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NOTES DE LECTURE : « Le Leadership politique  en question en Afrique ou Quels leaders pour une Afrique qui veut avancer ? »

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A l’image du Professeur Bouba Diop dans sa préface remarquable, je suis honoré de présenter ce livre d’un homme à cheval sur les principes, membre éminent de la communauté des indignés, les vrais indignés qui abhorent les compromissions et ne changent pas au gré des situations. D’autres mieux placés que moi vont parler des mérites et des nombreuses qualités de l’auteur de cet ouvrage que j’ai connu grâce à ses contributions percutantes dans la presse avant de le rencontrer . Car, comme nous autres journalistes, on peut dire de Mandiaye Gaye qu’il est aussi un historien du présent.

« Le Leadership politique en question en Afrique ou Quels leaders pour une Afrique qui veut avancer ? » est certes un constat affligeant de la manière dont le continent est dirigé mais c’est avant tout un réquisitoire de 327 pages contre des dirigeants et une invite presque désespérée à un sursaut salvateur. Des pistes de solution bien tracées.

Si l’auteur consacre la première partie de son ouvrage au géant Nelson Mandela « l’exception, comme dirigeant en Afrique ! », selon ses propres termes, c’est pour mieux accabler dans la partie qui suit : « Ces chefs d’Etat dictateurs, dépourvus de patriotisme et pilleurs sans scrupule des richesses de leurs pays, à des fins personnelles ! ». Ce qui lui donne la possibilité de souligner avec force arguments dans la troisième partie que « La deuxième alternance avec l’arrivée du president Macky Sall, a raté le coche, en dépit d’un environnement favorable et de tous les atouts majeurs qu’elle avait à sa disposition, pour réussir son pari ».

Pour Mandiaye Gaye, Mandela, incontestablement, est l’homme qui a vécu avec ses convictions et bien marqué son époque, sans jamais varier sur ses positions, jusqu’à sa mort.
Il le cite à satiété : « L’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres – qualités à la portée de toutes les âmes – sont les véritables fondations de notre vie spirituelle». Des mots de Madiba dans son livre « Conversations avec moi même ».
« Nous savons bien que nul d’entre nous agissant seul, ne peut obtenir la réussite », explique l’ex-président sud africain lors de son discours d’investiture. « Souvent, les révolutionnaires d’autrefois ont succombé à l’appât du gain, et se sont laissés prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel. »
Des mots de cette figure emblématique rappelés par Mandiaye Gaye pour mieux fustiger nos maux comme la transhumance abjecte des acteurs politiques sous nos cieux.

Procès de la deuxième alternance

Les mots sans complaisance de Gaye : « Le président Macky Sall a raté une belle occasion de réussir la deuxième alternance à cause de ses reniements et atermoiements. Le fait de renoncer à réduire son mandat comme promis en est une preuve irréfutable, parmi tant d’autres » martèle l’auteur qui avait pourtant averti dans un article intitulé: Sauver l’honneur ou succomber aux ambitions du Pouvoir.

On connaît la suite. La suite l’auteur la décline dans la quatrième partie sans langue de bois  » Les ruptures indispensables, essentiellement avec nos principaux maux, tant attendues par les citoyens et promises par le candidat Macky Sall au cours de sa campagne, ont été remplacées par de faux bonds et des actions d’éclat sans envergure ni incidence sérieuse sur la vie quotidienne des populations. Les graves méfaits, anomalies et autres manquements tant décriés sous l’ère Me Wade demeurent »

D’où cette grave question de l’auteur :
« Mais, l’amnésie est-elle alors une maladie contagieuse qui n’attaque que nos dirigeants ? », s’interroge-t-il. Une interrogation-affirmation car il écrit qu' »En réalité, l’alternance de 2012, comme celle de 2000 obéit, malheureusement aussi, à une règle quasi générale des hommes politiques africains. En effet, ces derniers ont la manie et la fâcheuse habitude de se renier dès qu’ils s’installent au pouvoir. C’est à croire, s’ils ne sont pas atteints tous, de la maladie de l’amnésie. Oui, la deuxième alternance, comme la première, applique ainsi les mêmes pratiques décriées et dénoncées en général avec force, par la majorité des Sénégalais ».

