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Hommage à mes parents Emigrés. Je vous respecte ! (Par Mbargou Makhtar LO)

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Originaire de la province du Ndiambour (actuel Département de Louga), il m’a été donné de constater que le développement de mon terroir est supporté à un pourcentage élevé par nos parents émigrés.
Aujourd’hui, dans le secteur de l’habitat, Louga est très en avance par rapport au reste du Sénégal. Ce résultat est d’abord le travail de celui qu’on appelle le Bâtisseur du Ndiambour, El Hadji Djily MBAYE dont je me souviendrai toujours de sa fameuse phrase : « De tous les pays du monde, je préfère le Sénégal, et de toutes les villes du monde, j’ai choisi Louga ». Djily a été notre bienfaiteur, il nous a gratifié d’un Lycée Moderne au début des années 1980, d’un Hôpital Régional, d’un Palais Royal, d’une Cité pour les Fonctionnaires, d’une Grande Mosquée, de Routes bitumées et bordées de Lampadaires.
El Hadji Djily avait tellement d’ambitions pour son Louga natal, qu’il nourrissait le projet de collaborer avec l’Etat du Sénégal pour tenir à la fin des années 1980, le sommet de l’OCI à Louga. Cause pour laquelle, l’extension du Palais Royal avait été faite ainsi que la construction de villas aux alentours pour accueillir les hôtes dont la plus célèbre est la « Villa Mouhamed ».
Aujourd’hui le rêve de tout Lougatois est de perpétrer l’œuvre de Baye Djily mais cette contrée est dépourvue d’industrie et seul le commerce constitue l’unique activité économique car l’agriculture n’est que saisonnière. Ainsi vous comprendrez mieux pourquoi l’émigration est importante à Louga.
Ces braves gens se sont levés quand l’avenir était incertain; et dans l’aventure, ils ont gardé leur dignité. Chers parents émigrés, nous sommes très à l’aise pour poser et répondre à la fois à cette question : Que deviendrait Louga sans ses émigrés ? Une vaste campagne !
Même nous qui avions opté pour les études, vous nous avez encouragé. J’ai des parents émigrés formidables qui ont participé aujourd’hui à mon devenir. D’abord je veux citer Tonton Ndiouga Lo (Fat SEYE), qui m’a encadré durant une partie de mes études primaires et il avait fait de moi l’un des meilleurs de ma classe. Tonton Ndiouga est d’une intelligence et d’une simplicité rares, il avait tous les atouts pour être un grand cadre de l’Administration mais les tentations de l’émigration en ont décidé autrement. Tout autant j’ai une grande considération pour son frére Aliou, un autre Tonton d’une générosité débordante. Tonton Aliou est le premier à m’apporter de retour de voyage dans les années 90 un maillot du Bayern de Munich floqué KLINSAMNN. Ils avaient fait de moi par moment une star à l’école primaire surtout pendant les périodes d’hiver où ils rentraient au bercail.
Et que dire de Alla LO (Baye Tapha NDIAYE), qui m’avait apporté un portable Ericsson T10 au début des années 2000 et je me souviens à cette époque nous étions deux (2) à disposer de téléphone dans notre classe au Lycée Malick SALL. Nous étions deux oui et nous partageons le même banc, il s’agissait bien de moi et de Serigne Djily Mbaye, fils de Serigne Abdou Salam MBAYE, défunt Khalife de Mame Cheikh MBAYE.
J’ai relaté ces passages pour expliquer que la réussite des émigrés et de celle qui sont restés sont intimement liées. Ayant découvert la vie terrible en Europe, certains émigrés s’investissent dans l’éducation de leurs parents pour leur éviter les affres de l’aventure et c’est ainsi que j’ai vécu avec mes oncles.
Aujourd’hui, l’Europe n’est plus ce qu’elle était, vous y êtes restés parce que vous n’avez plus le choix. Tout ce qui compte pour vous c’est la survie de la famille. J’ai vécu l’histoire de Elhadj Mamadou Lo (à gauche) avec beaucoup d’émotions. Il a posté une photo le jour de la Tabaski, en train de manger, assis à même le sol, un plat de subsistance et plus loin dans son post, il a fait savoir qu’il a envoyé 500 000 f pour que la famille puisse bien passer les fêtes. Quel exemple de courage !
Nous sommes tous conscients que l’émigration dans sa forme actuelle n’est pas une solution mais que faire si les alternatives manquent. Quel est le projet abouti de l’Etat sensé les retenir ? Ce sont tous des flops ! Et le PRODAC en est une parfaite illustration. On reproche souvent les émigrés de ne pas investir, mais menager un projet nécessite parfois une formation, il ne suffit pas juste d’avoir les capitaux pour réussir. Dans cette ligne aussi l’Etat a totalement failli à sa mission d’offrir des formations pour une insertion des émigrés.
Enfin, j’espère que le nouvel instrument de l’Etat pour l’entreprenariat rapide qu’est la DER prendra en charge l’insertion et la reconversion des émigrés afin qu’ils jouent pleinement leur rôle dans la vie économique de notre cher Sénégal. Maintenant le défi pour l’Etat est de voir comment fixer ces braves gens tout en continuant à bénéficier des 1000 milliards annuels qu’ils font entrer dans notre pays. Voilà tout le génie qu’on attend de nos gouvernants.
Mbargou Makhtar LO