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La transhumance, parlons-en! (Par Adama SADIO ADO)

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Pour mieux saisir ce phénomène dans le Sénégal indépendant, il faut remonter à la période post-crise 1962. Abdou Diouf est l’un des premiers transhumants de l’histoire politique sénégalaise. Il fut un Diaiste avant de devenir un Senghoriste durant la période de disgrâce de Mamadou DIA. Après les législatives de 1978, Senghor avait réussi à faire transhumer l’essentiel des députés du PDS au point de faire perdre à WADE son groupe parlementaire. Durant tout le régime socialiste, le PDS a beaucoup souffert de ce phénomène. L’opposant WADE ayant énormément souffert de la transhumance l’a perpétuée après son accession au pouvoir. Si l’opposant Macky SALL qualifiât les transhumants de « rats », le Président Macky SALL fait aujourd’hui l’apologie de ce phénomène. Le summum de l’effritement des valeurs.

Pour avoir été victime de la transhumance, le Président WADE a, au lendemain de son élection, procédé à la modification du règlement intérieur de l’Assemblée nationale dans le dessein d’empêcher la transhumance d’un député au cours de la législature sous peine de perdre son mandat. Cette mesure salutaire ayant pour finalité de lutter contre ce phénomène présente aujourd’hui des limites objectives.

D’abord, le jeu électoral sénégalais s’est sensiblement évolué de partis politiques à des coalitions de partis politiques. Cette donne devenue la réalité électorale sénégalaise depuis 2000 n’est pas prévue par cette disposition du règlement intérieur de l’AN visant à combattre la transhumance. Ainsi, des députés élus sous la bannière d’une coalition transhument tout en gardant leur poste de député. La transhumance de nombreux députés du parti REWMI élus sous le label de BBY lors de la dernière législature en est une parfaite illustration.

Enfin, le nouveau stratagème des acteurs pour contourner ladite disposition, c’est de revendiquer officiellement d’être membre du parti sous la bannière duquel ils sont élus, mais dans les faits, ils n’y sont plus. Ce fut le cas de Fatou Thiam et de Modou Diagne FADA durant la précédente législature. Cette duperie biaise le champ politique et continue d’alimenter le phénomène de la transhumance.

Par ailleurs, il est constaté depuis la seconde alternance une nouvelle forme de transhumance beaucoup plus « soft ». Il s’agit d’emprunter la voie de contournement nord en créant un parti politique ou un mouvement politique après avoir tourné le dos à son ancien parti pour finalement rejoindre la mouvance présidentielle. La transhumance se révèle aujourd’hui comme l’une des tares de la démocratie sénégalaise. Elle rend illisible le lenderneau politique et inefficace le choix électoral des citoyens électeurs en ramenant au pouvoir des acteurs politiques sanctionnés par le peuple. La transhumance VIOLE la République. A défaut d’une loi contre ce phénomène, dans toutes ses dimensions, afin de contribuer à la moralisation de la politique, le lynchage médiatique, comme constatés sur les réseaux sociaux, peut s’avérer être un mécanisme pertinent de combattre farouchement la transhumance. « Lima ci diaxal rék moy aka gnio gniak diom ».

 

Adama SADIO ADO

adosadio@yahoo.fr