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Je suis Ghanéen  (Par Adama Gaye)

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Alors que notre pays, le Sénégal, s’enlise dans les profondeurs de la médiocrité et des deals politiques sans fin, y compris les bizarreries entre Wade-Madicke-Macky, sans oublier une opposition incapable de dépassement et un peuple léthargique, je  suis heureux, ce matin, de saluer un pays africain essentiel -qui sait honorer ses heros et qui, ce faisant, exalte sa mémoire institutionnelle : le Ghana !
Puisqu‘en bon journalisme, la mort est un moment pour célébrer une vie, l’enterrement, ce jour, de Kofi Annan est aussi l’occasion d’honorer son pays.
”Nous tenons à ce qu’il soit enterré chez nous”, m’avait dit une Ghaneenne, en Norvège, voici deux semaines.
Le cas d’Annan n’est pas unique au Ghana. Quiconque visite sa capitale, Accra, ne peut oublier la place Danquah-Circle surplombée par une statue montrant les 5 héros de l’indépendance du pays, notamment Nkrumah et le père de l’actuel Président, Akufu-Addo.
Je connais le Ghana depuis des années. Quand il en fut President, le Lieutenant Jerry Rawlings m’y recevait toujours en grand ami, partageait avec moi ses repas, dans des gamelles militaires, et n’hésitait pas à m’accompagner, à pied, jusqu’à la sortie du Château (The Castle), siège des services du pouvoir d’Etat.
En 2005, conseillant la ville de Londres, pour sa candidature aux Jeux Olympiques, je m’y suis retrouvé avec notre “team”, qui comprenait Sebastian Coe et Teresa May, alors Ministre de la Culture, avant de devenir le Premier Ministre Britannique.
Sur place, en présence de Jacques Roggue, alors patron de l’Olympisme mondial, je fus honoré d’un entretien public, ici, par John Kufuor, successeur de Rawlings, dont j’avais recueilli l’interview de candidature, sous le titre: Pourquoi je veux devenir Président du Ghana, et l‘avais publiée 5 ans plus tôt dans West Africa Magazine.
Le Ghana n’est pas seulement devenu le premier pays Subsaharien a avoir obtenu son indépendance le 6 Mars 1957; à avoir fourni, en Annan, son premier Secrétaire General de l’Onu à notre continent; à dérouler une gestion la plus intelligente de ses ressources, en corrigeant ses erreurs; et, en Abedi Pele, entre autres, lui a fourni de très grands footballeurs. Il mène aussi la course du leadership démocratique en Afrique et la voix de son Président actuel est la plus crédible la où d’autres ne sont que les caisses de resonance du plus abject néocolonialisme.
Ce President, Nana Akufu-Addo, que je connais aussi, est couru dans les plateformes de débat. Avec lui, Aliko Dangote, Tony Blair, et d’autres élites de pointe, je participe, le mois prochain, à Londres, à un Sommet sur l’Afrique, sous l’égide du prestigieux Financial Times. Pas étonnant que le leader Ghanéen, respecté, en soit le principal intervenant -en dépit d’une cohorte d’elites réputées.
En un mot, comme en mille, le Ghana est l’étoile montante de l’Afrique. “Ghana is Back!”, le Ghana est de retour, tel fut d’ailleurs le titre du dossier de 40 pages qu’en 1996, je lui avais consacré dans Jeune Afrique.
Depuis lors, il n’a cessé de monter en galons. Au point que l’on peut dire, sans risque d’être démenti, que c’est un pays qui sait montrer la voie, et surtout faire l’union sacrée autour de l’essentiel.
Comme il le fera, ce jour, autour du corps de Annan, sous les yeux du monde entier.
C’est parce qu’il incarne l’image d’une nation résiliente, ayant surmonté des années dures quand ses ressortissants s’exilaient, qu’il a une intégrité et un sens de son projet national, deux formules qui reviennent dans la bouche de JJ Rawlings, que, avec fierté, je me joins à mes amis Ghanéens, en disant Adieu Annan.
#JesuisGhaneen ! Pour m’éloigner des pitreries et petitesses senegalaises.