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L’OFNAC détourne nos deniers publics ! (Par Ababacar Sadikh Top)

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En écrivant cet article, tous les états d’âmes de frustration ont envahi le modeste citoyen que je suis, tellement le mal est profond dans ce pays, mal que le discours de bienséance voile par la beauté et la justesse des mots qui cachent des montagnes de maux. L’Office national de Lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC) est l’objet de cet article. En effet, d’emblée disons avec poigne et abnégation que cette naguère Autorité administrative indépendante est à ce jour déviée de sa mission et qu’en effet, l’Ofnac lui-même ne joue pas son rôle, il est gangrené par le mal qui pollue l’administration sénégalaise, comme la plupart des Autorités de même nature du pays.

Pourtant, en jetant un coup d’oeil dans le rétroviseur, nous verrons qu’aucun vent de nouveauté ne souffle sous nos tropiques, la Commission nationale de lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion (CNLCC) a connu le même sort.

Dans l’exposé des motifs de la loi portant la création de l’Ofnac qui détermine le contexte dans lequel l’Office est créé tout en déterminant son objectif, il est bien écrit que « le gouvernement, ayant inscrit son action dans une gouvernance vertueuse, a décidé d’instituer une Autorité administrative indépendante…disposant de pouvoir d’auto-saisine, d’investigation et de saisine de la justice » ; et plus loin dans l’Article 17, la loi stipule que

« l’Ofnac établit chaque année un rapport d’activités…rendu public par tous les moyens appropriés. »

 

Marquons un pas, à la lumière de ce qui précède et au regard du dernier rapport publié par l’OFNAC en 2016, l’Autorité elle-même ne respecte pas la loi portant sa création, notamment l’article sus-cité. En effet, depuis 2016 aucun rapport d’activités de l’office n’est publié, donc n’est produit ; et si par extraordinaire, dans l’intervalle 2016-2019, un rapport est produit si ce n’est un document de plan stratégique, il n’est pas rendu public, bafouant encore ses propres règles, l’Office transgresse la constitution qui donne aux citoyens le droit à l’information. Que vaut dans ce cas cet organe aujourd’hui ? Quel respect peut-on donner à un organe, censé combattre la fraude et la corruption, qui se doit de publier des rapports annuels d’activités et qui reste trois ans sans aucune publication ? Pire encore, ledit organe est doté de budget pour accomplir une mission précise, si celle-ci n’est pas accomplie comme dans le cas d’espèce, il se détourne dès lors ses objectifs et est mis au banc des accusés.  Tel est pris celui qui croyait prendre !

Aujourd’hui, force est de reconnaître que l’Ofnac est de la cosmétique et n’a plus sa raison d’être.

 

La grande question qu’il faudrait cependant se poser est de se demander pourquoi cet organe si bien parti en est arrivé là ?

Pour moi, la réponse est évidente. En effet, L’OFNAC est directement rattaché à la présidence de la République (article premier), et que tous les membres de l’organe sont nommés par décret (article 5) Qui décrète ? Le président de la République bien sûr, et c’est encore lui par son encre financière qui fixe la rémunération et les avantages en nature du Président et le montant des indemnités et avantages.

Alors, si aujourd’hui cette léthargie est décelée dans le fonctionnement de l’OFNAC, c’est par ce que tout simplement le Président l’a voulu et qu’au demeurant l’indépendance de l’autorité est de la poudre aux yeux, c’est juste un discours.

 

Un autre fait d’une extrême gravité mérite que l’on s’y attarde.

Savez-vous que le premier Président de la cour suprême refuse de se plier à la loi et n’a pas fait de déclaration de patrimoine ? La gravité de son refus réside dans le fait que, non seulement il est à la tête d’une cour de justice particulière qui intervient en dernière instance dans son domaine de compétence, donc ne devrait faire objet à équivoque mais, lorsque la présidente de l’Ofnac d’alors, Nafi Ngom Keita, a saisi le président de la République sur cette affaire, le garant du respect de la constitution, des lois et règlements lui a répondu de façon simple : « Laissez le tranquille. » Trahison !

 

À la suite de ce qui précède, l’OFNAC est détourné de ses objectifs, est en lui-même, par la volonté du président de la République, un organe bicoque. Dans un État où aurait régné la justice, tel que déclamé par le pouvoir, un rapport sur le fonctionnement et les activités de l’organe aurait dû être fait et transmis au Procureur. Mais nous n’en sommes pas loin, c’est un rêve utopique !

 

Par Ababacar Sadikh Top

babacar.top@gmail.com