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Moralité, immoralité,  amoralité (Professeur Lat Soucabé Mbow)

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Les trois mots ont pour racine commune un autre : les moeurs qui désignent les us et coutumes. Ou bien les règles qui fixent les conduites reconnues comme les normes de la sociabilité. Celles-ci garantissent la stabilité du groupe qui établit une échelle des valeurs rangeant les comportements individuels en bons ou mauvais comportements. Une société organisée ne peut pas rester au stade du droit naturel où prévaut le  » chacun pour soi  » qui est la source d’une confictualité permanente. La moralité est indispensable à l’ordre et à la cohésion sociale.

Les usages sociaux ne restent pas statiques. Ils évoluent avec le temps. Si dans les années 1950, le port d’une robe au-dessus des genoux passait pour une atteinte aux bonnes moeurs, le regard sur la mini-jupe avait radicalement changé une décennie plus tard. Cette nouvelle mode marquait le pas formidable franchi dans l’émancipation de la femme.

Toutefois des formes de dissidence par rapport à l’ordre établi peuvent apparaître dans les sociétés les plus organisées, voire les plus contrôlées.  Le roman-culte d’Orwell « 1984 » en atteste. Ces conduites schismatiques peuvent préfigurer du progrès dans les mentalités avec des perspectives de transformations sociales positives. Elles peuvent, a contrario, être perçues dans la morale sociale comme des formes de transgression qui annoncent une crise des valeurs, un brouillage des repères et des menaces sur l’aptitude de la société considérée à assumer à long terme son identité. Quand la corruption progresse de façon inquiétante,  la violence physique ou symbolique se développe, l’autorité publique, religieuse ou celle du chef de famille est vilipendée gratuitement ou la justice présentée comme en rupture d’équité, l’enjeu de cette perte d’entropie est la baisse du sens moral au sein de la société.

On peut bien entendu, dans les sociétés évoluant vers la post-modernité, philospher sur la liberté des gens à ne pas suivre la morale générale à laquelle se réfère le plus grand nombre. Ou bien encore sur l’opportunité de tenir compte de préoccupations éthiques dans la défense de ses intérêts sur la scène publique. Ce type d’interrogation et de démarche relève de l’amoralite. L’être a-moral par le défaut ou la défaillance de sa faculté de discernement – animal, débile mental – n’est cependant pas à confondre avec cet autre pleinement  conscient mais n’accordant aucune importance à la transgression des codes et des lois non écrites.

Lorsque la fameuse tribune anonyme publiée par le New York contre le président américain le présente comme un acteur politique a-moral,  vous pensez bien que ce n’est pour lui rendre hommage.

Professeur Lat Soucabé Mbow