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Et si le panafricanisme économique devenait une réalité ? (Par POUYE Ibra)

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L’Afrique, une autre réalité. L’Afrique, un autre terrain tellement glissant qu’on s’y perdrait. L’Afrique, un autre univers tellement compliqué qu’on y laisserait son âme. Ce que ahane à tout va la presse occidentale, abonnée aux malheurs et affres du continent africain.

Inutile de ressasser cette idée saugrenue parce que l’Afrique est en marche et renaît peu à peu de ses cendres enfouies dans la braise. En effet, le panafricanisme économique est en train de renaître grâce à certains chefs d’Etat qui veulent poursuivre le rêve déjà entamé des pères du panafricanisme tels que Kwamé Krumah, Thomas Sankara.

C’est ainsi qu’est née la Zlec( Zone de libre-échange continental), en un 21 mars 2018, à Kigali. Un projet-phare lancé par le président Paul Kagamé. Le sphinx africain. Un modèle de dirigeant même s’il est d’obédience très libérale et gérant ce petit Rwanda avec une main de fer. Est-ce nécessaire, ce mode de gouvernance ? Une question faisant référence à une pléthore de réponses on ne peut plus claires. Au début de ce projet, le Nigeria, une des locomotives de l’économie africaine opposa un niet  catégorique, faisant fi de cette unité africaine tant chantée par les pères fondateurs du panafricanisme. Ladite solidarité entre états est derechef remise en question. En effet, la Zlec est une vieille idée que le rwandais Kagamé a ressorti de ses tiroirs.

En fait, elle permet aux économies africaines locales de tendre vers le développement et l’émergence mais dans un but purement inclusif et africain. La Zlec, du Caire à Johannesburg passant par Dakar à la corne de l’Afrique, permet aux pays africains de s’émanciper sur le plan économique. Ce rêve tant caressé est en train de devenir une réalité. L’Afrique s’unit pour être une force pouvant porter très haut sa voix dans le concert des nations! La Zlec, est-elle une vaine gloriole de ses présents fils qui essaient de porter le fardeau de leurs pères fondateurs ? La Zlec permet un libre-échange entre états en termes de personnes, de services, de marchandises et de transfert de capitaux. Mais ne serait-ce que cela? Serions-nous libres et autonomes à ce point ? Vu l’histoire nous liant à l’Europe. Car cette dernière nous avilit et pompe toujours nos richesses avec la complicité cachée de bon nombre de dirigeants du continent. La Zlec est née pour être un grand marché africain.

Sur le papier, le projet fait pâlir de jalousie certains contempteurs de l’Afrique. Elle devient un rêve à portée de main. Et elle est aussi une autre forme d’expansion économique entre états africains. C’est-à-dire la plus grande zone de libre-échange au monde. En fait, avec la Zlec, certaines contraintes tarifaires voire douanières seront levées. Une certaine émergence doublée d’une autonomie économique par le biais du libre-échange. Et Niamey a été choisi pour être le théâtre de l’opération. En quelques jours, une cérémonie en grande pompe et un ballet de personnalités ont rythmé la vie de cette nation. Mais il est évident que ce projet mettra des décennies à se mettre en place mais l’idée est ô combien ambitieuse et audacieuse ! Effectivement, il faut à l’Afrique de la folie dans ses idées pour pouvoir avancer cahin-caha sur le chemin dantesque du développement mondial.

Les difficultés s’amoncellent déjà et ne sont pas que d’ordre économique. Les obstacles sont aussi très politiques. Regardons tout près de nous ; le Maroc et l’Algérie, le Rwanda et le Congo Kinshasa avec des conflits larvés sur fond de divisions. Les guerres sbur fond de critères ethniques ; au Mali, en Centrafrique et tutti quanti. La plupart des économies locales africaines sont trop tournées vers l’exportation, vers ce marché ô combien complexe ! Et laissant le marché intérieur africain exsangue. Peu d’entente entre états et une situation alarmante. En effet, la Zlec doit être dans une logique de complémentarité entre états parce que l’Afrique, terre de Lucie, est ô combien riche mais mal exploitée, laissant ses propres populations en rade et dans une extrême pauvreté.

Produire différemment est le crédo que s’est fixée la Zlec et échanger autrement aussi est le maître-mot de ce méga projet. Il faut industrialiser de plus en plus les matières premières. Les commercialiser pour les mettre sur les marchés de la concurrence. Mais cette Afrique-là devra se réinventer et se transformer si elle veut atteindre cette émergence tant criée et festinée sur tous les toits du monde. Un des problèmes majeurs de la Zlec est l’enclavement d’une dizaine de pays sur les 54 que compte le continent. Ce qui rend à priori les le libre-échange continental difficilement applicable. En tous les cas, l’Afrique si elle veut réussir, devra imposer la notion de solidarité entre ses états. Une idée des pères-fondateurs du panafricanisme, ce serpent de mer. Et l’enjeu est une question de vie ou de mort. Le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Kenya ou le Ghana devront aider les autres qui sont dans le besoin. C’est cela la solidarité.

Redistribuer les richesses aux autres moins nantis. Gageons que la Zlec sera dans cette logique du partage des connaissances et des richesses sinon ce ne sera que pertes et profits. Cependant le bât blesse chez certains décideurs du continent qui craignent une concurrence déloyale des pays asiatiques, notamment la Chine et l’Inde qui inondent le marché africain de produits manufacturés. Pour parer à cette éventualité, le marché africain doit être sérieux et pouvoir se doter d’une arme redoutable, penser autrement tout en s’appropriant des réalités du terrain.

POUYE Ibra