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Notes de lecture-Mensonges et vérités-Une loyauté à toute épreuve (Par Pathé Mbodje)

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L’ex-patron du FBI parle

Bush, Obama, Clinton, Trump

20 ans de secrets d’État

 La  Nausée

Trump est la nausée  Trump est la folie. Il n’a pas été assez intelligent pour saisir l’allusion quand Comey l’a utilisée la première fois en présence du président nouvellement élu. Le patron du Fbi manque souvent de retenue en parlant de l’Amérique et des Américains, surtout de l’autorité qu’il tient pour pet de pigeon.

On ne sait pas si ce jugement est dérivé de faits établis ou s’il est la résultante d’un rejet né de difficultés de cohabitation entre les deux hommes. Avec Hillary Clinton aussi, le courant ne passait pas, pour une vieille affaire remontant à la période où  la Secrétaire d’État était sénatrice. Certes, par trois fois, James Comey, a reconnu l’innocence de la candidate Clinton  mais la période d’enquête était trop sensible et proche de la présidentielle de novembre 2016 pour ne pas influer sur le cours de l’Histoire.

Comey passe par Trump pour se donner bonne conscience : « Il (le président) m’a donné son avis sur l’enquête des courriels Clinton en trois phases,  chacune desquelles portait mon nom. Dans la première, « Comey Un »,  j’avais « sauvé » Hillary avec mon annonce du 5 juillet indiquant qu’il n’y  avait pas lieu de retenir les charges, même s’il a ajouté que ma conclusion  était fausse. Dans ce qu’il a appelé « Comey Deux », j’avais fait ce qu’il  fallait en informant le Congrès que nous avions rouvert le dossier. Dans la  phase « Comey Trois », qui concernait ma lettre définitive au Congrès  pour refermer l’enquête une seconde fois, il a affirmé que j’avais sauvé  Hillary à nouveau, mais qu’elle avait « totalement mal joué son coup ».  Page 216

Narcissique. Au point de considérer les autres pour moins que rien. Ils lui donnent la « nausée « . Le seul à trouver grâce à ses yeux fut Obama. « En sortant du Bureau ovale, j’ai avoué à Kathryn Ruemmler à quel point j’avais été agréablement surpris par cette discussion passionnante.

 — Je n’arrive pas à croire qu’un homme doté d’une telle agilité intellectuelle ait pu être élu président, lui ai-je dit ». Page 118.

Le ton est donné pour un ouvrage de 266 pages paru chez Flammarion dans lequel l’ex-patron du Fbi parle de sa vie, en particulier de ses grands combats avec les présidents Bush, Obama et Trump et de la secrétaire d’État Hillary Clinton.

Il a raconté sa vie dans les moindres détails sur 150 pages, sur 266, pour arriver au fait : son éviction de la tête du bureau fédéral d’enquêtes (FBI) par Trump.

« Sur les télévisions le long du mur du fond, je lisais clairement la phrase  COMEY DÉMISSIONNE en grosses lettres. Les écrans se trouvaient  derrière mon public, mais ils ont vu que j’étais distrait et se sont retournés.

J’ai ri et je leur ai dit :

— Elle est bien bonne. Quelqu’un a dû passer beaucoup de temps à  préparer cette blague.

J’ai repris le fil de mon discours.

— Il n’y a pas d’employés secondaires au FBI. Je voudrais…

Le message sur les écrans a changé. Sur trois chaînes différentes, je  lisais à présent les mêmes mots : COMEY LICENCIÉ. Je ne riais plus. Un  bourdonnement résonnait dans la pièce. J’ai dit à l’assistance :

— Écoutez, je vais aller voir ce qui se passe ; mais que ce soit vrai ou  non, la teneur de mon message ne change pas, alors laissez-moi finir et  vous serrer la main à tous. Chacun d’entre vous est personnellement  responsable de la protection du peuple américain et du respect de la Constitution des États-Unis. Nous avons tous des rôles différents, mais une  seule et même mission ». Page 235.

«Un seul directeur du FBI dans  toute l’histoire de l’institution s’est fait virer avant la fin de son mandat : lorsque Bill Clinton, sans la moindre controverse, a écarté William  Sessions en 1993 pour un grave manquement à l’éthique. De façon  ironique, l’homme par qui Clinton l’a remplacé, Louis Freeh, a été une véritable épine dans le pied du gouvernement : il a fortement insisté pour  que des enquêtes soient ouvertes sur tous les méfaits supposés de l’Administration».  Page 194.