Mandiaye Gaye qui décrit le Sénégal comme un pays des paradoxes dans la cinquième partie, souligne des inégalités sociales inacceptables, de l’impunité discriminatoire, de la foire aux scandales et dans lequel des privilèges exorbitants sont accordés à une minorité.

L’engagement en bandoulière il montre : je cite  » pourquoi nous devons encore une fois de plus, mettre fin à cette République des privilèges et inégalités sociales, au profit de celle des citoyens, de l’équité et de la justice sociale.

Il poursuit :
Les scandales sont devenus monnaie courante et banalisés au Sénégal et, la plupart finissent en eau de boudin, à cause de l’absence notoire de sanctions sévères appropriées et, d’une impunité en faveur des auteurs de
tels délits. »

Le train de vie de l’État constitue en lui seul, un chapitre. L’auteur se désole d’une absence de la mesure, comme de la rationalité, ce qui a conduit à la pléthore partout et en tout.

Ce n’est pas tout. La septième partie est constituée de nombreux constats peu reluisants et phrases fortes
« La solidarité est une valeur intrinsèque des sociétés africaines face à la pauvreté.
« L’Audit et la reddition des comptes dans la gestion des affaires publiques sont une nécessité absolue et doivent être une exigence incontournable et également, une règle fondamentale immuable.
• La rationalisation et la modernisation fondées sur les TIC et le numérique deviennent une indispensabilité et un passage obligé pour toute administration publique qui se veut performante et fiable. »

Hélas, au chapitre huit, Mandiaye Gaye est péremptoire : Au Sénégal, la délinquance économique et financière constitue un véritable fléau. Faudrait-il pour autant baisser les bras ? Évidemment ce combattant acharné pour la justice sociale et la démocratie dit non.

Il est conscient que la gestion chaotique des Etats africains a plombé le développement du continent à tous les niveaux. Et, elle est la preuve qui justifie son retard chronique dans plusieurs domaines d’activités, par rapport aux autres continents. Le Sénégal est pour lui un cas d’école. Mandiaye Gaye en est on ne peut plus convaincu je cite : Le Sénégal manque de véritables dirigeants intègres, courageux, dignes de la confiance de leur peuple et à la hauteur de ses ambitions, jusque-là. Le Sénégal, hormis le président Mamadou Dia dans une courte séquence, est effectivement depuis son indépendance en mal d’un dirigeant modèle, constant, intègre, digne de ce nom, avec les aptitudes requises pour le diriger avec autorité, rigueur, dans la droiture et en toute impartialité. » Fin de citation.

Aussi Mandiaye Gaye préconise-t-il la rupture pour le Sénégal et pour l’Afrique pour espérer des lendemains qui chantent.
« La rupture, un mot qui fâche tous les dirigeants africains qui s’accrochent au pouvoir. Et pourtant, c’est un
passage obligé et une condition nécessaire, voire indispensable, afin de rompre avec l’archaïsme, dans le but de résoudre les problèmes cruciaux auxquels notre continent est actuellement confronté. L’Afrique ne pourra sortir de ce ghetto, sans rompre avec ces pratiques archaïques actuelles, paralysantes, anti-progrès, chauvines, sclérosantes, etc., qui sont en cours presque dans tous les Etats du continent. »

« Le Leadership politique en question en Afrique ou Quels leaders pour une Afrique qui veut avancer » est ainsi un diagnostic documenté et courageux, des propositions réalistes et réalisables dans un style dépouillé, pour ne pas dire journalistique.

L’auteur écrit avec le coeur. Un cri du coeur devant une situation qui empire. Mais une foi en l’avenir et une force de caractère et spirituelle que fortifie un patriotisme, un amour pour son pays.

C’est ce qui explique cette constance au pays de la transhumance, des reniements, des revirements (…) Une rengaine désolante qui trouvera heureusement des hommes toujours debout pour les principes à l’image de Mandiaye Gaye. Lui a compris que les remparts de la cité ce sont les hommes et non les pierres, comme l’écrit le Colonel Ndao dans son livre.

Mame Gor NGOM