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Lettre à un ami africain (Par Oupa Diossine Loppy)

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Pour toi B… qui t’étais retrouvé au mauvais moment…

A toutes les victimes.

Lettre à un ami africain

Nouvelle de Oupa Diossine LOPPY

Cher ami, cette lettre va parcourir des milliers de kilomètres, traverser des montagnes et des océans mais je n’ai aucun doute, elle arrivera à destination. J’aurais pu choisir le téléphone pour vous faire partager les informations mais le vent emporterait ma voix vers l’infini. J’aurais pu envoyer un mail, c’est plus rapide et ça ne coûte pas cher, mais je crains que mon message ne soit enfermé dans des boîtes métalliques. J’ai choisi le papier parce  qu’il vous apportera le parfum et la couleur d’ici et il laissera des traces pour la postérité.

J’ai décidé de parler, de vous parler. Je parle parce que je ne suis pas sûr que si je décidais de me taire il y aurait quelqu’un qui viendrait, quelqu’un qui chercherait à écouter mes silences. Donc, je parle !

RESTEZ CHEZ VOUS ! C’est vous protéger, c’est protéger vos proches et les autres ! Donc, éloignez-vous des autres !

Cher ami, ne soyez pas surpris, s’il vous arrive de lire tout au long de ce courrier ce message. Vous la lirez, peut-être, plusieurs fois, j’allais dire que vous l’entendrez, certainement, à maintes reprises. Elle vous agressera les oreilles, elle vous ennuiera mais il faut faire avec, vous m’en voyez désolé. On ne maîtrise plus rien, ici, on subit.

Labora, cher ami, si je vous écris cette lettre c’est parce que, nous ici où le climat est glacial, nous vivons une situation aux frontières du paranormal. Depuis quelques jours, un certain Confiné est apparu et il est en train de faire des ravages sur son passage. Non, je vais trop vite ! Mais vous me comprendrez.

Au milieu de chaque nuit, la sirène des sapeurs pompiers sous escorte policière en gyrophares réveillait toutes les villes. Plus le bruit devenait plus fort plus la peur s’installait dans le cœur de chacun de nous.

« C’est le confinement ! L’application est immédiate et jusqu’à nouvel ordre. Cachez-vous ! » C’était la voix que tout le monde reconnaissait, elle distillait ces mots que nous connaissons par cœur. Il était certain que c’est par les moyens d’un porte-voix.

Les peureux étaient recroquevillés sous leurs couvertures et les plus audacieux ou curieux prenaient le temps de réfléchir et se demander ce qui se passait réellement au point d’interdire aux gens de sortir de chez eux. pourtant, personne n’entendait le bruit des mitraillettes ou des bombes.

On n’était pas en guerre ! Pourtant, il semblerait…

Cher ami, Labora, qui aurait cru qu’à l’espace de quelques heures, des rues des villes de chez nous qui refusaient du monde en cette période de l’année allaient devenir des villes fantômes ! Nous sommes tous devenus des prisonniers sans avoir commis de crime, malgré nous. Personne ne pouvait plus sortir sans l’aval des autorités.

Quand je jetais un regard furtif à travers la fenêtre, je remarquais que toutes les rues étaient vidées de ses populations. Aucun homme ! Aucune femme ! Aucun enfant accompagné de ses parents ! Réveillés par la sirène, les cris des enfants dans les immeubles déchiraient la nuit comme un éclair.

Afin que nous ne mourions pas sans savoir le pourquoi, on nous pria de garder le calme car nous aurons les  informations nécessaires suivant le déroulement des événements.

Confiné a donné le tournis à nos populations alors qu’elles vivaient paisiblement. C’est étrange, il n’est pas facile d’élaborer une stratégie contre un ennemi que l’on ne voit pas. Il est invisible. Il peut être partout et le simple contact avec lui peut déclencher la fin ultime.

Comme un chat qui joue avec sa proie avant de la dévorer, Confiné envoie des signes à ses victimes pour signaler sa présence. Il fait couler le nez. Naturellement, on peut se dire qu’il n’y a pas un chat à fouetter car depuis que le monde est monde l’écoulement du nez n’est pas quelque chose d’étrange. L’éternuement non plus. Il fait boucher le nez. Un nez qui coule ou un nez bouché est dans la nature des choses.

