il est vrai que les pharmaciens devraient profiter de cette  occasion pour assouplir un peu le mouvement et permettre au bureau d’écouter les autorités pour avoir des informations très claires sur la libération de ce présumé coupable mais certains ont préféré durcir le ton. La lutte est là. Elle est permanente. Nous y croyons. On verra la suite.

En quoi ces médicaments contrefaits constituent un danger pour les patients ?

Dr Charles Doucouré : Les médicaments contrefaits sont très dangereux car ils ne sont pas entre les mains des pharmaciens. Il y a deux problèmes. D’abord ce sont des produits contrefaits. Ensuite, ils sont entre les mains de gens qui n’ont aucune connaissance en la matière. Ils n’ont reçu aucune formation. Concernant la délivrance et le mode d’emploi, on ne peut pas identifier ces individus. Ce sont des malfaiteurs. C’est un grand danger pour les populations. Mais au Sénégal, on peut dire que la lutte a évolué parce que si vous allez dans certains pays de la sous-région en roulant, on voit au bord des trottoirs, des tables bien remplies en médicaments contrefaits. On peut dire qu’un pas a été fait mais il reste du chemin. En tout cas, c’est un grand danger pour les populations. Comme on a l’habitude de le dire dans sa définition : « s’il ne vous soigne pas, le médicament va vous intoxiquer ».

En tant que doyen des pharmaciens, qu’est-ce que vous préconisez comme solutions pour lutter contre les médicaments contrefaits ?

Dr Charles Doucouré : Les problèmes sont nombreux. Il y a d’abord le trafic de faux médicaments bien vrai que la gendarmerie, la douane ont fait d’énormes efforts. Concernant le jugement, les choses ont beaucoup changé. Comme solution, je pense que la sensibilisation est plus efficace. Ensuite, on doit s’approcher des autorités pour les inviter à faire des efforts concernant ce problème. Il est vrai qu’au Sénégal, on a un contexte tout à fait particulier. Dès fois, on parle de lobbies car il y a énormément de gens qui tournent autour des médicaments. Ils ne sont pas concernés mais malheureusement ils sont très influents. C’est un contexte particulier qui complique la lutte. Les médicaments ne sont plus chers. Au niveau des officines, il y a l’avènement des génériques. Les médicaments sont accessibles. Le problème est presque résolu parce qu’au Sénégal, la localité la plus reculée dispose de pharmacie gérée par des professionnels.