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Justice pour Fallou Sène ! (par Moussa NGOM journaliste)

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Ce 15 Novembre, 6ème mois depuis la mort brutale de Fallou Sène,  frère , père, fils unique, voisin de chambre, camarade d’amphithéâtre ou autres liens de proximité permettant à tout autre Sénégalais de s’approprier son cas comme j’ai l’habitude de dire.

Déjà, l’évocation de son nom semble rappeler des souvenirs lointains. Il est passé inaperçu ce mois-ci. Or il n’y a guère longtemps une balle ensevelissait son destin et les conséquences des violences ayant suivi ne laisseront pas l’Université Gaston Berger exhumer son aura de sitôt.

De son sort, on n’en sait pas plus hormis 2 éjections de sous-responsables qui allaient de soi et d’autres plus importantes et significatives attendues, réclamées, en vain.
Dès le début avait été déclinées l’identité de celui qui l’a tué et dans quelles circonstances les témoignages de chacun convergent plus ou moins pour décrire le scénario. Mais jusque-là rien.

On ne s’érige pas en tribunal militaire, le Procureur de la République ne nous a pas encore convoqué, on ne peut être plus juge que le juge auquel il reviendrait de nous faire accepter une décision logique. De guerre lasse, la communauté estudiantine, totalement divisée par de très simples artifices, comme l’est toujours les tenants d’une lutte positive, a cessé de réclamer justice.

Pour moi, comme tant d’autres choqués à l’époque cet épisode nous aura fait (r)ouvrir les yeux sur notre pays.
Elle m’a permis de garder à l’esprit une réelle impunité dont on ne parle pas assez. Celle qui concerne les bavures de beaucoup d’hommes censés nous protéger. Et cela va de la toute petite insulte aux sévices ou violences meurtrières souvent non élucidées.

En plus, je me suis demandé à un moment donné si l’indignation sélective que je dénonçais parfois ne débutait pas par le fait de se sentir plus concerné par la mort de Fallou que par la réelle impuissance de la famille de Abdoulaye Timeira, Pape Sarr, Élimane Touré, Masseck Ndiaye Diop, Ousseynou Diop entre autres cas connus ?

Quid des centaines de détenus attendant un procès, se brisant peu à peu en détention, dans l’espoir d’être au moins condamnés pour une période déterminée à défaut d’être libérés. Seuls 35% de détenus provisoires qui ne dépassent pas 30 jours avant d’être édifiés (ANSD 2014), le reste pouvant aller jusqu’à plus de 6 ans dans de sombres conditions, me dit-on.
Pas le même sort donc que d’autres pontes de la république: eux n’ont pas la chance de bénéficier d’une conférence de presse pour éclairer « l’opinion publique » sur ce qu’on leur reproche si jamais reproche il y a comme dans peu de cas.

Si l’intérêt porté au sort d’un seul pouvait un tant soit peu être cristallisé sur celui de milliers d’autres citoyens nous n’en serions pas réduits à nous apitoyer après coup du sort d’une victime ayant manifesté sa colère face à une injustice par le feu.
Quand les voies de droit sont inefficaces, les « bras longs » devenus seule alternative hors de portée ; lorsque l’élite est inatteignable et insensible au point qu’il n’y ait d’autres moyens de se faire remarquer pour un citoyen  que de se faire violence à soi-même à défaut de la perpétrer au détriment d’autres, il y a de quoi s’interroger sur le sens de notre vie commune.

La Justice au Sénégal (le système plus que les hommes) est à mon avis personnel, grandement dédiée aux faibles, entre eux quand elle a le temps de s’occuper d’eux. Elle ne les protège pas contre les forts, hommes de tenue, de costumes ou de boubous déviants, et pire les ignore ou feint de le faire.
Là où le bonnet ne devrait être qu’un selon l’adage, c’est en amont que le voile lui, est mis sur certains actes de hauts privilégiés, il n’est pas besoin d’indexer qui que ce soit pour que l’on identifie les exemples réguliers de passage entre les mailles. Certains n’ont même pas eu besoin de « lutter » pour nous narguer du haut des tribunes quand d’autres « chantaient » leur liberté sans que cela ne sonne « faux » à nos oreilles.

« Voler un coq est, pour un pauvre, plus dangereux que décimer un cheptel pour un bien « réseauté » ou « à plus fort potentiel médiatique », force est de l’admettre lorsqu’un « commentaire » de jeunesse peut valoir aux moins chanceux une « peine », avant proclamation, de plusieurs années.

Il y a pourtant matière à faire construire plus de prisons qu’il n’existe car des propos bien plus graves sont relayés à longueur de journée, encore une fois, c’est la tête du mis en cause qui compte.

De même, dans l’histoire du Stade Demba Diop, ce sont pour la plupart les « insignifiants » petits agitateurs (avec éventuellement des erreurs et omissions) qui croupissent ou l’ont fait un temps, alors que la responsabilté première, de ceux qui ont manqué à leur missions ne connaîtra sans doute jamais de sanction, du moins, pas dans cette vie.

Dans tous ces cas, l’argent, venant de là dont on zn attend le moins, a servi comme moyen de compensation. Je l’aurais mieux compris dans le cadre d’une procédure normée sauf aujourd’hui, plus que jamais c’est le « matériel » qui régit notre société.

En bonne démocratie (électorale) on se dirige vers une élection réussie ou non, alors qu’un des atouts nécessaires pour moi ; d’une démocratie, l’État de droit, lui reste à conquérir. Égalité de suffrage ne signifie pas pour autant égalité de soumission au droit

En attendant, nous en restons à attendre, tel Ousseynou Diop, jeune homme à l’avenir trouble comme un ex-détenu sénégalais, une solution rapide.

Mais il faut continuer d’agir par tous les moyens car au final, ce que m’a appris l’affaire Fallou Sène est qu’il faut continuer à faire front aux petites comme grosses injustices arrivant aux autres (et bientôt à nous) qui font le nid de frustrations refoulées qui peuvent exploser au moment (in)opportun.