Confiné va attaquer les poumons, les malmener et les broyer. On commence alors à tousser et puis… Et l’organisme se sentant attaqué se défend. Les échanges de tirs déclenchèrent une énorme bouffée de chaleur sur l’ensemble du corps.

Labora, cher ami, vous savez bien que j’ai les mêmes caractéristiques que Confiné. La différence entre lui et moi est que je suis un sédentaire, contrairement à lui qui va d’un endroit à l’autre. C’est pour cette raison qu’il est très populaire. Moi Margina, je sors pendant des moments sporadiques et quand on commence à parler de moi, je disparais aussitôt.

Confiné a de l’audace, il va où il veut. Il n’a pas besoin de visa pour entrer dans un pays. Quand on a le pouvoir, on peut décider sans demander l’avis de qui que ce soit; on se permet d’entrer chez quelqu’un sans demander son consentement.

Ce qui n’est pas votre cas, cher ami Labora. Vous n’êtes pas connu parce que vous êtes africain, vous n’êtes pas connu parce que vous n’avez le pouvoir d’imposer votre volonté. Donc, si vous devriez quitter chez vous et venir ici, c’est parce que l’on vous l’a accordé, et comme vous n’êtes pas le bienvenu, vous ne poserez jamais de pied chez nous.

RESTEZ CHEZ VOUS ! C’est vous protéger ! Donc, éloignez-vous des autres !

Confiné a suspendu le cours de la vie ici, il a mis un frein au mouvement, il a mis le progrès en péril. On interdit aux gens de sortir. On interdit d’aller au travail, donc, on interdit de se nourrir. Ce qui est autorisé c’est de crever de faim ou de peur, chez soi, comme personne n’a ni vu ni su, c’est acceptable.

Non, cher ami, j’exagère un peu quand même ! Tout le monde ne va pas mourir et tout le monde ne va pas mourir de faim. Les règles n’ont pas encore changé, ceux qui mangeaient à leur faim continueront à se nourrir et à se faire soigner mais pour les autres, leur sort sera discuté ultérieurement. Je vous dis cela, parce que j’ai surpris une conversation d’un groupe d’individus que je préfére taire les noms car je tiens aussi à ma vie, j’en profite du moment où personne ne parle plus de moi. Je laisse Confiné faire son petit malin mais il arrivera un jour…

Labora cher ami, ne croyez pas que je vous fais languir sciemment, si je parle de moi d’abord c’est parce que ma vie me vaut plus que tout autre au monde. Ce groupe d’individus disaient que les gens ne vont pas tous mourir de Confiné mais ils vont tous mourir de psychose. Si tout le monde meurt, personne ne sera là pour en profiter.

« Restez à la maison mais vous pouvez de temps à autre sortir chercher quoi mettre sous la dent. Vous pouvez aussi sortir faire quelque cent pas… » Oui, sortir humer l’air libre comme tout prisonnier pour ne pas devenir fous. Sortir chercher quoi si on n’est pas sûr de trouver ce qu’on cherche et, pour faire les cent pas il faut encore avoir les jambes qui tiennent.

« Respectez les gestes-barrières ». On doit créer la distance sociale. On s’éloigne de l’autre ! Confiné est peut-être caché sous ses aisselles et en même temps, il est recommandé de bâtir plus de solidarité entre les gens. Comment faire cohabiter les deux ?

Personne ne comprenait plus rien du tout ! Naquit ainsi la suspicion. Tout le monde se méfiait de tout le monde, sauf de soi-même, et encore… tout le monde était suspect et vulnérable en même temps: l’autre qui m’évitait, je ne sais plus si c’était pour me protéger ou s’il avait peur que je le contamine

Tout était désordre. Plus rien de cohérent. Aucune logique. Aucun sens. Tout se mélangeait. Tout se confondait. Tout se ressemblait. Aucune certitude. Même jusqu’en ce moment où je vous écris ces lignes, je ne suis même pas sûr de moi, de ce que je vois, de ce que je dis ou écris, oui je ne suis pas sûr de dire ce qu’il faudrait dire ou taire. Je vomis tout ce qui me passe par la tête pour libérer un maximum d’espace en moi. C’est comme si mon esprit avait quitté mon corps. Je me sens étrange.

Paradoxalement, cette suspicion était en train de faire naître des solidarités de toutes parts: solidarité entre générations, solidarité entre catégories sociales, solidarité entre voisins. Pour se faire bonne conscience, on se résout à dire que cette décomposition du monde fera jaillir une recomposition qui régulera les relations humaines plus solides, plus généreuses.