Digressions et flash back atténuent la dynamique de la narration et renseignent sur un souci du détail comme preuve des affirmations ; à la limite, cela frise la paranoïa ; James Comey reste ancré sur ses convictions, dans un secteur dominé par le mensonge et la vérité, une frontière indéfinissable, à la fois Dr Jekkil and Mister Hyde : le Fbi est un réservoir et il faut en maintenir la crédibilité en évitant toute attache. Hors de cet ukase, tu meurs ! « Le FBI et son directeur n’appartiennent à aucun camp politique. J’avais  enduré le cauchemar de l’affaire Clinton uniquement dans le but de  protéger l’intégrité du FBI et du département de la Justice, sauvegarder le  réservoir de confiance et de crédibilité. Le fait que Trump ait l’air de me  remercier publiquement le deuxième jour de son mandat constituait une  menace envers le réservoir ».  Page 211.

Le complexe est là : faire mieux et plus que Hoover et ses 50 ans à la tête du FBI quand on a un mandat de dixHoover tenait cependant l’Amérique sous sa botte ; Comey en voudrait-il autant sous le prétexte d’une hauteur que les autres n’atteindraient jamais et comprise sous la hantise d’une collusion avec l’ennemi intérieur et extérieur à éviter absolument ? Aussi faut-il marquer son temps par au moins un haut fait. En l’espèce, Comey a doublement réussi : liquider Hillary Clinton et… se faire emporter par la « nausée  » qu’est Donald Trump qui n’a jamais caché son vœu de tenir tout le monde sous sa botte, encore plus les services de renseignements soudain projetés sous les feux de la rampe par un  président soucieux de sa personne et qui se prend pour le sel de la terre. Prêt à employer tous les moyens, Donald Trump excellera dans l’art de la communication à outrance, aux antipodes de la méthode discursive d’Obama, une communication par l’absurde au moyen de laquelle il se met sous les feux de la rampe avec ce qui est censé agir dans la discrétion et la neutralité, la diplomatie,  aux fins de le compromettre et le mettre à son entière disposition. Surtout que l’Amérique le soupçonne d’être mal élu, ce qui ajoute au courroux d’un homme irrascible imbu de sa personne : « Nous venions discrètement l’informer de ce que la Russie avait fait pour  favoriser son élection ».  Page 195.

Le choc était dès lors inévitable entre les deux hommes, le directeur du Fbi et le président nouvellement élu, homme d’affaire sans aucune expérience administrative,  toujours gagnant,  dans une logique propre aux États-Unis qu’il ne faudrait pas forcément mesurer à l’aune de la réalité des autres États, de l’Est comme de l’Ouest, du Nord comme du Sud. Par exemple, la longévité de Hoover à la tête de la structure, cinquante ans,  et sa haine raciale dans une Amérique en butte au phénomène noir ne s’expliquent que par la philosophie dominante d’une Amérique blanche, anglo-saxonne et protestante (Wasp) qui veut se réaffirmer au lendemain des guerres qu’elle venait de traverser et qu’elle appréhendait encore : le drame de Martin Luther King Jr qui a révolté le Tiers-Monde n’a pas ému les Yankees qui ont applaudi à cette politique de Hoover, au contraire. Une structure ayant basé sa vie sur l’exclusion des autres ne saurait se prévaloir de quelque moralité : la vérité se dilue dans le mensonge.

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Extraits

Nous avions tous de bonnes raisons de croire que la  Russie était intervenue en profondeur dans l’élection américaine.

Les quatre agences avaient joint leurs forces pour cette évaluation, dont  les résultats étaient à la fois stupéfiants et clairs : le Président russe  Vladimir Poutine avait ordonné une tentative approfondie d’ingérence dans  le scrutin de 2016. Cette tentative – notamment par le biais du piratage,  des réseaux sociaux et des médias d’État russes – avait plusieurs buts : affaiblir la confiance du public envers le système électoral américain,  dénigrer Hillary Clinton, nuire à son éligibilité et sa potentielle présidence,  et aider Donald Trump à remporter l’élection

Au cœur de l’ingérence russe sur la campagne se trouvait l’affaire de la  fuite de courriels volés à des organisations et à des individus associés au  parti démocrate. Certains signes indiquaient également que la Russie avait  essayé de pirater les bases de données électorales américaines. À la fin du  mois de juin, le FBI a appris qu’un conseiller en politique étrangère du  camp Trump dénommé George Papadopoulos avait pris part à des  discussions au printemps 2016 dans le but d’obtenir du gouvernement  russe des courriels pouvant nuire à Hillary Clinton. Grâce à ces  informations, le FBI a ouvert une enquête afin de comprendre si des Américains, dont d’éventuels associés de Trump, aidaient les Russes dans  leur tentative d’ingérence.

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James Comey : Mensonges et vérités
Une loyauté à toute épreuve

 

L’ex-patron du FBI parle

Bush, Obama, Clinton, Trump

20 ans de secrets d’État–Flammarion

266 pages

Pathé MBODJE, M. Sc, 
Journaliste, sociologue