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Le Sénégal en 2040 : défis et prospectives (POUYE Ibra)

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Une croissance de plus de 5%, une paix insolente, un Etat confronté à un défi démographique sans précédent, des découvertes de gaz et de pétrole, une démocratie balbutiante, le tout reposant sur un réceptacle fragile, en sont la parfaite illustration de ce pays lilliputien, le Sénégal. Mais l’espoir est permis et fait nourrir les attentes.

L’émergence dont les presses nationale et internationale ahanent à longueur d’année semble pointer son nez. En effet, elle semble prendre corps même si grand nombre de sénégalais ne s’y retrouvent pas. Mais parler d’émergence dans l’insupportable ; la faim, la pauvreté, le manque d’éducation et de politique sanitaire relève de l’absurdité. Et une interrogation revient souvent en boucle par rapport au miracle géopolitique que vit le Sénégal ; comment se prémunir et se protéger du péril islamiste qui guette ce petit pays, parce qu’entouré par un océan de chaos ? Sans parler du mode de gouvernance démocratique qui avance cahin-caha et est de nature souffreteuse depuis les années 1960 avec une constitution souvent tripatouillée. En fait, le Sénégal fait partie de cette Afrique qui va de l’avant, l’espoir en bandoulière et non de cette Afrique dont on doute encore, toujours empêtrée dans des crises politiques, des guerres et des famines.

Le défi démographique

De nos jours, parler de défi démographique est un sujet tabou débattu dans quelques chaumières et salons feutrés de Dakar. En effet, le Sénégal, un des petits champions de la fécondité en Afrique de l’Ouest, jouit d’une population très jeune. C’est ce qui fait sa richesse même si elle est aussi une source de problèmes. Une belle jeunesse mais pourvu qu’on lui trouve du travail et des conditions de vie pour s’épanouir. En effet, cette jeunesse sans emploi est une bombe à retardement. Condamnée à l’émigration vers une Europe qui ne sait plus où donner de la tête. Tellement perdue dans sa politique d’immigration qu’elle cherche voies et moyens pour s’en sortir. Mais face à une absence de politique de natalité de l’Etat sénégalais, l’on peut remarquer nettement une diminution de la natalité. Sans le nommer, l’on peut parler de ‘’dividende démographique’’. Faire des enfants et à quel dessein si on n’a pas les moyens de les nourrir et de les éduquer ? Si on n’y prend pas garde, la population sénégalaise doublera en 2040 et sera de l’ordre de 26 000 000 d’habitants. Ce qui nécessairement engendrera des dysfonctionnements tant aux niveaux étatique, social, sécuritaire et migratoire. Diminuer les naissances dans le but de garantir la croissance, est-ce toujours la question qui convient ? Loin de toute polémique, la croissance est différente du développement et l’exemple sénégalais en est une parfaite illustration. L’on ne dit pas qu’il faut faire comme les chinois, la politique une femme/un enfant mais l’on peut le faire en étant plus responsables et en se projetant dans un futur possible. L’Etat sénégalais doit dorénavant aiguillonner sa politique sur ces facteurs de développement que sont l’éducation, la formation et l’emploi. Inutile de la ressasser, la bonne croissance de l’économie sénégalaise citée en préambule, ne fera pas reculer la pauvreté si le scénario actuel ne change pas.

Le défi économique

Le Sénégal, depuis 2012, jouit d’une bonne notoriété économique. D’énormes gisements de gaz et de pétrole ont été découverts sur le sol et en mer. Et surtout celui trouvé entre le Sénégal et la Mauritanie, faisant dans un certain temps, l’objet de convoitises entre les deux pays voisins dont l’histoire retient encore les péripéties d’une guéguerre qui a failli germer même si la méfiance est toujours de mise et est une source d’actualités. Hormis ses ressources minières, gazières et pétrolières, le Sénégal a beaucoup d’espace pour développer une agriculture productive exportable et de rente même si la politique du gouvernement est très souvent phagocytée par quelques querelles politiciennes. Désunion de l’Etat à s’unir autour de l’essentiel. En effet, le pays souffre d’un déficit dans le domaine des infrastructures même si le gouvernement fait des efforts notoires. Mais l’essentiel de l’économie du pays est trop concentré à Dakar. Ce qui engendre des problèmes majeurs de production et d’acheminement des produits manufacturés et agricoles. L’économie sénégalaise n’est pas assez compétitive et ne dispose pas d’un bon arsenal juridique. L’informel occupe une grande place et continue à gagner du terrain. En effet, un pays se disant émergent, ne peut continuellement vivre dans l’informel. Laissés en rade, les jeunes sont obligés de migrer ou de créer leurs business même si les banques de la place rechignent à leur faire des prêts. L’accès au crédit pour ces jeunes, c’est comme porter la croix et la bannière. L’Etat doit les contraindre à financer l’économie réelle. Le tourisme, source de devises, a du plomb dans les ailes depuis une décennie et sans parler du problème de la propreté dans quelques sites. Le Sénégal, comme beaucoup de pays africains, importe plus qu’il n’exporte et s’est mis dans une situation de ré-endettement même si l’Etat pratique la politique de l’autruche vis-à-vis d’une population peu éclairée et toujours abonnée absente face aux enjeux du 21e siècle.

