Home»A la une»La main sur le cœur, la Bible, le Coran…ou le Fétiche. Et alors ? (Par Jean-Marie Biagui)

La main sur le cœur, la Bible, le Coran…ou le Fétiche. Et alors ? (Par Jean-Marie Biagui)

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Quand nous nous trouvons dans une situation « après coup », qui plus est englués jusqu’au cou, nous avons notre propre conscience pour nous-mêmes, pour autant que nous ayons la vérité avec nous ou de notre côté. Nul besoin alors de jurer la main sur le cœur ou sur un quelconque objet saint pour l’attester.

Jurer « après coup » sur quelque objet saint ne saurait être, ni une manifestation divine, ni à plus forte raison une excuse absolutoire. Bien au contraire, ce serait faire la démonstration que nous n’aurions plus notre conscience pour nous-mêmes et qu’elle ne serait plus que l’affaire d’un dieu-satellite, qui nous épie depuis là-haut, certes, mais un dieu-satellite muet. Et comme tel, il ne nous dénoncerait jamais, quand bien même il en mourrait d’envie.

Franchement, quand nous prétendons être avec Dieu et que nous contrevenons en même temps à ses commandements, qu’est-ce qui peut bien nous empêcher de jurer « après coup », la main sur le cœur ou sur la Bible ou le Coran ou encore sur le Fétiche, que nous sommes blancs comme neige ? ou noirs comme ébène, autre symbole de pureté ou de perfection ?

Aliou Sall jurant « après coup » sur le Coran pour laver son honneur, concurremment avec la tentative vaine de son frère le président Macky Sall de l’absoudre de tous manquements dans l’affaire concernée, c’est le cas d’espèce même qui interroge les cœurs et les consciences, sans ménagement aucun, et interpelle plus que jamais la justice.

‘‘Aliou, où es-tu ? (Il faut croire qu’il n’est plus à sa place, la sienne propre) Et qu’as-tu fait ? (Manifestement il a fait quelque chose)’’

Il va sans dire que notre dieu-satellite étant un dieu muet, Aliou Sall ne saurait entendre un tel cri de sa part. Sinon, stimulés par une telle voix (intérieure ? ou plutôt extérieure ?), son instinct, ou son intuition, ou encore son flair, ou quelque chose du genre, instantanément, immédiatement, spontanément, auraient arraché à son estomac l’acte qu’il aura mis tant de temps à poser publiquement.

Ce faisant, il se serait dépouillé de tout, mais alors de tout, y compris donc de tous ses privilèges, tout d’abord ; et ensuite il se serait mis d’initiative à la disposition de la justice (des hommes), ici et maintenant. Et peu importe si d’aventure le procureur de la République compétent était tenté de croire à son innocence, d’une part, et, d’autre part, à la culpabilité d’un tiers, fût-il la moitié du mis en cause, voire d’un troisième larron malin comme le serpent.

A Dieu donc ce qui est à Dieu, là-haut, et à dame justice ce qui est à dame justice, ici-bas !

Or, ici-bas, les mots et les actes ne trompent pas. En soi, ils ne trompent jamais. Mais entre les premiers et les seconds, il y a les attitudes, qui, elles, peuvent être trompeuses.

En l’occurrence, les mots prononcés et les actes posés par Aliou Sall lors de sa « comparution » publique en disent long et témoignent laborieusement de sa peine, de sa souffrance, réel(le)s pour le coup.

Sauf que la tiédeur de son attitude, avant, pendant et après ladite « comparution », frise, sinon l’inquiétude, du moins l’embarras, là où nous aurions plutôt aimé, adoré même, découvrir un Aliou Sall vraiment chaud ou vraiment froid, se dépêtrant courageusement du « scandale du pétrole et du gaz ».

 

Dakar, le 30 juin 2019.

 

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)