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L’économie du Magal (Par Pape Sadio Thiam)

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Le jour où toutes les études scientifiques requises permettront de formuler des théories générales sur l’économie de Magal, on comprendra davantage la dimension multidimensionnelle de Serigne Touba. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de croire à une science économique empirique ou immanente dans les modes de productions, les rapports sociaux et la consommation, propres à la communauté mouride. 
Nous n’avons pas, en Afrique la tradition de penser nos modes de vie et nos modes de consommation afin d’en extraire, de façon scientifique, les principes et les lois immanentes. Pourtant toute activité humaine obéit à des mécanismes certes pas aussi prévisibles et nécessaires que les phénomènes naturels, mais pouvant faire l’objet de généralisations et de modélisation. Il ne serait absurde d’engager, sous ce rapport, d’engager des recherches scientifiques pour mettre en exergue les « lois » qui gouvernent l’économie mouride parce qu’il en existe.
Il se pourrait très bien que ce que nous allons tous les jours chercher ailleurs soit largement disponible chez nous. Il nous faut absolument des principes et des lois économiques adaptés à nos réalités sociales et surtout à nos croyances. Assurément les intellectuels sénégalais n’ont pas encore pleinement tiré profit de toutes les potentialités économiques, politiques, sociologiques et psychologiques que le mouridisme propose à l’humanité.
Tout le monde en convient, le capitalisme financier est non seulement inhumain, mais aussi dépourvu de toute forme de pérennité économique et sociale. Malheureusement face à ce constat, les uns et les autres semblent être désarmés et complètement passifs ou résignés. Pourtant la civilisation musulmane en générale et celle mouride en particulier, disposent de mécanismes latents ou manifestes et de mœurs économiques capables de montrer l’alternative.
On sait, en effet que la grande victime du capitalisme financier et plus précisément de l’économie boursière c’est le travail qui se trouve être paradoxalement la source réelle de toute richesse. Les manipulations boursières portent un énorme préjudice à l’industrie et même au secteur agricole, car beaucoup  de banqueroutes de firmes industrielles et de certains secteurs de l’agriculture sont en fin de compte dues aux fluctuations artificielles des valeurs boursières. C’est que l’économie boursière est un véritable château de cartes : son affaissement es toujours brutal et sans possibilité de sauvetage parce qu’elle est abstraite, voire illusoire.
Les bricolages successifs qui ont donné l’illusion de sauver l’économie occidentale en déroute ne sont, sous ce rapport, que des colmatages destinés à différer l’échec ou à calfeutrer l’aporie. La seule issue viable et porteuse de lendemains meilleurs est un retour sans délai à l’économie réelle en faisant du travail la source et la locomotive du développement économique.
Un tel retour consistera à revaloriser le travail et à en faire le levier principal qui assure le rythme de la société. C’est précisément à un tel retour qu’opère le mouridisme : les rapports sociaux qui structurent cette communauté, la hiérarchie religieuse qui la régule, la formation spirituelle et pratique qui en découle, sont tous fondés sur le travail.