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      La danse du faux-lion (Serigne Assane KANE)

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Le monde rural vit sous la hantise d’une grave famine liée à un déficit pluviométrique qui a pris des proportions alarmantes. Une bonne partie des populations de Dakar et de la banlieue peine à étancher sa soif, et ceci depuis plusieurs mois. Des milliers d’étudiants sont plongés dans l’angoisse, en raison d’une année invalide, ou parce qu’ils paient les frais du refus de l’Etat d’honorer ses engagements financiers vis-à-vis des instituts privés d’enseignement supérieur. Malgré le contexte de morosité sociale ambiante qui prévaut au Sénégal, seul le lancement de la campagne de parrainage pour la présidentielle de 2019 a eu le pouvoir de tirer le faux-lion de son sommeil prolongé  pour offrir aux sénégalais un spectacle propre à notre patrimoine culturel : c’est la danse du faux-lion.

Sur scène, le maitre de chorégraphie, Macky Sall. A ses côtés, la deuxième et la troisième personnalité de l’Etat, en plus de nombreux ex pourfendeurs du régime nouvellement acquis à la cause du chef de l’Etat. Jusque-là, la danse du faux-lion est exécutée sans fausse note, si tant est que la volonté de ses initiateurs est de permettre aux sénégalais, le temps d’une chorégraphie, d’oublier les difficultés de toutes sortes qui les assaillent. Mais, le spectacle a fini par être gâché, lorsque le chorégraphe en chef s’est évertué à nous professer des leçons de patriotisme, non sans nous demander de nous inspirer des exemples de Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng et Souleymane Ndéné Ndiaye

Nous concédons au chef de l’Etat le droit de tresser des lauriers à ses partenaires de chorégraphie qui s’adonnent, avec lui, à la danse du faux-lion. Par contre, les présenter comme des modèles de patriotes ayant renoncé à leurs « ambitions légitimes et aspirations individuelles » dans le seul but de « servir le Sénégal » relève d’une insulte à l’intelligence des Sénégalais. Non, Monsieur le président ! Nous refusons que l’on nous serve comme modèles des leaders politiques dont les principes varient en fonction des vents et des marées.

Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng ont certes du vécu en politique, mais le nombre d’années passé dans le système de spoliation des richesses nationales n’est pas un baromètre suffisant pour attribuer à quelqu’un des vertus de « patriotes », de « républicains » et de « serviteurs de l’Etat ». L’art du reniement ne saurait être une vertu en politique. Ces leaders, nous les avons entendu nous promettre monts et merveilles à la Place de l’Obélisque, au point de nous faire miroiter la République de Platon. Nous avons encore en mémoire le tintamarre qu’ils faisaient chaque fois que le Président Wade tenait des rencontres de son parti au palais présidentiel. Nous ne pouvons oublier, non plus, le vacarme avec lequel ces opposants d’hier exigeaient du président Wade la nomination d’un ministre de l’intérieur politiquement neutre dans un souci de transparence des élections. Les mêmes se bousculent aujourd’hui au palais pour des rencontres à caractère politique et trouvent légitime la présence à la tête de ce département ministériel d’un membre de l’APR. L’on se rappelle leurs récurrentes manifestations d’indignation devant l’implication de la famille Wade dans la gestion de l’Etat. Aujourd’hui, leur silence au sujet de la présence plus qu’envahissante de la famille « Faye-Sall » au cœur de nos institutions nous fait penser que leur capacité d’indignation s’est érodée sous l’effet conjugué du temps et des lambris dorés du pouvoir.

Il est encore plus scandaleux de voir le chef de l’Etat qui avait fait caresser aux sénégalais le rêve d’une gouvernance « vertueuse » peindre Souleymane Ndéné Ndiaye sous les traits d’un « patriote » qui ne serait motivé que par la volonté de « servir le Sénégal ». Quelles vertus des transhumants peuvent-ils transmettre ? Quels services ces adeptes de la facilité peuvent-ils rendre à notre Etat ? Des individus qui, au nom de prébendes, sont capables de renier aussi facilement les principes qu’ils défendaient, il y a encore quelques mois, ne peuvent être nullement des modèles de vertus à offrir en exemples à la jeunesse sénégalaise. Ce pays, riche de plus de cinquante ans de souveraineté, et fort d’une population de quinze millions d’habitants, manque-t-il tant de ressources humaines à la probité morale et intellectuelle avérée, au point de dépendre éternellement d’une race d’hommes politiques dont la postérité ne retient que des actes de trahison ? Nous ne saurions le croire.

Au total, la danse du faux-lion a été d’une richesse artistique remarquable. En conséquence, nous invitons le chef de l’Etat à retourner à cette chorégraphie, mais en se gardant de nous imposer comme modèles des renégats.

Serigne Assane KANE

Membre des Forces Démocratiques du Sénégal (FDS)

assanekane2012@yahoo.fr