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Le parrainage, un système à parfaire! (Mbargou Makhtar LO)

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Le jeudi 19 avril 2018, une révision du code électorale a été votée par l’assemblée nationale et entre autres points revus, il y a le système de parrainage instauré depuis 1963 et qui exigeait des candidats à une présidentielle d’être parrainé par un parti politique ou par dix députés. Ce nombre avait ensuite été réduit à cinq avant que la disposition ne soit retirée du code électoral.

En 1991, une nouvelle loi obligeait les candidats indépendants à obtenir 10 000 signatures. Des dispositions que vient remplacer la loi votée le 19 avril 2018 et qui sera applicable dès la prochaine présidentielle de février 2019.

La nouvelle loi vise à imposer aux candidats à l’élection présidentielle un parrainage de 0.8% du corps électoral. Pour se porter candidat, il faudra avoir au moins 53 457 signatures dans au moins sept régions du Sénégal.

Le 23 août 2018, le Ministre de l’Intérieur signe l’arrêté n°20025 fixant le modèle (format papier et électronique) de la fiche de collecte de parrainage en vue de l’élection présidentielle du 24 février 2019. Ce dit arrêté est publié au journal officiel du 25 août 2018. A cet effet, le Ministère de l’Intérieur a demandé aux candidats à la candidature des prochaines élections présidentielles de designer des coordonnateurs pour venir récupérer les fiches de collecte à compter de la date du lundi 27 août 2018.

Après une étude des différentes informations disponibles surtout concernant l’arrêté, il est décelé un certain nombre de points à éclairer par les organisateurs des élections. Ces principaux points constituent aujourd’hui la pomme de discorde entre le Ministère de l’Intérieur et certains partis de l’opposition.

D’abord le fichier électoral stabilisé à 6.682.075 n’a pas été remis aux coordonnateurs et lors des élections législatives passées, on avait noté des personnes qui détenaient par devers eux leurs cartes d’électeur ainsi que leurs pièces d’identité mais une fois qu’ils se sont présentés, ils n’ont pas vu leur nom sur la liste. Maintenant pour instaurer un climat de confiance, il fallait remettre aux coordonnateurs ce fichier pour leur permettre d’interroger la base à chaque fois qu’ils doivent enrôler un parrain pour avoir la certitude qu’il figure bien sur le fichier électoral. Sinon lors de l’exploitation des données par les autorités compétentes, si un parrain ne figure pas sur le fichier électoral, il est soustrait du fichier du candidat à la candidature et cette situation peut concourir au déficit de signature si la marge devient importante. Le Directeur de la Communication de la DGE sur le plateau de la TFM a justifié la non remise du fichier électoral aux coordonnateurs par le fait que la loi précise que ce dernier doit être remis aux candidats à la présidentielle et pour le moment il n’y a pas encore de candidats mais bien des candidats à la candidature insiste-t-il.

Aussi dans l’arrêté, il est bien mentionné la documentation de deux fichiers l’un papier et l’autre électronique. Sur le modèle papier, la partie concernant les informations du parrain de la fiche de collecte comporte 7 colonnes (Numéro d’ordre, Prénom, Nom, Numéro de la carte d’électeur, Numéro de la carte d’identité CEDEAO, Circonscription électorale, Signature). Et sur le modèle électronique, on retrouve les mêmes colonnes à l’exception de la « Signature » mais avec des précisions, les tailles du prénom et du nom du parrain sont fixées chacune à 32 caractères maximum.

Pour essayer de répondre à certaines interpellations de la journaliste, le Directeur de la Communication de la DGE poursuit en disant que le fichier électronique sera utilisé pour exploiter les données; or d’après l’arrêté, la fiche de collecte numérique ne comporte pas de signature et par conséquent les informations qu’elle contienne ne saurait engager le soit disant parrain car exempté de certificat qui aurait pu être la signature. Toutefois, il est possible de faire recours au fichier papier pour complément de vérification mais accordons-nous qu’il sera fastidieux voir même impossible de faire des recherches sur des tas de papiers qui pourront contenir jusqu’à 6.682.075 enrôlements. Ces propos de l’autorité posent la question sur la pertinence du fichier papier alors qu’on pouvait parfaire le système électronique par la dématérialisation intégrale en prenant en charge la signature du parrain. Nous avions tous vu lors de la confection des cartes CEDEAO, qu’il y avait des pavés numériques pour recueillir la signature des citoyens.

Nous ajoutons que le fichier électronique peut être renseigné juste avec une photocopie de la carte d’identité CEDEAO car tous les éléments constitutifs s’y trouvent et comme dénué de signature, ce fichier peut être rempli sans contact physique avec le soit disant parrain d’où une sensibilisation à  ne pas donner sa carte d’identité surtout au moment où les groupements feminins pillulent avec des promesses de financement.

Pour la fixation du nombre de caractères des prénoms et noms, cette précision n’avait pas à être faite car pour mettre en place une application informatique, il y a quatre étapes à respecter si on veut avoir bien entendu un bon produit. Ces étapes sont l’analyse, la conception, la réalisation et les tests qui constituent l’ultime étape avant la mise en production. Maintenant l’analyse du système à mettre en place devait conduire les équipes techniques du Ministère de l’Intérieur à disposer des noms et prénoms les plus longs dans le fichier électoral et partant de ces données, elles pourraient majorées le nombre de caractères prévues pour ces attributs afin de ne pas léser une certaine catégorie de personne. Bien entendu, un discriminant a été trouvé pour identifier les parrains mais trop de détails peut amener des suspicions et par conséquent remettre en cause la relation de confiance qui doit précéder ces opérations. Aujourd’hui que le problème est posé, on ferait mieux de revoir l’arrêté afin d’y expliquer clairement la prise en charges des personnes avec des prénoms et noms qui dépassent le seuil fixé.

Ces remarques et suggestions, nous ont permis de voir les manquements du parrainage au Sénégal. Le plan d’actions pour mettre en place un tel système devait être beaucoup plus large et suivre un calendrier bien échéancié. Aujourd’hui, il serait plus judicieux de démarrer avec la rationalisation des partis politiques ; cette étape surmontée, constituera un grand assainissement des pôles souhaitant concourir au suffrage des sénégalais. Aussi, le parrainage tel que décliné par la loi avec l’interrogation de chaque citoyen, constitue déjà une élection et nécessite des moyens logistiques non négligeables surtout avec l’ère des technologies où les procédures sont appelées à être dématérialisées. Pour un système performant et sûr, chaque candidat à la candidature devait être doté de dispositif qui permettra la prise en charge de l’intégralité des colonnes d’information en format numérique.

Enfin, pour une opération de collecte sereine, la loi aurait pu fixer un seuil maximum à ne pas dépasser par les candidats à la candidature pour éviter une compétition malsaine entre eux car disposer de 2 millions de signature alors que 100 mille suffisent, peut pousser à certains questionnements comme le débauchage et la corruption pour priver ses concurrents de signatures nécessaires.

Mbargou Makhtar LO

mbargou.lo@gmail.com