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Le temps bref des Macron de pacotille (Par Mamadou Bamba Ndiaye)

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Dimanche, des centaines d’habitants de Gawane, département de Bambey, ont manifesté, avec leurs brassards rouges, pour dénoncer l’état de la route Bambey-Gawane et exiger sa réfection. Un mois avant eux, les populations de Bakel, avec leurs chefs de village, leurs imams, … avaient manifesté contre l’état désolant de la route Matam-Bakel. 
On pourrait citer des dizaines d’exemples de marches de populations rurales revendiquant leur accès aux services sociaux de base.
Serigne Mbacké Anta, chef religieux et porte-parole des manifestants de Gawane, a parfaitement résumé l’état d’esprit de tous ces protestataires en dénonçant le non-respect  des engagements pris et réitérés par l’actuel pouvoir en contrepartie de leurs votes depuis 2012. Sur les pancartes de ces manifestations rurales se lit une longue litanie de promesses non tenues : route, école, centre de santé, électricité, eau potable, etc. Autrement dit, un démenti cinglant des fadaises médiatiques sur le fameux Pudc dont les « réalisations » auraient fidélisé le vote rural en faveur de Macky Sall. L’électorat rural leur répond avec ses pieds et affiche son intention de sanctionner durement l’infidélité et la trahison.
Cette colère du monde rural, ajoutée à la défiance continue des populations urbaines, est le véritable adversaire, la véritable opposition que Macky Sall ne peut ni emprisonner ni exiler ni débaucher.
Mais cette colère porte aussi un message qui s’adresse, au-delà d’un pouvoir désormais agonisant, aux futurs dirigeants de la troisième alternance. Le Sénégal ne peut plus être gouverné comme avant. Le service des populations, l’attention portée à leurs conditions d’existence, le respect de la parole donnée, doivent nécessairement supplanter la corruption, l’arrogance et la favoritisme dans notre façon de gouverner. A défaut, nos présidents ne craindront plus, comme Macky Sall, de ne faire qu’un seul mandat mais plutôt de n’en faire qu’une moitié ou moins …
Cette bruyante exigence de ruptures institutionnelles et structurelles est-elle entendue par nos candidats à l’alternative de 2019 ? Pour l’heure, on reste dubitatif devant le nombre impressionnant de messies qui défilent sur la scène politique. La rupture doit être d’abord une rupture avec ce messianisme qui n’est que la caricature d’un présidentialisme désuet et inefficace. Quand l’ambition personnelle égoïste n’hésite pas à menacer les chances d’un succès collectif, il est vain d’espérer une quelconque rupture dans les comportements politiques.
Les messies, probablement, disparaîtront aussi vite qu’ils sont entrés en scène. L’attachement des Sénégalais à leurs représentations politiques traditionnelles ne propose aux Macron de pacotille qu’un bref intermède sous les feux de la rampe.
Il suffit aux principales composantes de l’opposition d’écouter et d’entendre les messages des populations en colère, pour comprendre que la victoire ne peut être que collective. Nul ne pouvant ni gagner seul ni gouverner seul, il s’agit de mettre en place une plate-forme et un schéma communs, permettant de gagner ensemble et de réussir la transition vers le nouvel ordre institutionnel et politique que le peuple sénégalais attend depuis longtemps.

03/10/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal