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Le conte du TER et des 94 milliards (Mamadou Bamba Ndiaye)

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Il était une fois un président français à la recherche d’un bilan lui permettant de postuler pour un second mandat. Dans son pays, la question de l’emploi est cruciale. Et il en avait beaucoup promis. Pour créer des emplois ou préserver ceux existant, il lui faut trouver de gros contrats pour les grandes entreprises. Justement, l’une d’elles, fabricant de TER, est au bord de la faillite, faute de contrat.
Le président prend son téléphone et appelle son homologue : « Commandez-moi un TER ! ». Il reçoit la seule réponse qu’il puisse admettre : « Oui, M. le Président ».
Le projet le plus loufoque de l’histoire de ce pays, dont la sottise ne rivalise qu’avec la malfaisance, est lancé. Mais, tenez-vous bien, il y aura une TER dans le TER, une Technologie d’Enrichissement Rapide.
Le coût du projet, initialement fixé à 568 milliards, est ensuite revu par avenant à 738 milliards pour 38 km, soit 19 milliards le km, contre 3 pour un projet similaire au Nigeria. La somme est empruntée. Il faut la dépenser. Des entreprises françaises se partagent l’essentiel des marchés.
Mais il faudrait être fou pour dépenser une telle somme sans prendre sa part. Et les concepteurs de la gestion sombre et véreuse ne sont pas fous. Vite, l’astuce est trouvée. La faille devant permettre de mettre de côté 94 de ces centaines de milliards, c’est l’indemnisation des propriétaires des terrains situés sur le tracé.
L’expropriation de ces propriétaires crée une grande confusion. Chaque jour, ils se font entendre dans les médiats, se plaignant des montants ridicules proposés ou du non-paiement des sommes dues. Certains ont même soutenu avoir reçu des chèques sans provision.
En fait, toute cette confusion sert à cacher la véritable intrigue : comment le pillage de l’Etat par l’Etat va-t-il s’opérer ? Le responsable des affaires domaniales, est chargé de délivrer, sur tout le tracé, des titres fonciers. De vrais-faux titres fonciers à exproprier et indemniser autour de 2 à 3 milliards chacun. Il faut des prête-noms bien sûr, qui acceptent de louer leur identité pour 200 à 300 millions. L’opération rapporte globalement 94 milliards.
Mais patatras ! La mèche est vendue. Un opposant porte plainte et organise une conférence de presse. L’escroquerie d’Etat contre l’Etat est ébruitée.
Après de longs jours d’hésitation, le patron des domaines sort du bois et annonce une plainte pour dénonciation calomnieuse. Une plainte qui a probablement autant de réalité que les records de production agricole encore annoncés cette année. Après, c’est un silence total.
Comment se termine le conte ? Réponse au prochain épisode. Sûrs de leur impunité, nos brigands vont-ils continuer à empocher tranquillement leurs milliards ? Ou bien vont-ils s’empresser d’effacer tant bien que mal les traces de leur impensable forfait ?
Nous le saurons bientôt. Car il y a les vrais contes et les contes vrais, dont la sordide réalité dépasse toute imagination.Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal