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ÉDUCATION : LAÏCITÉ, TRADITIONS ET COMPETENCES

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MISSIONS IMPOSSIBLES OU CONTREPERFORMANCES ? 

“L’éducation est une merveille qui n’a pas de prix. Chaque dépense dans l’éducation est un investissement pour un Sénégal plus instruit, un Sénégal de progrès, un Sénégal de prospérité.” Macky SALL.

Notre pays, le Sénégal, vise à travers la présente loi d’orientation scolaire, n° 91-22 du 16 février 1991, la formation d’hommes et de femmes capables de:

  • travailler efficacement à la construction du pays;
  • promouvoir les valeurs pour la liberté, la démocratie pluraliste;
  • développer le sens moral et civique ;
  • respecter le bien commun, les droits de l’homme, les lois et les règles de la vie sociale.

Lors de la dernière cérémonie de remise des prix aux lauréats du concours général, le Président de la République a relevé la baisse du niveau des élèves ainsi que la faiblesse des résultats aux examens scolaires au regard des efforts consentis, un sentiment partagé par une importante frange des parents, des enseignants des apprenants et même des employeurs.
Si nous considérons la période allant de 2005 à 2015, le TBS[[1]]url:#_ftn1 à l’Elémentaire, au Moyen et au Secondaire affiche respectivement en moyenne  83%, 45% et 27%.
Dans la même période le taux d’abandon moyen au Primaire et au Collège oscille entre 8 et 9%, atteignant 20% au Moyen pour culminer à 22% au Secondaire.
Quant aux résultats aux examens scolaires, le CFEE affiche en moyenne 50,2%, le  BFEM 46.2% et le Baccalauréat 34,8%.
Ainsi sur 300.000 élèves inscrits en CI, moins de 25.000 accèdent à l’Enseignement supérieur au bout de 13 ans d’études.
Cet inquiétant taux de déperdition, explique en partie la présence massive des enfants de la rue communément appelés « talibés », le fort taux d’analphabétisme ainsi que du faible niveau de qualification des artisans dans les différents corps de métier.
Les sorties prématurées des enfants découlent de la non application des dispositions de l’article 3 bis de la loi n°2004-37 du 15 décembre 2004.
Les conditions de travail, l’environnement physique et pédagogique, la perspective offerte par la quatrième révolution industrielle, la qualité du triangle pédagogique, le statut de l’enseignant  et l’organisation stratégique du système ainsi que les curricula méritent une analyse de corrélation entre les différentes variables en jeu afin d’apporter les corrections nécessaires.

Sommes-nous en face d’une quadrature qui serait la cause lointaine d’un mal, déjà palpable dans les autres segments de la société. Notre pays, le Sénégal est en proie à une situation sociale marquée par des faits très souvent regrettables.
Parmi les maux qui nous assaillent, il y’a l’ignorance, l’indiscipline et l’intolérance qui occasionnent la plupart des accidents macabres avec des centaines de décès, des milliers de blessés et des dégâts matériels et financiers très importants.
Que dire des injures, des agressions, des chantages et autres dérives qui brisent la confiance mutuelle, l’empathie et le bon voisinage.
Nos petites différences, éléments constitutifs de notre force de cohésion, sont lues sous l’angle d’un prisme déformant et amplifiées par des pyromanes pour justifier leurs actes ignobles et monstrueux.
De plus en plus, nous assistons à la recrudescence de viols, de cambriolages et de meurtres en ville comme en campagne.
En dépit du professionnalisme des forces de police, le sentiment d’insécurité perturbe la sérénité des populations et favorise une peur suscitée par la surmédiatisation des événements. Partout, de jour comme de nuit, dans la rue et même dans l’intimité de nos domiciles, les délinquants rodent et  commettent leurs forfaits.
Quand survient l’irréparable, on s’indigne, on s’émeut, on réprime, on juge, on condamne….
Vous conviendrez avec moi que ces phénomènes sont en train lentement, mais sûrement de modifier nos rapports sociaux, de détruire les fondamentaux de la culture sénégalaise connue pour son hospitalité, son élégance, sa courtoisie, bref sa “Téranga” légendaire et qui,  à terme risquent de mettre en  péril  notre obligation et commun besoin de vivre ensemble.
Or, en admettant que J. J. Rousseau avait raison en affirmant que ‘’l’homme naît bon, c’est la société qui le déprave’’, alors il est grand temps de procéder à une introspection et d’interroger la nôtre.
Et par ailleurs, en convenant que l’Éducation est le processus par lequel l’homme acquiert des connaissances, des compétences, des valeurs morales qui configurent savoir, savoir-faire et savoir-être, qui permettent d’installer durablement les changements intellectuels, affectifs et sociaux durables, alors nous devrions aussi nous interroger sur la responsabilité de notre système d’éducation.

  • Le système éducatif colonial a t-il subi les ruptures épistémologiques attendues par la communauté pour s’adapter concrètement aux enjeux d’un développement inclusif et articulé à nos cultures, nos traditions et nos valeurs tout en restant ouvert?
  • Les différentes politiques et réformes entreprises ont-elles permis de former le profil du sénégalais décrit dans la loi d’orientation n° 71-36 du 3 juin 1971[[2]]url:#_ftn2 et repris dans la loi 91-22?
  • Les curricula et les référentiels de formation ont-ils forgé les leviers adéquats pour résoudre les problèmes de développement de nos territoires?
  • L’organisation et le pilotage du système ainsi que les ressources injectées ont-ils permis aux acteurs de produire les performances attendues?
  • Le statut de l’enseignant a-t-il permis à ce dernier de jouer pleinement son rôle d’éducateur?

Résoudre la question de l’Education est un impératif, comme indiqué par Jules Ferry, je le cite « …entre toutes les questions, entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes,  j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme , de cœur, de puissance physique et morale: c’est le problème de l’éducation du peuple. » Fin de citation.

Abdoulaye DIATTA
Conseiller municipal à Keur Madiabel