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Il était un leader… (Adama GAYE)

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La mort de George Bush-pere ne laisse plus que Mikhaïl Gorbatchev comme ultime Mohican de ceux qui ont fait le monde dans la phase ultime de la guerre froide, en 1989, avant de tenter de le remodeler. Bush rêvait d’un nouvel ordre mondial. Qu’il entreprit de forger dans les sables chauds du golfe arabe, en repoussant depuis Dahran, en Arabie Saoudite, les troupes irakiennes qui avaient eu le toupet d’envahir le Koweït, le 2 Août 1990.
Sur fond de senteurs pétrolières, dans un souci de réaffirmer la pax-americana sur un monde ou l’hyperpuissance yankee s’était retrouvée sans l’ennemi habituel, l’union soviétique, défaite et démantelée, Bush se prit pour le nouveau gendarme régulateur du monde. Je vécu en direct son ambition en le voyant la décliner, en début 1989, depuis le gazon de la Maison Blanche, siège de la Présidence américaine, à Washington. Ce jour-là, sous un soleil clément, flanqué d’un Mobutu Sese Seko, Président de l’alors Zaïre, devenu République démocratique du Congo, il avait tenu à prouver à la face du monde que les USA restaient attachés à leurs sous-traitants, préférant leur diable à celui des autres. Ex-grand patron de la CIA, ancien Vice Président de son pays, ex-Ambassadeur américain à Pekin, après le reprise des relations diplomatiques survenue en 1979, et ancien ambassadeur américain à l’ONU, Bush était probablement le plus cape Président que son pays avait jamais eu. En Mobutu, ce jour-la, comme j’en fis le compte rendu dans Jeune Afrique, Bush honorait un…honorable correspondant, l’homme de la CIA en Afrique centrale tout au long des années les plus chaudes de la guerre froide. La guerre en Irak, puis sa décision d’engager un processus de construction nationale en 1991 d’une Somalie ravagée déjà par des violences ethno-claniques, lui donneront une aura sans précédent. À la veille de l’élection présidentielle qui l’oppose à Bill Clinton en novembre 1991, son taux de popularité est à 91 pour cent.
Pourtant, il sera laminé. “C’est l’économie, imbécile”, fut le slogan que son adversaire sut utiliser avec une précision fatale contre lui. En rappelant que ses succès ailleurs avaient laissé l’Amérique orpheline, pendant que chômage, drogue et criminalité la ravageaient. Clinton fut un Trump avant la lettre dans la promotion de l’America First. Bush-pére, première victime expiatoire post guerre froide.
Sa mort hier signale la fin de ces grands acteurs qui ont façonné notre monde et les relations internationales contemporains. En compagnie de mains sures, comme Brent Scowcroft, James Baker, Dick Cheney et une jeune mais montante Condoleezza Rice, il avait su former la plus puissante équipe de la diplomatie américaine, dépassant même celle des Henri Kissinger, Georges Kennan et George McBundy…
Sans doute, c’est la puissance du label qu’il a su faire au niveau national du patronyme Bush qui a préparé la voie à l’arrivée d’un autre Bush, son fils, à la Maison Blanche.
Au départ, une famille enrichie par le pétrole au Texas, les Bush sont désormais un des noms les plus importants dans la distribution du pouvoir American. Mort après son épouse, Barbara, la préférée des américains, le père d’un ex-gouverneur de la Floride et grand-père d’une journaliste reconnue sur la grande chaîne américaine de télé NBC, Bush-père est, en un mot, le symbole d’une grande saga américaine. C’était un grand leader. Le type dont un monde déboussolé se trouve hélas privé. À son grand désespoir.
Ps: nous reparlerons des miasmes folkloriques de l’investiture du minuscule, chez nous, à notre grand dam!
Adama GAYE, 
journaliste-Consultant