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La problématique des inondations à Dakar et sa banlieue (Par Ibrahima Diouf)

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« Après la pluie, le beau temps », dit l’adage. Mais, à Dakar et sa banlieue on peut affirmer avec force qu’ « après la pluie, c’est le sale temps ». Il suffit d’une petite pluie pour constater ce visage hideux de la capitale et sa banlieue. Tout patauge. Quelles sont les causes de la récurrence de ce problème d’évacuation des eaux pluviales ?  En effet, les quantités de pluies tombées sur Dakar ne sont pas exceptionnelles. Dakar est en réalité confronté à un défaut du système d’évacuation des eaux pluviales. Cette situation a fini d’installer une véritable psychose de l’hivernage chez les populations de Dakar et sa banlieue. Certains vont même jusqu’à prier pour que le ciel n’ouvre pas ses vannes.

Pourtant il y a quelques dizaines d’années, on ne connaissait pas tous ces problèmes d’évacuation des eaux pluviales. Dakar avait un bon réseau d’assainissement avec des canaux d’évacuation bien dimensionnés. Tous ces canaux suivent la pente naturelle et convergent vers les points bas tels que Soumbédioune et Fann. C’est pourquoi les eaux de pluie étaient facilement évacuées vers la mer.

Aujourd’hui, la démographie est galopante à cause de l’exode rural et de la croissance naturelle de la population urbaine. Cette forte croissance urbaine pose des problèmes de survie des espaces réservés aux activités agricoles (exemple des niayes urbaines), aux zones de réceptacle des eaux pluviales (exemple de la zone de captage, maristes, cité Belle vue…) et aux zones d’infiltration (les dunes). Par conséquent, on note un recul des superficies des cuvettes, une rupture de la continuité du réseau hydrographique. Cette situation est aussi favorisée par la sécheresse des années 70-80.

Les populations ont profité de cette période de déficit pluviométrique pour construire au niveau de ces zones non aedificandi. Par exemple, il est paradoxal de constater que la zone de captage est aujourd’hui une véritable zone d’habitation (un quartier de Grand-yoff). Alors que naturellement sa fonction première est « de capter », de recueillir les eaux de ruissellement provenant des quartiers de Grand-yoff, de Scat- Urbam, de la Foire, de Front de terre, de Castors, de Grand-Médine de la Patte d’Oie entre autres. Il en est de même pour les niayes urbaines dont la superficie régresse constamment à cause de la progression du front urbain.

Aussi, pourrait-on ajouter les impacts des grands ouvrages tels que le TER et les autoroutes qui causent d’énormes désagréments et accentuent le phénomène des inondations à Rufisque particulièrement et au niveau de la banlieue. Ainsi, la problématique des inondations est principalement due à une défaillance ou un défaut de système d’évacuation des eaux pluviales, un mauvais aménagement urbain et des actions anthropiques.

Malgré les sommes importantes annoncées dans la lutte contre les inondations (750 milliards de FCFA depuis 2012) le phénomène perdure. Il est donc urgent de trouver des solutions durables pour venir à bout des inondations récurrentes à Dakar et sa banlieue et au-delà dans tout le pays. Pour se faire, les pouvoirs publics doivent mettre en place des solutions structurelles et durables en lieu et place des solutions conjoncturelles comme les pompages, les bassins de rétention entre autres. Les plans ORSEC se succèdent et se ressemblent. Les programmes de logement sociaux tels que le plan jaxaay pourraient constituer un début de solution car certaines populations doivent déguerpir pour éviter le pire.

Ibrahima Diouf

Géographe – environnementaliste

Professeur au lycée Patte d’oie Builders