Cher ami Labora, oui, il y a un appel à la solidarité mais comme l’être humain est très complexe, je ne pourrai pas être catégorique; cela pourrait être une solidarité de façade. Pendant que certains disaient que le monde devrait faire bloc face à Confiné, d’autres souhaitaient l’hécatombe à ceux-là qui résistaient encore mieux, chez vous.

Les êtres humains ne sont pas humains comme ils le prétendent. Cher ami Labora, comment peuton dire à ses semblables, en face d’une catastrophe, qu’ils vont payer le lourd tribut, qu’ils vont mourir comme des mouches, parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils sont affamés, parce qu’ils n’ont pas d’infrastructures dignes de ce nom, après le passage de Confiné ? Sont-ils les alliés de cet opportuniste, les gens qui disent cela ?

Au moment où je vous écris ces lignes, cher Labora, le constat: la volonté de Dieu semble imposer sa loi, oui la parole divine est en train de dicter sa loi à celle des égoïstes, des jaloux, des méchants qui voudraient que leurs intentions deviennent réalité afin qu’ils continuent à brandir leur drapeau de supposés vainqueurs partout, leur drapeau de soi-disantes espèces supérieures de la planète.

Si Dieu décide de tuer mil vautours, c’est dire qu’Il prévoit de tuer des centaines de millions de mouches. Or, penser cela c’est continuer à croire injustement que la vérité sonne toujours la même couleur. Voilà leur analyse sordide ! Vous savez bien, cher ami Labora, je ne prends pas partie, ce sont leurs affaires à eux mais je ne peux pas passer devant la vérité et me taire, je ne serai pas quitte avec ma conscience.

Si les amoureux se touchent de loin par l’entremise d’un bâton de quatre mètres, il n’y aura plus de naissances. Si les épouses cherchent un prétexte d’être aux côtés de leurs enfants pour éviter leur conjoint, d’où viendront ceux qui vont assurer la relève de la famille ?

Cher ami, Labora, vous savez bien que nous sommes des sangsues, encore que celles-ci ne s’évertuent pas à anéantir leurs victimes. Donc, inutile de vous rappeler que les détruire c’est creuser illico presto notre tombe. Nous dépendons d’eux pour survivre en leur apportant des cataclysmes que l’on ne pouvait imaginer que dans la fiction.

La peur dans la ville. La psychose envahit tout le monde.

Les rats d’égouts gros comme des hippopotames étaient devenus des maîtres des artères de la capitale. Ces nouveaux profiteurs ne pouvaient pas percevoir ces mots « Rentrez chez vous » répandus comme une traînée de poudre dans toutes les rues. C’est ce qui fait leur chance ou peutêtre parce qu’ils ont été épargnés par Confiné.

RESTEZ CHEZ VOUS  ! C’est protéger vos amis ! Donc, éloignez-vous des autres !

Cher ami, Labora, protégez-vous ! Prenez bien soin de vous. Je vous informe qu’il se murmurait depuis fort longtemps qu’il y aurait une fabrication d’armes de destructions massives…Vous pouvez ne pas rester chez vous, c’est vous qui décidez mais vous le savez bien, je n’ai pas besoin de vous rappeler, que l’on vit longtemps et heureux quand on vit caché.

Oui cher ami, la proximité crée la familiarité et vous n’êtes pas sans ignorer que nos meilleurs ennemis sont les gens proches de nous, des gens qui connaissent nos habitudes, des gens qui connaissent nos faits et gestes, des gens avec qui nous pouvons manger dans un même bol.

Labora, vous voyez bien que nous sommes tous vulnérables face à notre entourage. C’est pour cela que je me fais toujours oublier pendant un moment pour réapparaître ensuite, même si ma période de prédilection n’est un secret pour personne, j’arrive sans faute à surprendre quelques imprudents.

Mais je ne pense pas que l’on puisse vivre dans une société où l’on demande aux gens d’ériger un mur de sécurité. « La distanciation sociale », « Les mesures-barrières », « Les gestes-barrières ». Je vous jure que je ne comprends rien à tout cela; je ne peux pas vous dire si les trois expressions signifient la même chose ou si chacune d’elles a un sens qui lui est propre.

