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Il était une fois, Béchir Ben Yahmed… Par Adama Gaye*

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Le panache dans la mort. Partir en un jour aussi symbolique pour la liberté de la presse, il fallait être un capitaine de premier plan dans cette industrie pour le faire. C’est en cela que le décès, en ce jour mondialement consacrée à la presse, du Fondateur de Jeune Afrique, Béchir Ben Yahmed, est une signature qui le fait entrer, avec style et en fanfares, au panthéon des géants de ce corps.
C’est dire qu’une grosse perte vient d’être actée. Une page de l’histoire africaine qui se ferme.
Comme tous ceux qui sont passés par la grande maison, JA, j’ai eu des moments de douceurs et d’autres de tensions avec lui.
Mais tous ceux qui ont été dans cette Maison savait qu’il avait un soft-spot pour moi, n’hésitant même à me faire relire et corriger, avant publication, ses éditos.
Béchir Ben Yahmed était un intellectuel de premier ordre, un talent pur, un produit d’HEC, dur au travail, toujours premier de cordée, qui arrivait aux aurores dans les locaux de JA et ne quittait que tard.
Il lisait tout, insistait sur la qualité de la production autour du journal, et en était la cheville ouvrière même à un âge où, d’autres moins fortunés, prenaient leur retraite.
Jusqu’au bout, il a porté l’oeuvre de sa vie. Il disait à qui voulait l’entendre: « pour faire Jeune Afrique, il faut y consacrer une vie ». C’est ce qu’il a fait.
Beaucoup l’ont critiqué pour la proximité de son groupe avec des autocrates ou pour ses liens avec les milieux d’affaires voire ceux de la FranceAfrique et même des réseaux Foccartiens.
Il reste que faire un tel journal nécessitait chaque samaine beaucoup d’argent: « 500000 Francs Français, me disait-il ».
En d’autres termes, selon une formule qu’il me servait souvent, ce ne sont pas les « Kalams », les paroles qui font le journal, il faut le produire, payer ses employés, s’acquitter des taxes et le maintenir à flots.
Ce qui était devenu difficile par la suite du fait de la disruption portée par la techtonique des plaques numériques.
Quoi qu’on puisse dire de lui, il faut un grand Editeur, intellectuel, businessman, combinant les talents de Jean Daniel, Beuve-Mery, Boissonnat, grandes plumes de la presse francophone, en y ajoutant un savoir faire commercial hérité de ses racines Tunisiennes, de Carthage, et de son passage à HEC.
Avec sa mort, c’est une page énorme de la presse africaine qui se referme.
Je ressens une douleur car cet homme m’a appris la rigueur de l’écriture.
A son épouse, Danielle, à ses enfants, Zyad, Amir, Marwane, et à l’ensemble de la rédaction, actuelle et passée, à tous ceux qui ont fait Jeune Afrique, je présente mes condoléances les plus attristées.

Je souhaite qu’en mieux, dans la tradition de sa rigueur spartiate, Jeune Afrique perpétue sa mémoire. Au milieu d’une révolution médiatique sans précédent qui rend encore plus symbolique sa disparition…

Adama Gaye, ancien journaliste et Conseiller du Président de Jeune Afrique.