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Papa Malick Ndour fustige les « Solutions » de Sonko

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Le président du Conseil départemental de Guinguinéo a tenu à répondre à  Ousmane Sonko. Pour Papa Malick Ndour  Economiste des Finances publiques, « Solutions » n’a que  quelques piètres notions en économie.  Extraits de l’entretien accordé à nos confrères de « L’Observateur ».

«D’abord je voudrais le féliciter pour cette nouvelle approche de faire de la politique. Je pense qu’il est enfin venu le moment pour les hommes politique qui aspirent au pouvoir de formaliser leurs offres alternatives à travers la rédaction de livre. C’est la seule raison d’ailleurs qui fait que le livre ait suscité en moi une certaine curiosité intellectuelle qui m’a poussé à prendre tout mon temps pour d’abord me le procurer et ensuite bien lire le contenu de l’offre économique et social du candidat de Pastef. Mais j’avoue que j’ai été particulièrement déçu par la qualité du contenu et la faiblesse technique des propositions économiques de monsieur Sonko à qui je vouais quand même, je le reconnais, une certaine considération intellectuelle. En vérité son offre programmatique est simplement fade, archaïque, démodé et pire populiste parfois. Ce qui m’a le plus surpris c’est que, dans son livre, Sonko remet en cause certains fondements ou théories de l’économie sans aucune référence scientifique ou faits stylisés appropriés. Vous pouvez le lire, son livre est dépourvu de bibliographie alors qu’il s’est pourtant attaqué à des évidences sur la politique fiscale, sur les régimes dérogatoires, sur l’endettement extérieure etc… Ce livre ne peut alors faire le poids devant aucun jury citoyen ayant quelques piètres notions en économie. 

« Là où j’ai plus de surprise et de déception »

Par exemple je vous demanderai de vous intéresser au chapitre 8 de son livre, là où il traite des questions de financement de ses « solutions ». J’ai choisi cette partie parce que dans nos pays n’importe quel expert peut t’aider à faire des propositions mais dont la mise en oeuvre se heurte toujours aux problématiques de financement. J’ai choisi ce chapitre puisqu’il le dit lui même à la page 125 du livre quand il affirme que «  le débat sur les politiques publique et la qualité de la vision et des programmes qui les soutiennent n’a de sens que lorsque l’État parvient à tirer des ressources suffisantes pour les financer ». Sur ce chapitre, Sonko dit s’appuyer, entre autres, sur deux piliers pour renforcer le budget de l’État afin de pouvoir financer ses projets. Il s’agit, notamment, d’hypothétiques ressources qu’il espère tirer de sa promesse de dénoncer tous les contrats passés dans les domaines des mines, du gaz et du pétrole. Je le dis avec force, cette proposition est dangereuse, démagogique, ridicule et risque, si elle est mis en oeuvre, de placer notre pays dans le lot des États voyous qui n’ont aucune crédibilité vis à vis des investisseurs étrangers. Il est d’ailleurs paradoxal de promettre la guerre aux multinationales qui se sont investis dans le pétrole et le gaz et s’engager après à favoriser les investissements directs étrangers.  En dehors de cette proposition qui frise le populisme, il nous promet de remettre en cause une bonne partie des exonérations fiscales afin d’accroitre les ressources budgétaires de l’État. J’avoue que c’est sur ce point là surtout que j’ai eu plus de surprise et de déception. Puisque si je peux lui reconnaitre son manque de culture diplomatique sur la première proposition qui peut être assimilable à une déclaration de guerre aux investissements directs étrangers, je ne peux pas m’empêcher d’être déçu d’un tel manque de culture économique de la part de quelqu’un qui se définit comme un brillant cadre issu de notre respectable fonction publique.

 «Promettre le matraquage ou le terrorisme fiscal c’est simplement tuer la consommation, l’emploi et le développement de l’initiative privée »

«Les Sénégalais doivent savoir que Sonko promet de s’attaquer à un levier important de régulation de l’activité économique et sociale du pays. En vérité, et contrairement à ce que le leader de Pastef veut faire croire, les exonérations fiscales ne sont rien d’autre que des subventions octroyées, par la voie fiscale, aux chefs d’entreprise, aux collectivités publiques et autres ménages. En guise d’exemple, dans le dernier rapport sur les dépenses fiscales, en 2015 ces différents agents ont bénéficié, de la part de l’État, près de 521,4 Mds, soit plus de 80% des exonérations fiscales. A cet effet, dire je vais m’attaquer aux dépenses fiscales c’est rien d’autre que diminuer le pouvoir d’achat des sénégalais et priver nos investisseurs privés de moyens supplémentaires nécessaires à leur développement. C’est curieux d’ailleurs de la part de celui qui promet de lutter contre les inégalités et qui fait du patriotisme économique son modèle de développement. Sonko doit apprendre que le socle du patriotisme économique ce sont des ménages épanouis dont le pouvoir d’achat est renforcé et un secteur privé local qu’on aide et qu’on accompagne. Promettre le matraquage ou le terrorisme fiscal c’est simplement tuer la consommation, l’emploi et le développement de l’initiative privée. Ensuite j’avoue que je n’ai pas reconnu le fonctionnaire Sonko quand il résume le changement de l’année de base de notre économie à une certaine  » manipulation du ministère des finances consistant à redéfinir la base de calcul des indicateurs macro-économiques » (Voir page 151 du livre). Sur ce point il a douté de la probité morale de tous les agents assermentés de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie qui ont été au coeur du projet, mais mieux, et sans le savoir, remis en cause sa propre thèse sur la faiblesse du taux de  pression fiscale qu’il dit être en dessous du ratio des 17% et dont le niveau actuel est imputable au changement d’année de base qu’il critique lui-même. Sur ce point je relève un manque de rigueur intellectuelle puisque étayer une thèse sur la pression fiscale en se basant sur la révision de l’année de base et remettre en cause cette révision pour ne pas chercher des arguments valable quand ce même changement d’année base est à l’origine De la baisse du taux d’endettement c’est pas sincèrement digne d’un homme qui prône la rupture. »