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Me Gisèle Halimi, militante universaliste des droits humains, « FOFTIMA » *

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Du Sénégal, j’apprends que Gisèle Halimi s’est éteinte, à Paris, le 28 juillet 2020, à quatre-vingt-treize ans.

Mais qui était cette dame?

Etudiante à Paris, j’ai découvert, en 1972, son nom, lié à un procès retentissant -« le procès de Bobigny ». Entre bruits et fureurs. Avocate, Gisèle Halimi en assurait la défense relativement à une affaire d’interruption volontaire de grossesse (I.V.G.), avec une principale accusée -une mineure de seize ans qui avait été violée. Elle venait d’agiter un sujet tabou, à l’époque, dans la société française : l’avortement.

De quoi s’agissait-il? L’interdiction de cette pratique, inscrite dans le code pénal français, venait, pour la première fois, d’être juridiquement mise en cause, avec autant de vigueur que de rigueur. Elle fut dénoncée, à cor et à cri, par de nombreuses femmes, au sein et à l’extérieur du Mouvement de Libération des femmes (M.L.F.) de France -toutes tendances confondues. Ce mouvement de dénonciation devait aboutir, le 17 janvier 1975, à ce que l’on appelle la loi Veil, pour l’I.V.G.

Mais Gisèle HALIMI n’a pas été que la « Dame du procès de Bobigny ».

Au préalable, elle s’était déjà distinguée, à partir de 1960, en défendant une militante du Front de libération nationale (F.L.N.) d’Algérie, emprisonnée et violée par des militaires français : Jamila Boupacha. A ce propos, elle fera paraître, avec Simone de Beauvoir, un ouvrage portant le nom de celle-ci. Condamnée à mort, le 28juin 1961, Jamila Boupacha sera, grâce à l’engagement de Gisèle Halimi et de ses ami.e.s -dont Jean-Paul Sartre, Germaine Tillon, Simone de Beauvoir et Pablo Picasso, amnistiée et libérée le 21 avril 1962.

Durant cette période, Gisèle Halimi, elle – même sera brièvement arrêtée et emprisonnée. En tant qu’avocate du F.L.N.

Anti-colonialiste, Gisèle Halimi était de tous les combats justes de son époque. Sans discrimination aucune. En effet, et à titre d’illustration : autant elle a eu à se battre pour l’Algérienne, Jamila Boupacha, pour des filles et des femmes franco-françaises confrontées à des problèmes de viol et/ou d’I.V.G., autant elle l’a fait pour l’indépendance de son pays d’origine -la Tunisie-, pour celle de l’Algérie, contre les crimes commis par l’armée américaine au Vietnam… et pour l’existence vraie de la Palestine.

Aussi, a-t-elle eu à s’engager, avec son mouvement « CHOISIR – la Cause des femmes », dans la lutte pour l’abolition des mutilations sexuelles, par des prises de positon publiques hardies et par des publications dans le magazine dudit mouvement. Entre autres faits.

Gisèle Halimi était une femme politique féministe.

Elle mena ses combats non seulement avec des hommes , mais également avec des femmes. Elle fut, parfois, qualifiée d’ambitieuse. Ambitieuse! Oui. Elle avait des raisons de l’être. Il fallait et il faut encore, à toute militante de la sorte, une sacrée dose d’ambition, pour évoluer dans tout système patriarcal.

Proche du parti socialiste français, elle sera élue députée de l’Isère, sous la présidence de feu François Mitterrand, en 1981, et nommée ambassadrice de la France à l’UNESCO, en 1985. Elle fut, par la suite, conseillère à l’Assemblée de l’Organisation des Nations Unies.

Ses divers engagements lui valurent d’être élevée aux rangs respectifs de :

-Commandeure de l’ordre national du Mérite, le 13 novembre 2009,

-Commandeure de la légion d’honneur, le 1er janvier 2013.

Gisèle Halimi n’avait pas besoin de se proclamer militante universaliste des droits humains. Ses faits et gestes en faisaient une authentique. Etre féministe, faut-il le rappeler, ne signifie pas, être contre les hommes, mais c’est tant épouser et servir la Cause des femmes -femmes de la planète-, que défendre et travailler à faire respecter et étendre les droits humains.

Elle essuya beaucoup d’animosité, durant son parcours de militante et y fit face. Avec dignité. Et, avec courage.

Lors de ses obsèques, la présence de la petite fille de Djamila Boupacha, de l’ambassadeur d’Algérie en France, et l’annonce de la décision du Président tunisien de baptiser, à son nom, une des rues de Tunis ou de son lieu de naissance -la Goulette- sont assez révélatrices de la qualité de ses engagements.

A l’instar de Simone de Beauvoir, de Benoîte Groult, de Simone Veil et de quelques autres dames du féminisme, Gisèle Halimi -cette avocate franco-tunisienne ou tuniso-française-, née d’une mère juive et d’un père berbère, était une grande humaniste.

Avec elle, on peut dire « mission accomplie! »

Gisèle Halimi, militante universaliste vraie, reposez en paix!

Que la terre de France vous soit légère, sister Gisèle!

Mes condoléances à tou.te.s ceux et celles qui l’ont connue, appréciée et/ou aimée -sans oublier ses trois fils.

Awa Thiam.

Anthropologue.

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*_ « Foftima », dans la langue peule ou pulaar, signifie littéralement, ici, elle s’est reposée : une autre façon de dire qu’elle s’est éteinte.

Par Me Gisèle Halimi, militante universaliste des droits humains, « FOFTIMA » *