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Moi, Macky, j’aime le pouvoir, j’y suis , j’y reste et quoi qu’il m’en coûte

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Pas de mots pour l’ancien président américain Barack Obama, lors de ce beau discours fleuve qu’il avait prononcé au siège de l’Union Africaine(UA), en Ethiopie. Il m’a poussé à sortir de mes gonds. Explosion de colère. Explosion d’amertume. Il nous a déchirés, mes semblables et moi à belles dents. Et oui, cette phrase malheureuse sortie de sa bouche, je ne l’ai pas aimée. Il y a une vie après le pouvoir. Cette phrase, je la ressasse.

Le pouvoir et moi, une longue histoire semée d’amour et de haine. Le pouvoir et ma personne, moi Macky-tout-puissant, c’en est une anecdote. Et cela frappe l’entendement de tout ce peuple qui m’a élu au cénacle. Mais bon, l’on se demande pourquoi l’africain, une fois assis confortablement sur le cocotier ne veut plus en descendre. Mais bon Obama m’a réveillé voire piqué au vif. Sonné tel un rat j’étais. Qu’est-ce qui fait courir Macky? Question que se pose mon peuple, ce peuple à moi, soumis à mes ordres et désirs. Mon protectorat.

Je suis un roi. Plus que cela, je suis un empereur mais pas comme l’Ogre de Berengo, ce centrafricain-là. Paix à son âme. Je le vénérais en cachette et me demande toujours comment il avait fait pour mater son peuple dans la peur et dans le sang. On le traite de dictateur et qu’à cela ne tienne ! M’en fichtre ! Je sais que je suis un affamé du pouvoir. En effet, cela m’honore. Toute honte bue, je dis que l’Afrique n’a pas besoin d’institutions fortes mais des hommes forts. De ma trempe. Et je suis l’exemple vivant d’un homme fort, droit dans ses bottes et usant le pouvoir comme un enfant affamé suçant goulûment un bonbon. Mes institutions me servent et non le contraire.
Oedipe le roi de Sophocle ne sera pas content de cette assertion sortie de ma bouche destinée à l’outre-tombe. Les institutions passent de vie à trépas mais je demeure convaincu que je suis éternel. Le sorcier du village l’avait prédit à mes parents qui ont fait de moi ce que je suis maintenant.

Le président tout puissant dont le Sénégal rêvait depuis le soleil des indépendances. Oups, rêver, est-ce fort de café mais bon je m’en fous! Je suis le socle de cette démoNcratie par la force des bras. Je suis l’Etat. Je suis la violence légitime. Je mène une bonne politique de gouvernance tant vantée par mes pairs africains. Tout pour mon parti-Etat, Apr/Benno. Et la Constitution, je la viole quand je veux parce que je suis la constante même si le peuple souffre énormément dans la solitude et dans la peur. On m’appelle la terreur. On me surnomme le soldat de la guillotine. Demandez à deux de mes adversaires politiques, en l’occurrence deux politiques à l’initiale K. Alors, qui ose me défier? Il se murmure de loin en loin qu’un enfant venu du lointain sud au sang mêlé, défie mon autorité.

Je le laisserai à ma meute de chiens qui le déchiquetteront à belles dents. Mes affidés et moi lui avions tendu un guet-apens et il s’en est sorti avec armes et courage. Le film du salon Sweet Beauté et son scénario ont été une catastrophe. Et les acteurs ont été virés et le contrat avec Netflix annulé. Diantre ! Haro sur ce gosse, Sonko, météore de la politique sénégalaise ! Pas d’inquiétude, j’aurai son scalp et je le montrerai tel un trophée à la face du monde. Il est un piètre politique mais il est plus coriace que les deux K qui ont été gentiment amenés à l’abattoir et sans résistance aucune. Rire sous cape. Mais je suis plus malin que lui. Et les sujets de sa Majesté ne se réveilleront jamais de cette situation carnavalesque dans laquelle ils se retrouveront toujours. Des coups médiatiques et des scenarii de saynètes pour égayer la galerie. Point de conscience collective. Il n’y aura jamais de dégâts voire de conséquences incommensurables.
*Balayé tel un Blaise Compaoré ne pourra jamais m’arriver parce que ce peuple, je le tiens fermement même si des fois je desserre l’étau pour le laisser respirer. Je sais que le pouvoir use et rend fou. Moi, je suis à des années lumière de tout ce charivari. Ah les délices du pouvoir ! En effet, être au pouvoir rend éternellement jeune. Mais il faut avoir bon dos quand même tout en sachant recevoir des coups. Je manie la parole comme je veux. Je dis et je me dédis. Je suis un personnage très nuancé.
Je tiens la flamme de la démoNcratie des biceps et la politique de la carotte et du bâton. Tout simplement, je suis un héritier d’Aristote et je connais les affaires de la Cité et pas forcément comment elles marchent. Mais bon, nous sommes en Afrique et de surcroît au Sénégal. Cela n’est pas grave. Les priorités sont tout le temps occultées. Je sens cette outrance de rester au pouvoir per fas et nefas venant de mes administrés. Ma démoNcratie à moi, ce n’est pas laisser au peuple le choix de s’exprimer et de choisir ses propres dirigeants. En fait, je sais que la corde qui me lie au peuple est raide. Et ce garçon à la bouille d’un Gavroche dont je faisais allusion essaie de changer le cours du destin du peuple mais mal lui a pris de procéder ainsi et sans demander mon avis. Mes cerbères s’occuperont de lui et pour bientôt. Une démocratie doit être gage de stabilité comme la mienne et non de façade.
La démoNcratie de la terreur. L’on me traite de menteur, de corrompu, d’assoiffé du pouvoir, de riche comme Crésus et de dictateur. Tous ces qualificatifs passent au-dessus de la tête. Il m’arrive des fois, moi Macky-tout-puissant, de vouloir avancer sur ce chemin ô combien prometteur de la démocratie participative mais qu’à cela ne tienne ! Je n’aime pas ce terme parce cela pourrait doucher mes espoirs de rester éternellement sur le trône. Même si je terrorise mon peuple, ô peuple bien aimé de son roi Bokassa 1er, oups, Macky 1er. Je fais du pouvoir un terreau fertile pour assouvir mes désirs et mes pulsions démoniaques. Et à ceux qui ne croient pas en mon étoile, en l’avenir de mon pays sous le président à vie de Macky 1er, je leur rabats le caquet. Parce que j’aime le pouvoir, j’y suis, j’y reste et quoi qu’il m’en coûte.

Ibra POUYE