Home»A la une»LE CORONAVIRUS ET L’ŒIL D’UN LECTEUR (Par Issa Laye DIAW)

LE CORONAVIRUS ET L’ŒIL D’UN LECTEUR (Par Issa Laye DIAW)

0
Shares
Pinterest Google+

   Parmi mes activités de prédilection, la lecture figure en bonne place. Les productions artistiques littéraires m’offrent beaucoup plus d’angles de point de vue car à travers les pages d’un livre, je découvre toujours d’autres façons de lire le livre du monde qui s’écrit au fil des jours…

Même datant de plusieurs siècles, ces trésors pour l’éternité regorgent de spiritualités dont tout homme a besoin pour davantage se distinguer des animaux qui fonctionnent par l’instinct même si celui-ci est divin. C’est pourquoi lorsque des détracteurs osent jeter l’opprobre sur l’écrivain, sur le métier d’enseignant, sur la place du professeur de français, certains allant même jusqu’à prétendre que ce dernier n’est qu’un beau parleur à la langue serpentine, aussi beau menteur qu’un arracheur de dents, je leur ris au nez avec cette parole : khamadi ! dans le sens premier du terme !

Connaissez-vous la fable de La Fontaine intitulée « Conseil tenu par les Rats » ? Issa Laye DIAW vous la raconte en faisant quelques transpositions… Terrorisés par un chat (réchauffement climatique), des rats (les humains) ont décidé de tenir une réunion (sommet, conférence, symposium, colloque, réunion d’urgence…) ; la plus brillante idée, celle de faire porter un grelot au cou du chat (consommer bio, circuler à pied, se mettre au vert, et patati et patata) fut trouvée par le doyen des rats (comme ces chefs d’Etat avec leur discours si pompeux pour protéger notre planète) ; mais qui va se proposer courageusement, se porter volontaire concrètement, avoir assez de cran, pour réaliser ce vœu pieux ? Personne ! Comme ces rats qui se plaignaient de leur incapacité à courir vite, à bien voir, à se révéler assez intelligent, tels La France, les Etats-Unis, l’Italie, l’Espagne, ils se plaignent des retombées, ils se dérobent et ils enterrent vite la hache de guerre pour revenir à leurs anciennes habitudes. Cette métempsycose protestataire du fabuliste a connu une de ses transmigrations les plus achevées dans la bouche de la suédoise de 17 ans, Greta Thunberg, cette icône d’une génération qui a assez de ces sommets qui ne résolvent rien, cette fille à qui Issa laye DIAW a envie de dire :

« Et ce fer que mon bras ne plus soutenir,

Je le remets au tien pour venger et punir ! »

Pour preuve, ces « décideurs » viennent au lieu de rendez-vous de ce « conseil tenu par les rats » en yacht, en jet privé, en voitures de luxe, conversent dans des salles climatisées, augmentent encore plus le réchauffement climatique qu’ils disent combattre et donnent à leur sommet un caractère d’échauffement et tout s’arrête à ce stade. Quel paradoxe ! Rien de concret alors que ce sale temps s’accélère face au Temps qui, lui, n’attend pas ! La couche d’ozone se raréfie et le gaz à effet de serre, n’en parlons pas… Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’un autre ennemi, un virus, plus petit certes mais encore plus mortel, fit son apparition… Et c’est le branle-bas ! La terre commence à en avoir vraiment ras-le-bol ! Nous, les hommes, ne voyions le mal que devant nous, contre nous, jamais en nous, même pas derrière nous. Là encore l’histoire donne raison à notre fabuliste qui, il y a maintenant 325 ans, décrivait si justement nos attitudes et pas seulement celles montrées envers la nature humaine :

« Il fit pour nos défauts la poche de derrière,

Et celle de devant pour les défauts d’autrui ».

Les animaux se mettent aux abois, les plantes se plantent et refusent de nous obéir, même les astres croisent les bras et nous rient au nez. Dieu observe et nous parle comme dans un livre ouvert : en 1720, la peste ; en 1820, le choléra ; en 1920, la grippe espagnole ; en 2020, le coronavirus. Coïncidence ? Hasard ? Depuis quatre siècles de suite ? Exactement au même moment ? Même si comparaison n’est pas toujours raison, c’est ce qu’en disait Baudelaire dans son poème Correspondances :

« La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers ».

De tout temps, sans porter de gants, des écrivains se sont inspirés du thème de la contagion : de Sophocle dans Œdipe-Roi (– 420) à Emile Zola dans Les Mystères de Marseille (1867), de Jean Giono dans Le Hussard sur le toit (1951) à Marcel Pagnol dans Les Pestiférés (1977), de Jean-Marie Gustave Le Clézio dans La Quarantaine (1995) à Philip Roth dans Némésis (2010). Le moins oublié bien que moins récent mais toujours d’actualité est certainement Albert Camus dans La Peste (1947). Même s’il s’agit de la métaphore du nazisme, la peste peut vêtir d’autres formes telles que celle d’une couronne, d’un couronnement, à l’image du coronavirus. Mais on a l’impression que leurs récits n’étaient que des paroles au vent, alors qu’ils prophétisaient l’inévitable. Je restitue ici des propos de l’excipit de La Peste débités par le docteur Bernard Rieux devant le spectacle de réjouissance de la foule en liesse après que le virus était devenu moins viral, mieux maîtrisé et, il faut l’avouer, un peu méprisé, même si la métaphore s’orientait plus contre le régime nazi à l’époque :

« Ecoutant en effet les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse ».