Cher ami, vous m’en voyez désolé, je ne suis pas en mesure d’être clair sur ce point. Ce n’est pas parce que nous sommes diaboliques que nous sommes censés connaître toutes les langues de la terre, il serait même sensé que nous en connaissions peu pour ne pas anéantir toute la planète.

Je devrais vous avouer, Labora, que je me surprenais par endroits dans mes propos que j’exprimais un sentiment de jalousie en vers Confiné. Car si moi Margina, je n’étais pas allergique au climat tropical, j’aurais envahi toute la planète. Comme Confiné, je pouvais aller partout où je voudrais avec mon passeport diplomatique mais la raison m’indique de penser à ma survie. Quant à vous, cher ami Labora, vous n’avez pas le pouvoir d’imposer aux États d’entrer sans autorisations. Et si vous en demander une, elle vous sera refusée. D’autre part, je ne sais rien de votre aptitude à résister à tous les aléas climatiques du monde.

Je suis jaloux. Oui, je suis même très en colère contre Confiné. Il est entré dans mon jardin au moment où je me faisais distinguer partout. On ne parlait que de moi dans tous les foyers, dans toutes les entreprises, dans toutes les écoles, dans tous les ministères et surtout au palais de la république. Toutes les pharmacies applaudissaient. Il n’y avait que les urgences dans les hôpitaux qui chipaient en apercevant mon hideux visage dans leurs analyses. On pouvait lire sur leurs lèvres « Encore ce monstre…! » Tout le monde se barricadait.

Labora, cher ami, cet imbécile m’a volé la vedette. Diantre, qu’il aille en enfer avec tous les siens ! On ne parle que de lui dans les quatre coins du globe. Toutes les minutes, à la télévision comme à la radio. Il est présent dans tous les regards. Que sont devenus notre ami VIH et ses disciples ? Dans tous les cas, ils ne font plus d’actualité ici. A longueur de journée, à la radio, à la télévision, sur la toile, sur les réseaux sociaux, oui, CONFINE bourdonnait partout.

Je suppose que même Limaria, Confiné lui a aussi volé la dette, chez vous, on ne parle plus de celui-là car celui-ci est devenu une star planétaire, d’après les nouvelles que je reçois. Je ne dis pas ceci pour défendre Limaria, je ne suis pas sans savoir qu’il n’est pas des nôtres et il est lâche car il se cache derrière les autres pour attaquer et qu’il a besoin d’un autre corps pour se déplacer.

Même si nous tombons malades et mourons, Limaria est plus fragile que nous. C’est pour cette raison qu’il est devenu un être ordinaire.

RESTEZ CHEZ VOUS  ! C’est une preuve d’amour pour vos proches ! Donc, éloignez-vous des autres !

Quand on jeta un coup d’œil furtif par la fenêtre c’est la silhouette de Confiné que l’on voyait. Les chats ou les chiens qui n’avaient plus de maîtres rivalisèrent de gourmandise avec les rats d’égouts qui avaient occupé très tôt le terrain.

Tout le monde est conscient ici qu’affronter Confiné c’est une manière de signer son acte de décès. Mais se cloîtrer chez soi n’était-il pas synonyme de mourir à petit feu ? C’est un risque de crever de faim ou de peur. Oui, rassurez-vous, cher ami, Labora, ils ne vont pas tous mourir parce que Confiné est aux commandes mais sa popularité causera des dégâts collatéraux.

Imaginez-vous que les gens vivent présentement dans la psychose généralisée. Il y a de petits plaisantins dans les réseaux sociaux qui vilipendent de fausses nouvelles. Ils donnent à Confiné les pouvoirs qu’il n’a pas et, pour se faire un nom, ils inventent des remèdes. Pouah ! Des crétins de pire espèce ! D’autres, par contre, doutent de son existence. Tous des idiots !

Cher ami, Labora, je vais vous raconter une petite anecdote, un patient chez un médecin parce qu’il ne se sentait pas bien, ce jour-là:

  • Qu’est-ce qui vous amène, demanda le médecin ?
  • Bonjour, docteur je ne me sens pas bien depuis trois jours
  • Oui, dites-moi tout, je suis là pour soulager vos douleurs
  • Mmm…ci doc… doc… teur
  • Ne soyez pas ému, reprenez-vous et dites-moi calmement ce qui ne va pas
  • Docteur, depuis trois jours, j’ai la.. co…co…co…,

Avant que le patient ne retrouve la bonne articulation, le bégaiement fit éjecter le médecin par la fenêtre. En réalité, il souffrait de constipation.