Le Sénégal, un Etat ?

Depuis les années 60, le Sénégal comme certains pays ouest-africains se cherchent et ne se retrouvent dans aucun archétype d’Etat-nation moderne parce que la colonisation a joué et continue de jouer un rôle très néfaste. Les mentalités sont restées les mêmes. Ce drame a été plus que brutal et a laissé certains pays comme le Mali, la Guinée, le Niger dans une situation exsangue. Au Sénégal, le citoyen lambda a du mal à s’identifier à l’Etat. Parce que ce dernier est toujours confiné dans le surendettement et les aides au développement des pays du Nord. En fait, ces aides ont fragilisé les fonctions régaliennes de l’Etat (justice, affaires étrangères, police, gendarmerie…), d’où la non-légitimation de ce dernier par ses citoyens qui se tournent de plus en plus vers les aides extérieures. Avec l’absence d’Etat-nation, le problème de la sécurité pèse telle une épée de Damoclès sur la tête de ceux qui sont censés diriger la nation. Quand les citoyens hélas se détournent de l’Etat, c’est qu’il est une équation difficile à résoudre. Nonobstant les efforts consentis dans l’éducation, le Sénégal est un pays où l’obscurantisme a de beaux jours devant lui parce que ceux qui savent en général se taisent et ceux qui ne savent pas se sont accaparés des plateaux de télévision et de radio tout en ayant pignon sur rue et sont très bien suivis par la population friande de querelles politiciennes et de fake news.

Chaos ou émergence réelle voire inclusive ?

Ce Sénégal-là, est-il déjà malade ou le sera-t-il plus à l’horizon de 2040 ? En tous les cas, il est très pauvre si l’on se réfère aux statistiques et au terrain. Il est malade et pauvre et est loin d’être émergent même si l’acception est célébrée de nos jours par la politique du gouvernement actuel. La situation peut être améliorée si l’Etat prend les problèmes à bras-le corps et se met au travail même si nous avons peu ou prou travaillé depuis le soleil des indépendances. Trois scénarii guettent le Sénégal d’ici à 2040. Un de désolation et de dégradation reposant sur une démographie galopante, une chute du système éducatif, le détournement continu des deniers publics de l’Etat par ses propres serviteurs et par certains hauts fonctionnaires véreux, l’instrumentalisation de la justice à des fins politiciennes, l’abandon de ses propres fils dans un marasme total sans parler du phénomène des enfants-talibés. Et le second scénario nous attendant est celui de l’économie dans le maelström continu de l’informel où certains pans de l’économie ne seront plus sous le contrôle de l’Etat. Mais nous qui sommes dans le ‘’sénégalo-optimisme’’, pensons que le pays se relèvera la tête haute par une sortie de crise plus possible et que l’économie pourrait in fine décoller. Et l’Etat de droit régnera avec une justice équitable pour tout citoyen épris de justice et de liberté, socles du développement. Et dans ladite émergence, le peuple y trouvera son compte. Et pour retrouver le chemin le plus court dans le concert des nations, le Sénégal, comme d’autres pays africains, devra s’inventer un autre destin autre que celui qu’il a maintenant. En effet, un problème de leadership a toujours fait défaut et doit s’imposer tout en favorisant le capital humain et ainsi faudra-t-il se souvenir de la fameuse phrase de B. Obama disant que l’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts.

POUYE Ibra