Lorsque le Coronavirus s’est déclaré à Wuhan, quel est le Chinois, même loin de l’épicentre de ce fléau d’envergure planétaire, qui ne s’est pas senti stigmatisé, victime de xénophobie, traité de tous les noms d’oiseaux, au point qu’un slogan « je ne suis pas un virus » a été décrété pour demander d’arrêter. Ce Chinois, n’est-il pas l’âne dont parle La Fontaine dans Les animaux malades de la peste, celui sur qui on cria haro alors que tous en étaient responsables, alors que, par la même occasion, le lion, celui qui se croit tout permis, est la personne indiquée sur qui il aurait fallu jeter l’anathème, au moment où ceux qui veulent être épargnés, félicitent, exultent, applaudissent le maître des lieux ? C’est parce qu’aucun d’entre eux ne se sentait directement concerné par l’affaire ; Ndékétéyoo ! Kignou yaakaarni mbaam la, dou mbaam mi dé ! C’est parce qu’aucun proche de ce qui s’appelle « la famille » n’a été exposé car, comme le disait Alphonse de Lamartine :

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

Par ailleurs, ce fléau a quelque chose de positif à plus d’un titre et espérons que la leçon à en tirer perdure, au grand bonheur des générations futures ! En naviguant sur les réseaux sociaux, j’ai compris le vrai sens de l’adage « quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». Car ce chat méchant, n’est-ce pas l’homme ? Ces souris, ce sont les autres êtres vivants. J’ai eu écho du confinement imposé aux Italiens sérieusement meurtris et qui avait rendu l’eau si claire, si accueillante, si limpide qu’à Venise et jusqu’au port de Cagliari, en Sardaigne, les cygnes et les dauphins se pavanent et naviguent à travers les flots devenus moins pollués. J’ai appris qu’en France, toujours lors du confinement, beaucoup de Français constamment préoccupés à courir derrière les bus, les métros, le tramway, le travail, le rendez-vous à ne pas manquer, avouent être en train, pour la première fois, d’écouter et d’entendre le chant des oiseaux, parce qu’il n’y a plus de bruit que l’être humain définissait en terme d’activité. Le silence s’est rendu maître des lieux où nous habitons. Il faut que quelque chose se taise pour qu’autre chose puisse être entendue. J’ai eu écho de la baisse de façon drastique du taux de pollution en Chine : jamais autant que lors du confinement imposé. Des photographies géo spatiales nous en offrent la preuve plein la vue. J’ai appris que, pendant le confinement, toutes les catastrophes qualifiées comme « naturelles » n’avaient plus eu lieu, ni en mer, ni sur la surface terrestre habitable, ni même dans les J’ai appris aussi que, jadis excédés par le mur de la honte qui sépare leur pays des États-Unis d’Amérique, des Mexicains supplient maintenant Donald Trump d’accélérer la construction de son mur à cause du nombre sans cesse croissant de cas de contaminés du coronavirus. J’ai appris en un mot que ce retournement de situation, ce chiasme apocalyptique a remis tout à la bonne place ; j’espère par ricochet qu’elle permettra aux hommes de comprendre qu’ils ont occupé beaucoup plus de place que l’écosystème ne peut en contenir. En tout cas, ce petit rien qui s’appelle « virus » a tout mis à l’arrêt pour redistribuer autrement la place qui sied à tout le monde. Comble de tout, j’ai surtout appris un come-back délirant : des Occidentaux qui déglutissaient les migrants sont en train de courir chez ces derniers ! J’ai envie de répéter les premiers célèbres vers de Césaire dans Cahier d’un retour natal mais Issa Laye DIAW s’efforcera cette fois de brider cet élan de lébou belliqueux qui le taraude, ne serait-ce que pour cette fois, pour cette foi qu’il a toujours nourrie pour l’être humain au sens propre. D’Aubigné est encore d’actualité, lui qui, dans Les Tragiques, écrivait ces propos métaphoriques :

« Je veux peindre la France une mère affligée,

Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.

Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts

Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups

Si que, pour arracher à son frère la vie,

Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie ».

Finalement, je ne peux m’empêcher de me demander où est le chez soi, si ce n’est partout sur cette terre. Eparpillez-vous et peuplez la terre, disent les textes sacrés. Nous l’avons pourtant peuplée, me direz-vous certes mais comment ? A quelle fin ? Combien y a-t-il de continents ? Cinq ! Combien y a-t-il de doigts d’une main ? Cinq ! Apprenons à comprendre cet état de fait, cinq sur cinq, et nous vivrons comme des frères : voilà ce que j’en ai appris ! Parole de O+. Cette paix durable que nous sollicitons, elle ne deviendra « universelle » que si l’humanité est « unie vers elle ».

A méditer !

Mes hommages aux médecins du corps (santé) aussi bien que des âmes (éducation), vous qui, parmi d’autres, donnez à l’humanité son sens divin.

Issa Laye DIAW

Donneur universel

Professeur de français et fier de l’être

WhatsApp : 70.829.07.57