Ces menteurs invétérés disaient aux gens de chez vous qu’ils allaient tous mourir parce qu’ils n’étaient pas armés pour faire face à cet ennemi invisible et capable de se cacher où il voudrait. Mais rassurez-moi, si vous le voyiez à l’œuvre, n’hésitez pas à me tenir informé de ses capacités chez vous. J’ai l’impression que les gens vont trop vite en besogne en confondant la popularité et la puissance.

Cher ami, Labora, laissons Confiné se pavaner où il voudra. Il se prend pour le maître du monde alors qu’il n’a pas encore les dents de lait. Comme, je vous le disais déjà en substance, un peu plus haut, il se tramerait quelque chose, un peu partout dans le monde. Ces gens que nous prenons pour des faibles ont une intelligence impressionnante. Ils vont chercher… d’ailleurs, ils sont en train de dépoussiérer les armes ensevelies dans les décombres pour lancer une contre-attaque contre ce vaniteux qui croit avoir les pouvoirs nécessaires pour anéantir l’humanité tout entière.

Ces armes très dangereuses relèveraient du miracle car il y a plusieurs hivernages qu’elles ont été mises dans les trous de l’oubli pour des raisons d’inefficacité contre un autre prédateur, Limaria. Elles deviendraient des armes de renaissance, certains les nommeraient même d’armes miraculeuses.

Ils sont intelligents ces gens, la thèse de « vous allez tous mourir » fut juste un slogan de campagne pour faire face au mal, même si les spécialistes de tout genre créèrent la psychose, l’anxiété, la peur qui affaiblirent l’esprit et le corps, ce qui serait une porte ouverte à tout…

RESTEZ CHEZ VOUS ! C’est protéger les autres ! Donc, éloignez-vous des autres !

Quelqu’un toussait, des regards inquisiteurs et, on s’éloignait de lui. Nul ne pouvait plus tousser ! On n’avait plus le droit de tousser !

Vous éternuez, tout le monde se cacha le visage et prit la tangente. L’éternuement était suspect pour ne pas dire interdit. C’est pourquoi on demandait aux gens de rester chez eux, c’est aussi pour éviter les frustrations fréquentes; tout le monde est bourreau et victime en même temps.

Chez vous, quand vous aurez le nez qui coule, quand vous aurez la température qui monte, quand vous aurez les maux de tête, c’est vous-même qui allez vous suspecter, à raison ou à tort. Toutes les mille et une questions vous traverseront l’esprit. Comme vous ne pouvez pas vous fuir vous-même, la terreur s’empara de votre corps et de votre esprit pour les torturer à sa guise.

Même les lieux de culte furent désertés. Mais les gens continuaient à implorer Dieu de les délivrer de ce mal. Le refuge de l’esprit. Quand on commence à évoquer le nom de Dieu, il est clair que les hommes sont en détresse.

Éloignez-vous les uns les autres et en même temps, ne coupez pas les liens avec les autres. Avoir les nouvelles de l’autre est une manière d’être sûr que l’on existe. Le signe de vie de l’autre nous sort du doute dans lequel nous étions plongés. Rester en contact c’est aussi savoir que l’autre est vivant et peut-être qu’il n’est pas infecté et qu’il se porte bien. On est éloignés mais proches en même temps: le smartphone, l’ordinateur, la télévision… et l’avion prit la place du bateau.

Le monde étant devenu un petit village planétaire, la distance est réduite au néant. Cela a facilité les périples de Confiné. S’il atterrit dans la case de mon voisin, il est forcément dans ma case; si la tienne brûlait, la mienne avec et nous périssions ensemble.

Né de parents mystérieux en Asie, Confiné fut rejeté par son entourage et il vit l’Europe et l’Amérique lui tendre les bras. Le pouvoir économique dirige le monde. La finance est plus importante que toute autre chose.

Ainsi, traversa-t-il les frontières avec une facilité insolente au point que certaines voix se levèrent pour crier au complot. Comment vouloir adopter quelqu’un qui est rejeté par les siens ? Incompréhensible !

Cher ami, Labora, la finance est devenue la religion la plus crédible. Imaginez le désastre répandu dans les cœurs et dans les esprits, pendant ce temps, toujours la même litanie nous bombardait les oreilles: « La croissance va fortement baissé » « La récession est inévitable » « Le PIB sera faible ». C’est cela qui focalisa toute l’attention et créa la suspicion.

