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Mackyavel parle de sa psychorigidité (Mamadou Bamba NDIAYE)

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« Comme certains ont pu s’en rendre compte, je ne suis pas particulièrement souple. Mais je suis beaucoup moins rigide que mon image peut le laisser croire ». L’auteur de cette réplique, tirée des mémoires de campagne électorale du candidat sortant, la considère certainement comme une habile parade. Mais elle est plutôt une nouvelle manifestation de la psychorigidité de Mackyavel.
Elle trahit une dissonance cognitive, autrement dit un malaise émotionnel provoqué par la contradiction entre un défaut assumé de souplesse intellectuelle et un désir de projeter, à la veille d’une élection présidentielle risquée, l’image trafiquée d’un homme consensuel.
Si la citation utilisée ne valide pas selon vous, cher lecteur, cette conclusion, lisons ensemble un autre extrait des bonnes feuilles : « pour gouverner, il ne suffit pas de taper du poing sur la table et de dire d’une voix cassante : ‘c’est comme ça et c’est tout, j’ai décidé !’». Des propos destinés à Idrissa Seck, et qui s’inscrivent dans la tonalité générale de ce qui apparaît, pour l’instant, de cet ouvrage : une nouvelle occasion de solder des comptes avec des adversaires politiques, la preuve d’une inaptitude au dépassement et d’une fermeture aux critiques. On attendrait d’un homme d’Etat davantage de projection sur des débats utiles à la société et moins de rumination de supposés affronts passés ou présents.
Ce n’est pourtant pas Idrissa Seck qui déclarait, de retour d’Accra, au sujet de l’envoi de soldats sénégalais en Arabie saoudite : « en tant que chef suprême des armées, je l’ai décidé. Il n’y a pas de débat. Un point, c’est tout ! ». Ici, la contradiction est un symptôme de l’inconfort mental.
Cet embarras cérébral engendre la fixité psychique et comportementale que l’on nomme psychorigidité. Tiraillé entre des valeurs contradictoires, incapable de s’adapter aux changements de son environnement, le psychorigide se fige dans l’entêtement, l’obstination.
La frustration transparaît aussi dans l’acrobatie discursive, cette méthode de parler pour ne rien dire que nous avons mise au jour dans cette chronique en analysant un discours de Mackyavel, et qui se poursuit aujourd’hui dans un nouveau livre. Comme s’il fallait gommer les quatre tomes de « Convictions républicaines », vieux de seulement six petits mois mais définitivement associés à la fameuse bourde sur les desserts des tirailleurs.

Le nom du nègre

On aimerait bien connaître le nom de la plume ayant noirci ces pages. Ce sera certes difficile, si l’identité de ce collaborateur de l’ombre ne figure pas dans l’ouvrage. Dans le monde littéraire, c’est ce qu’on appelle un « nègre », un auteur écrivant dans l’anonymat pour le compte d’un autre. Le contraire d’un « métis », un nègre dont l’identité est divulguée. Mais ne désespérons pas car la maison Le Cherche-Midi, habituée de ce genre de pratiques éditoriales, a parfois des procès avec ses métis et ses nègres. Si c’est le cas cette fois-ci, on découvrira peut-être le nom du nègre.

28/11/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal