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La dissonance, une exigence en politique (Par Sidy Diop)

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Une petite histoire pour réviser nos leçons de littérature. Panurge est un personnage de François Rabelais, compagnon de Pantagruel, fils de Gargantua. Pendant leur voyage au « pays des lanternes», Panurge se prit, en mer, de querelle avec le marchand Dindenault. Pour se venger, il lui acheta un de ses moutons, qu’il précipita dans la mer. L’exemple et les bêlements de celui-ci entrainèrent tous ses congénères et le marchand lui-même, qui, s’accrochant au dernier mouton, se noya. La fable des moutons de Panurge est une dénonciation de la bêtise caractérisant parfois l’instinct grégaire des espèces. Elle sert aussi à mettre en évidence l’effet de mode ou la pensée de groupe. Appliquée au contexte politique local, elle incline à la perplexité.

Panurge, dans sa version sénégalisée trône à la tête des partis politique. Il abhorre tous sens critique, prône la démocratie et se maintient de manière autoritaire. Il est inamovible et flatte des valeurs aux antipodes de la raison agissante. Chez nous, l’homme politique s’affiche de manière surprenante. S’il ne vend pas son « joli » minois, il met en avant son sourire « ravageur ». Dans des moments de grandes interrogations comme pendant les campagnes électorales, certains hommes politiques sont si sûrs de leur indispensable présence qu’ils se comparent à de l’or en barre. Dans nos villes et nos villages, l’intérêt général s’efface au profit d’une proximité affective contre-productive. L’engagement politique est mimétique et atavique. Il n’oblige pas à l’exemplarité et à la compétence. L’adhésion à un parti politique se fait rarement sur la base de convictions idéologiques, elle reflète surtout une identification à un homme, à son combat et à ses idéaux. L’AFP est le parti de Moustapha Niasse, l’APR celui de Macky Sall, REWMI la formation de Idrissa Seck, etc.

Les hommes politiques l’ont si bien compris qu’ils ont opté de s’adresser au cœur des militants et la politique s’est « spectacularisé » à une vitesse supersonique chez nous. Les meetings se singularisent plus par le spectacle que par le discours. Concerts, lâchers de ballons, exhibition de rutilants bolides, etc. Tout est fait lors de ces rassemblements pour attirer le maximum de spectateurs. Et que dire des marches (bleue, orange, rose, jaune) ? Un leader haut perché sur son « Hummer », son « 8X8 » ou son « 4×4 », accompagné par une fournée de belles voitures et par une sono de milliers de watts, ça fait chic, ça fait show et ça attire forcément. Les hommes politiques l’ont d’ailleurs si bien compris que la plupart des candidats ont concocté un hymne en leur honneur.

Pour ne pas finir noyés comme les moutons de Panurge, les citoyens devraient pourtant s’imposer plus d’exigence vis-à-vis des leaders politiques. Pascal appliquait à l’homme (en général) une règle restée célèbre. « S’il se vante, je l’abaisse, s’il s’abaisse, je le vante ; et le contredis toujours jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible ». N’est-il pas temps, pour le citoyen-électeur, de contredire l’homme politique jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il n’est qu’une donnée temporelle, échangeable et récusable à souhait.

Si. Di.

LE BLOG-NOTES DU 15 NOVEMBRE 2018