Voilà ces choses qui valent aujourd’hui plus que les vies humaines. La perte massive des vies humaines fut négligée pour ne pas dire reléguée au second plan. Cher ami, je ne prends pas partie, tout cela m’est égal mais je vous dois une information juste.

Chaque jour, à la tombée de la nuit, comme des rats, les hommes sortirent pour écouter les statistiques de la journée. Chaque service comptait ses cadavres comme un commerçant fait sa comptabilité journalière. On entendait parler de record battu. Oui, mourir était devenu banal. Cela n’émouvait plus personne, quand la nouvelle tombait, on haussait les épaules et on passait à autre chose. Autre chose n’était rien d’autre que vivre dans le stress et l’incertitude.

Même moi, pour être franc, j’avais des frissons. Je ne reconnaissais plus cette nature. Personne ne ressentait plus de chagrin en entendant des milliers de morts par-ci, des millions de morts par-là. Nul ne voulait plus chercher à savoir que derrière ces chiffres ce sont des êtres, humains de surcroît, qui disparaissaient laissant leurs proches dans la détresse.

On ne parlait plus d’enterrement. On remplissait des trous avec du sable où avaient été déposés des corps inertes des victimes. L’œuvre de Confiné. Ce prétentieux réussit à faire perdre à ces êtres doués, dotés d’une grande intelligence, leur humanité. Quand on les voyait sortir en petits groupes c’était pour aller cacher le corps de leur proche.

L’être humain a pourtant été considéré le seul animal sachant différent des autres animaux mais des doutes commencèrent à s’installer. Un minuscule Confiné qui mit toute la planète sens dessus dessous…

Je n’arrêtais pas de m’interroger: s’il y avait vraiment complot, à qui profitait le complot ? Mon constat était que cette guerre larvée ne choisissait pas ses cibles, personne n’était épargné. La balle pouvait atteindre n’importe qui, riche ou pauvre, jeune ou vieux et, elle n’avait pas de préférence de couleur de la peau. L’ennemi ? Le complice ? La finance ? Je suis toujours dans le doute.

Cher ami Labora, ce que je peux te dire aujourd’hui est que la Science est à l’épreuve de la théorie du complot, s’il y en avait vraiment un !

Cher ami, pour être franc avec vous, j’ai le devoir de vous avouer que cette calamité est en train d’égaliser les hommes. Une prise de conscience que c’est le même soleil qui brille partout dans le monde. C’est la seule certitude pour moi, à l’heure actuelle.

RESTEZ CHEZ VOUS ! C’est vous protéger et protéger votre entourage ! Donc, éloignez-vous des autres !

Faudrait-il que j’insiste sur le chaos installé, ici chez nous !

Le silence fut morose dans nos villes, que d’arbres morts par manque d’oxygène, aucun chant d’oiseaux chassés par cet air impur remplissant l’atmosphère et desséchant les gorges déjà abîmées. Des regards et des mots à travers des fenêtres… C’est le désespoir total.

Je suppose que vos villes, là-bas, n’ont pas encore atteint ce sommet d’horreur aux frontières d’autodestruction.

Les arbres rescapés continuaient à vivre sans se soucier de ce qui se passait autour d’eux. D’ailleurs, ils vivraient de mieux en mieux si on leur avait foutu la paix. Il se chuchotait ici que les oiseaux n’allaient plus tarder à chanter de nouveau si les hommes continuaient à déserter les rues et les places publiques.

Cher ami Labora, c’est une lapalissade si je te disais que les homme agressent la nature, que les homme méprisent la nature, que les hommes scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ne sont-ils pas responsables de ce qui leur arrive en ce moment-ci ? Ce n’est pas Dieu qui est fâché, ce n’est pas la punition divine, c’est l’œuvre de l’homme.

Vous diriez que je suis en colère et vous auriez raison. Les autres êtres n’ont pas besoin de cette main invisible, de cette main de dieu pour vivre. La preuve, l’air était devenu plus respirable grâce aux mouvements réduits des uns et des autres.

Même le bruit provocateur des moteurs avait honte de se faire entendre. Il ne se faisait remarquer que par son grand silence.

