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Parrainage : La Route Est Longue, Jessica

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Les réajustements de la loi sur le parrainage démontrent la complexité du projet de société avancé en 1962 par le Général de Gaulle.
Deux fois par semaine, en France électorale, le Conseil constitutionnel publie la liste des parrainages obtenus par les candidats en quête de 500 signatures. C’est ce que prévoit la loi organique du 25 avril 2016 de modernisation des règles applicables aux élections et à l’élection présidentielle ; les bulletins de parrainage sont directement envoyés au Conseil, et, presque en temps réel, chaque candidat sait. En 2020, l’électronique remplacera la poste. Auparavant, les élus, parrains, remettaient directement les bulletins au candidat. Si le législateur veut ainsi plus de transparence et moins de pression, celle-ci n’est pas exempte, à priori. Ni en amont ni en aval.
Ceci ne doit pas  occulter l’essentiel qui est que tout cela semble inutile, dispendieux, stressant : le record de 2002 avec 16 candidats confirmait que, malgré ce premier niveau de décantation, le nombre ne candidats ne cessait d’augmenter au fur des années, sans nécessairement être de qualité, comme pour la dernière présidentielle de 2017 (9 en 1988 et autant en 1995, après les [c=blue]6 de 1965 [c=blue]7 de 1969[c=blue]12 de 1974
Au Sénégal, quelque cent dossiers de candidatures ont été retirés pour la présidentielle du 24 février 2019 ; chaque candidat à la candidature doit présenter des parrainages variant entre 0,8 et un pour cent du collège électoral, soit environ un peu plus de 67.000 signatures ; le surplus engrangé servira à la cuisine interne mais également à dépouiller d’autres candidats du sésame nécessaire. Comparez avec le Portugal, par exemple, moins peuplé que le Sénégal (15 millions vs 10), où il faut l’onction de 7.500 électeurs pour valider une candidature à l’élection présidentielle.
La Loi 12-2018 du 19 avril visait à contenir les excès notés en juillet 2017 avec les 44 listes enregistrées pendant les Législatives Résultat des courses : il y a eu cent demandes de dossiers de candidature.
La France qui a inspiré le principe depuis le Général de Gaulle n’en demande pas autant et, même là,  la simplicité n’est pas toujours récompensée : ainsi, récemment, la candidature  de Rama Yade à la présidentielle française de 2017 a été rejetée par le Conseil constitutionnel parce qu’elle n’a pas eu les 500 signatures d’élus nécessaires.
Appréciez la différence en nombre et qualité avec le Sénégal : chaque candidat à la candidature doit franchir le premier obstacle qu’est le parrainage : obtenir la signature de 67.000 citoyens en âge de voter et jouissant de leurs droits civiques. Avec une certaine appréhension quand, même à terme, l’onction de la signature ne garantit pas l’aval, comme avec Youssou Ndour pour la présidentielle de 2012 quand notre vedette nationale a été écartée sans aucun recours possible, officiellement pour certaines signatures douteuses ou non conformes ; les tentatives d’adaptation, en France, démontrent que la route est encore longue : consécration sociale par une perception nationale sans ambiguïté, le parrainage semble être une étape importante dans la course d’un candidat pour un poste électif. L’excès dans son adoption au Sénégal irrite une partie de la classe politique qui l’assimile à une mafia pour liquider les autres  : mobiliser deux millions de signatures, quand on en a le pouvoir, revient à priver ainsi le peuple d’un bon élément, éventuellement.
La discrimination (positive ou négative) n’a donc jamais été absente dans l’esprit de la loi quand le général de Gaulle la propose en 1962 avec l’instauration de l’élection présidentielle au suffrage universel et ce n’est que justice si, transposée telle quelle au Sénégal, elle présente des difficultés morales et matérielles : il s’agissait d’une sorte de pré-sélection des candidats afin d’écarter l’absence de qualité et de quantité sous l’euphémisme de candidatures de fantaisie ; pour être candidat alors, il fallait obtenir 100 signatures d’élus. Ainsi, au début comme à la fin, l’idée d’exclusion est là, en France de la Vème République et ailleurs, comme au Sénégal où la copie est loin d’être conforme à l’original avec ces 10.000 signatures au moins  dans pas moins de six régions. Dans l’Hexagone, les différentes révisions du dispositif mèneront de 100 à 500 signatures en 1976 et seulement par des élus, c’est-à-dire les maires des quelque 36.000 communes, les députés, les sénateurs, les parlementaires européens, les conseillers régionaux et généraux ainsi que des membres de l’Assemblée corse et des Assemblées d’outre-mer, soit de 74.000 élus.

Autour d’un titre

Charles Exbrayat : La route est longue, Jessica. Livre de poche

Résumé

Pathé MBODJE, M. Sc,
Journaliste, sociologue