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L’école publique, que la lumière y rejaillisse !  (Mbargou Makhtar LO)

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Le mois d’octobre est par excellence celui des écoliers au Sénégal. Elle marque le démarrage de l’année académique avec la reprise des activités des enseignants puis celles des élèves. L’ouverture des classes, jadis considérée comme une animation phare dans le calendrier des événements de notre pays, a perdu de sa superbe au grand dam des purs produits de l’école publique que nous sommes. C’est regrettable de faire le constat, mais l’école publique sénégalaise n’attire plus. La faute à qui ? Il faudra faire un diagnostic profond auprès de chaque acteur pour dégager les responsabilités des uns et des autres afin d’avoir une idée sur la racine du mal. Aujourd’hui, la réalité et l’unique constante qu’on peut retenir, c’est la défiance, pour ne pas dire l’affrontement entre les deux principaux acteurs du système, le gouvernement et les syndicats de l’enseignement, sous le regard impuissant des élèves et de leurs parents.

En octobre 1990, je faisais ma première rentrée des classes à l’école primaire Keur Serigne Louga Nord dans mon Ndiambour natal. Quelques années plus tard, c’était autour du Collège d’Enseignement Moyen Modou Awa Balla MBACKE de m’accueillir, et après quatre ans, j’ai intégré le Lycée Malick SALL de Louga pour enfin clore mon cursus scolaire dans cette localité du nord du Sénégal. Ainsi, j’ai déroulé toutes mes études scolaires dans des écoles publiques et pour couronner ce chapitre, j’ai été admis à l’Ecole supérieure Polytechnique de Dakar, encore un établissement public. Aujourd’hui, grande est mon incertitude de pouvoir assurer ce même cursus à mes enfants. Ironie du sort, en cette matinée du 02 octobre 2018, je viens de les inscrire à l’école privée avec un pincement au cœur. Pour la seule et simple raison que le quantum horaire n’est plus respecté dans nos écoles depuis quelques années. Le droit à l’éducation étant un acquis pour nos enfants. Mieux, tout parent d’élève rêve d’avoir une relève beaucoup plus inculquée et mieux outillée. Mais que faire si le système public actuel ne nous produit que des débrouillards ?

Aujourd’hui, entre le gouvernement et les syndicats de l’enseignement, on nous sert la course autour du puits où l’on ne sait pas qui poursuit l’autre ; ceci, juste pour dire qu’il n’est pas du tout aisé d’établir de quel côté ça cloche. La Fonction publique compte parmi  ses effectifs près de 80% d’agents relevant du corps des enseignants, ce qui revient à plus 100 000 sur les quelques 140 000 agents. Nous sommes d’accord que les enseignants doivent bénéficier d’indemnités au même titre que les agents des autres secteurs de l’Administration mais force est de reconnaitre que ces statistiques permettent de voir les incidences financières considérables sur le budget de l’Etat si les revendications ne sont pas bien étudiées et encadrées. Il faudra bien retenir que la vocation de l’Etat n’est pas seulement de payer des salaires mais aussi d’investir dans les infrastructures, qu’elles soient routières, hospitalières ou hydrauliques, et dans le domaine social avec discrimination positive pour le monde rural. Il est illogique aujourd’hui, que seuls 1.15% de la population représentant les fonctionnaires s’adjugent plus de 10% du budget de l’Etat par les salaires.

De l’autre côté aussi, le gouvernement doit disposer d’une planification très claire lui permettant d’entamer les négociations avec les enseignants avec une meilleure approche car refuser de signer des accords en début d’année scolaire, pour ensuite les accepter finalement en fin d’année, alors que celle-ci est déjà hypothéquée, peut faire allusion à une non maitrise de la politique publique réservée à l’éducation. Le gouvernement aussi doit jouer pleinement son rôle pour ne pas laisser foisonner des cohortes de négociateurs ou de facilitateurs tous azimuts qui en profitent parfois pour se positionner ou régler des problèmes personnels. Plusieurs intermédiaires ne font que complexifier de probables accords car aboutissant à une diversification des compréhensions des différents points de discussion.

Enfin, c’est un devoir pour tous les acteurs, aujourd’hui, de réhabiliter l’école publique sénégalaise. Elle nous a toujours donné la crème qui préside aux destinées de ce peuple. Les Présidents de la République et les hauts fonctionnaires que nous avons eu jusqu’ici en sont une parfaite illustration. Autrefois, à Louga, je me souviens que seuls les élèves avec un niveau limité fréquentaient les établissements privés ; l’excellence dans les concours et les examens était toujours trouvé au niveau de l’école publique. Aujourd’hui, tel n’est plus le cas et le constat est général partout, pour ne pas dire que la tendance est inversée, sauf dans quelques rares établissements où la résistance est notée comme le Lycée Seydina Limaloulaye. Mais pour combien de temps encore, à ce rythme de dégradation avancée du système ? Les revendications des enseignants sont aussi administratives avec la disponibilité dans les meilleurs délais des actes de leurs carrières. Dans ce sens des initiatives ont été prises pour améliorer le service rendu aux agents de l’Etat afin que la gestion de leurs carrières soit administrée dans les délais impartis. La dématérialisation du circuit des visas des actes d’administration des agents relevant de la Fonction publique en constitue une bonne approche à condition, surtout, que les différents acteurs se l’approprient.

Chers acteurs et autres citoyens, repensons ensemble l’école publique afin que la lumière y rejaillisse.

Mbargou.lo@gmail.com

Ps : En cette rentrée des classes, je profite de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à tous les instituteurs et professeurs qui ont participé à ma réussite scolaire, une mention spéciale à mon oncle Ibrahima LO, Mor Fanta THIAM, Rama KEBE, Mme SY et Seynabou NDIAYE, tous de l’Ecole primaire Keur Serigne Louga Nord, Ndiaga DIALLO et M. NDIAYE HG du CEM Modou Awa Balla MBACKE, Mody LO, Ngor NGOM, Mansour SY NDIAYE et M. SALL SVT du Lycée Malick SALL. Qu’ils trouvent en ces lignes l’expression d’une gratitude profonde.