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Gouvernement Accélérer La Cadence (Fast Tracking) … Sans Mimi : Macky Sall Tourne En Rond

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Sur la forme comme sur le fond du mieux d’État, Macky Sall traduit un profond malaise avec sa réforme constitutionnelle

Il ne faudrait pas succomber au charme des mots : en reprenant Aminata Touré sans Mimi, Macky Sall avoue qu’il tourne rond depuis 2014, avec le remaniement opéré cette année-là, avec l’arrivée du Premier ministre Mouhammad Boun Abdallah Dionne. Le « fast  tracking« , soit « accélérer la cadence« , en bon français (et non suivi rapide, traduction littérale), est une marque  déposée ; le traduire en donnant l’impression du neuf, c’est to serve an Old wine in a new bottle, pour parler français.

En servant un vieux vin dans une nouvelle bouteille, Macky Sall veut lutter contre une dissipation de l’énergie par un encombrement du circuit, selon le 4ème principe de la thermodynamique : il faut aller au plus pressé en éliminant les écrans que constituent le poste de Premier ministre et le fractionnement de l’effort avec le chevauchement de l’activité gouvernementale.

Une sagesse populaire internationale vérifiée depuis les années 90 voulait ; ce fut le temps de la cohabitation en France de Mitterrand (avec Jacques Chirac et avec Édouard Balladur), aux États-Unis qui révèlent Nanci Pelosi, en Russie avec un Elstine qui bombarde la Douma.

Au Sénégal, la crise post-électorale de 1988 conduira d’abord à la mise en place d’un gouvernement de majorité présidentielle élargie, sauce à laquelle s’accommodent les formations politiques avec les diverses coalitions notées depuis. Macky Sall vient toutefois d’en dresser les limites et d’en souligner les inconvénients avec cette densité physique qui conduit au découpage illimité du fromage politique et à l’encombrement de l’attelage gouvernemental,  annihilant toute synergie d’ensemble. Le 6 avril, en reconduisant son Premier ministre, il lui impose donc d’accélérer la cadence et de précipiter son propre dépérissement, pour permettre au chef de l’Etat d’être en première ligne, lui-même veillant désormais à réduire la taille du gouvernement pour plus d’efficacité.

Abdou Diouf l’avait testé, entre 1983 et 1990, avant de revenir en arrière. Après avoir proclamé partout, comme Macky Sall aujourd’hui, viser un « Moins d’État pour un mieux d’État ». Autant dire que le Sénégal tourne en rond et ne craint pas le ridicule : le mieux d’État est une période sombre de la vie des Sénégalais, soumis à rude épreuve pendant  20 ans, sur injonction des institutions de Bretton Woods…sans donner un résultat réel, comme depuis les indépendances.

La restructuration du ministère des finances a pu faire penser à une décision d’autorité, loin des caprices d’un Fonds monétaire international.

« Depuis trente ans, je milite pour l’érection d’un ministère plein de l’économie au Sénégal, séparé de celui du budget ; la politique de développement économique et social ne pouvant se réduire à la gestion de la contrainte budgétaire comme le veut le FMI. On va voir maintenant ».

La liquidation du poste de premier ministre est cependant révélatrice des pressions exercées sur Macky Sall : les candidats se bousculaient  au portillon primordial, voie royale vers présidentielle 2024 d’autant plus libre que l’actuel président n’en serait pas. Ceci posait alors une délicate dualité à la tête de l’État, facteur innervant de l’activité  gouvernementale ; seul Mouhammad Boun Abdallah Dionne ne voulait plus du poste…et c’est pourquoi il est choisi pour entament la réflexion sur les réformes constitutionnelles conséquentes, ce qui, dans l’esprit du président de la République, freinerait l’ardeur de ceux qui sont en réserve de la magistrature suprême. Supprimer le poste ne rime cependant à rien sur le destin présidentiel des candidats soucieux de ménager pour la susceptibilité du chef mais raccourcit le tracé, bien au contraire. Surtout s’ils ont désormais un parapluie international.

Au niveau politique, l’extermination de pans importants de l’espace politique (Médina, Ziguinchor…) renvoie aux bastions rétifs au pouvoir central lors de la présidentielle du 24 février, malgré un funambulisme politique avec au moins un élément par région. Il faut donc s’attendre au remaniement accéléré du gouvernement Dionne III.

Par Pathé MBODJE, M. Sc, 

Journaliste, sociologue