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Mon Dieu prenez bien soin de Sidy Lamine Niass (Dr Khadim B. Diagne)

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«Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience ».  « Quand tu es heureux, regarde au plus profond de toi. Tu verras que seul ce qui t’apporte de la peine, t’apporte aussi de la joie. Quand tu es triste, regarde à nouveau dans ton cœur, et tu verras que tu pleures ce qui te rendait heureux ». Je pleure encore Sidy mais comme parler de ses peines, c’est déjà se consoler, je vous parle de mes peines
Mon Dieu, je Vous écris cette lettre pour Vous parler du Mollah de Khaar Yalah je suis sûr et certain un jour l’autorité va donner le nom de cette avenue à Sidy. « La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tout sens. Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant. » Sidy n’était pas une vielle idole qu’on encense par habitude, il avait compris très tôt cette citation de Montesquieu  » C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites […] Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.  » Lui seul suffisait pour défier tout un pouvoir et défendre tout un peuple quelques exemples suffisent pour étayer mes propos :
– Le lundi 17 octobre 2005, la radio privée Sud FM et la rédaction du journal ont été fermées par la police, sur ordre du ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom. Mais la réaction de Sidy en direct dans les radios avec des mots si forts… le monde s’effondre, c’est la fin de la démocratie… et quelques heures face à cette solidarité spontanée l’Etat recule.
– Le samedi 19 mars 2011, Sidy Lamine a organisé un sitting à la place de l’indépendance où la foule s’est ruée en masse pour exprimer sa frustration. Il venait de démystifier le tout puissant Abdoulaye Wade. Le 19 mars a rendu possible le 23 juin 2011
– Le 25 février 2012, deux candidats Macky Sall et Abdoulaye Wade avaient fait campagne dans presque toutes les contrées du Sénégal, d’autres avaient choisi de rester à la place de l’obélisque. Wade savait pertinemment qu’il ne pouvait pas gagner les élections au 1er tour et les opposants Niass, Tanor, Idy… n’avaient pas fait une campagne correcte. L’arrivée du Président Obasanjo à 48 heures des élections était comme une bouée de sauvetage pour certains candidats qui envisageait une annulation de l’élection présidentielle et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale avec les partis politiques et la société civile.
Seul Sidy a porté la contradiction par écrite et une émission en directe pour inviter tous les hommes politiques de prendre position devant les Sénégalais et d’accepter de participer à l’élection du 26 février 2012. Je me souviens de ses mots ‘’Nul n’a le droit d’entacher l’image du Sénégal. Et surtout pas de faire peser sur lui des périls que plusieurs générations auront du mal à effacer, … Selon la voie dans laquelle ‘’nous entraînerons les acteurs politiques, le Sénégal continuera d’être un exemple de démocratie et un havre paix ; ou, au contraire, une nation désagrégée, un Etat en décombres‘’, … l’option salutaire est la tenue des élections à la date du 26 février, avec un scrutin libre et transparent, dans une ambiance de sécurité garantie par les forces publiques’’.
Mon Dieu, certes il y a une faillite morale de nos autorités, mais Sidy n’était pas comme certains qui ressemblaient à ces grandes ruines que l’on foule aux pieds, ces hommes qui ont cédé au temps qui détruit tout, à la corruption des mœurs qui a tout affaibli, à l’autorité suprême qui a tout abattu… Ces grands corps vont suivre le destin des choses humaines. Lui, il avait un autre logiciel mental, il était un homme de son temps, il savait prendre la mesure de l’évènement. Si vraiment ce qui compte, ce ne sont pas les années qu’il y a eu dans la vie, mais plutôt la vie qu’il y a eu dans les années, Sidy a vécu et a bien vécu même.
Mon Dieu, Sidy a joué un grand rôle dans la démocratie, la liberté de presse, la défense des intérêts matériels et moraux du peuple en détresse, la Palestine, la religion musulmane, … et son peuple lui a rendu un hommage digne de son rang. Il était un musulman pratiquant et un citoyen engagé, je lui souhaite un bon séjour à Vos côtés. Pardonne-le, Pardonne-le.
Jummah Mubarak
Par Dr Khadim Bamba Diagne