La guerre, oui la guerre, vous dis-je, cher ami Labora. Une guerre contre un ennemi invisible qui nous suit partout et peut frapper à tout moment. Il est dans le commerce ! Il est dans le transport ! Il est dans les lieux de travail ! Il est à l’école ! Il est dans la rue ! Il est à la maison ! Il est dans le corps ! Il est dans l’esprit ! Il est partout et pourtant on ne le voit pas. Même dans une guérilla on voit l’ennemi au moment de l’attaque surprise…

L’une des stratégies pour mieux le combattre c’est de se disperser. Ne pas se regrouper est une manière de réduire sa capacité de frappe ! La meilleure manière de rester unis est dans la pensée et l’esprit.

Labora, cher ami, est-ce une lapalissade de vous dire que j’ai vraiment vu de mes propres yeux le caractère fragile de l’homme, ce faible roseau qui prétend transformer le monde à sa guise ? L’homme est un esclave et le malheur est son maître !

Malgré son intelligence, malgré sa science, il n’est rien ! D’ailleurs, dans ces moments de faiblesse, il se rappelle qu’il y a Dieu et il commence à le prier. Il implore Dieu d’intercéder…

Je dois vous avouer également que ces êtres sont intelligents, même si je ne minimise pas le génie qui habite en nous, car ils arrivent toujours à contourner nos plans. Ils sont, donc, intelligents mais ils sont méchants; leur solidarité laisse à désirer.

Au moment où chacun d’eux a besoin de l’autre pour créer une sorte de synergie afin de stimuler le moral, ils rivalisèrent de créativités nuisibles, ils rivalisèrent de mensonges et de cynisme. Personne ne savait plus qui était expert ou ne l’était pas, personne ne savait plus qui disait la vérité ou qui se moquait de la conscience des autres, personne ne pouvait plus distinguer qui avait droit au chapitre ou pas. Tout le monde parlait à tout le monde et tout le monde écoutait tout le monde. Inutile de vous dire que ceci avait créé une cacophonie, une psychose à arracher les cheveux.

Personne n’était plus sensé savoir que l’ignorance serait moins dangereuse que l’impression de savoir car cette attitude constituerait un désastre pour l’humanité tout entière. La santé physique en danger. La santé psychique plus qu’essentielle pour tout être deviendrait une proie à la détresse, fille du stress.

Ainsi, la horde des manipulateurs, des menteurs, des idiots et imbéciles ont-ils rendu aphone la parole autorisée des sachants, des experts, des scientifiques en la matière.

La démocratisation de la parole paralysa la meilleure approche que chacun pouvait se faire de la compréhension du phénomène. Les plateaux de télévision, ici et ailleurs, certainement chez vous, cher Labora, aussi les réseaux sociaux, les cercles d’amis et au sein des familles furent envahis par des usurpateurs sans scrupules.

Cher Labora, peut-être que l’on parlera de Confiné au passé quand cette missive vous parviendra. Confiné a bousculé les règles de bienséance, il n’a pas été discret. Donc, me semble-t-il, ce fut pour cette raison que la riposte a été à la mesure de son comportement démesuré.

Confiné n’avait pas retenu la leçon de nos sages qui nous disaient toujours que la hache est petite mais elle pouvait terrasser un baobab.

Cher ami, Labora, je pense que les jours de Confiné se comptent au bout des doigts d’une seule main. Après les funérailles déjà organisées en Asie, des  nouvelles sûres et fraîches viennent de me parvenir d’Europe sur son état d’agonie et, il semblerait qu’il est un mort-né chez vous, en Afrique. Je compte sur vous pour la confirmation de cette nouvelle qui ne m’attriste guère. Votre ami Margina

mai 2020

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PS: Chers lecteurs, dites-moi, qui parmi vous aurait accepté de cheminer avec moi pendant ces moments de détresse ? Si au départ, vous aviez su que j’étais la grippe saisonnière, alias Margina, qui écrivais une lettre épistolaire à Ebola, surnommé Labora, en lui relatant l’éclosion de la Covid19 , Corona Virus pour les intimes, ayant Confiné comme sobriquet, vous n’auriez même terminé de lire la première phrase, je pense. En définitive, vous avez bien noté, qu’importe qu’on l’appelle Confiné, Covid-19 ou Corona Virus, il est prétentieux, vantard et vaniteux. Croyez-moi, chers lecteurs, il n’aura même le temps de s’en rendre compte car « vanité des vanités, tout est vanité » et bientôt on parlera de lui au passé.

GS