Home»A la une»Plongée risquée dans une confusion incombustible (Par Mamadou Lamine Ba)

Plongée risquée dans une confusion incombustible (Par Mamadou Lamine Ba)

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Depuis la diffusion du reportage de la BBC sur les contrats de pétrole et de gaz et qui a révélé des soupçons de corruption et de conflits d’intérêts, impliquant Aliou Sall, je me suis réservé de parler. Parce que je ne maîtrise rien du pétrole et je ne m’y connais pas en droit. Or, Dominique Mégard, dans ‘La Communication publique et territoriale’ nous renseigne qu’on « est dans un monde de communication, où il devient rare que le silence soit productif ».

Je ne veux donc pas que mon silence soit suspect et coupable. Je dois m’exprimer, pas parce que la Constitution me l’autorise ou que je dois faire dans le suivisme mais parce qu’il me semble important d’apporter des précisions dans le débat. D’emblée, un constat : il y a eu beaucoup de bruit. Parfois, juste pour le désir de parler. Une cacophonie communicationnelle à tous les niveaux : du côté pouvoir comme de l’opposition.

C’est vrai que les révélations qui sont tombées depuis lors dans les médias sous le nom de  » l’Affaire Aliou Sall « , sont un coup dur pour lui, pour ses partisans et pour le parti de manière étendue. Aliou Sall, Macky Sall, des responsables du parti et de la coalition Benno Bokk Yaakaar ont tous parlé. Mais ont-ils communiqué ? A y jeter un regard critique, il y a eu impréparation à faire face à cette crise.

Si la journaliste a effectivement émis le souhait d’interroger le concerné, Aliou Sall, il avait la latitude de se préparer en conséquence par ce qu’ayant  été mis au courant de l’enquête. Suite à la diffusion de l’enquête, trois options s’offraient: la reconnaissance des accusations, la contre-attaque organisée et le refus argumenté, dans la vérité. Rien de tout cela n’a été fait. On a plutôt assisté à une levée de boucliers.

Or qui dit gestion de crise, dit surtout gestion de la communication, donc pas d’improvisation qui tienne. Cette affaire a causé une rupture de confiance entre une partie des gouvernés et les gouvernants. Dominique Mégard nous dit que « la confiance ne se prescrit pas. Mais la Communication peut en bâtir les fondements ». Donc une bonne communication, bien organisée et exécutée s’imposait.

Dans cette affaire Ô combien gênante pour moi, souteneur de Macky Sall, il fallait maîtriser les caractéristiques principales de cette crise, parfaire l’organisation dans la gestion de la crise, définir la typologie des messages à émettre et organiser la collaboration et le rôle particulier des médias jusqu’au terme de la crise, jusqu’à la phase de cicatrisation et les améliorations à apporter pour parer à une telle crise.

Cependant,  la perception populaire est que le Président de la République, le gouvernement et certains leaders ont parlé pour secourir « le frère du président ». Les spécialistes sont d’avis que « lorsque la communication est mise au service d’un homme ou d’un parti, elle devient manipulatoire. Pire, « une communication abusive accélère les phénomènes de rejet et de perte de considération voire de pouvoir ».

Pour toutes ces raisons, il fallait bien encadrer les sorties médiatiques. Qui devait parler ? Que devait-il / elle dire ? En direction de quelle cible ? Par quel  canal ? Pour quels effets ? Parce qu’aux yeux des citoyens avertis, « une communication bien construite, favorisant le lien et la compréhension entre élus et citoyens, […], est au contraire un levier de démocratie et de bonne gouvernance.

Une précision. Il n’y a pas que les souteneurs d’Aliou Sall qui ont fauté. L’opposition et une certaine société civile ont commis les mêmes bourdes. Ils ont fait dans la diabolisation et la manipulation. Harold Lasswell déconseille de « réduire la communication à une relation autoritaire sans prise en compte du contexte sociologique et psychologique des récepteurs, ni leur capacité de discussion.

Pierre Mendes-France  estime que « le peuple est capable d’entendre la vérité ». Dans cette affaire, à mon humble avis, il fallait d’abord disposer d’une équipe spécialisée en communication de crise. Ce que j’ai constaté, c’est que les sorties étaient soit confuses, soit inopportunes; surtout celle de la porte-parole du gouvernement qui en s’imposait pas parce que le concerné n’est pas membre du gouvernement.

A l’inverse, l’opposition, une partie du moins, a essayé de s’engouffrer dans la brèche pour espérer ramasser des parts de légitimité dans la confusion. Elle a rusé, foulant un principe élémentaire de la communication aux pieds: le message n’est crédible que quand son porteur l’est. Elle a mal exploité ses opportunités de se refaire une image pour certains ou de gagner davantage de notoriété pour d’autres.

Selon toujours Dominique Mégard, « communiquer, c’est donner une opinion, manipuler, c’est la faire passer pour vérité ». Il affirme que « nul besoin en effet, pour le manipulateur, d’argumenter, puisqu’il tente de faire passer une opinion pour vérité ». Il me conforte dans ma conviction qu’Ousmane Sonko manipulait avant et pendant la campagne de février 2019. De toutes les accusations qu’il a émises, aucune n’a été prouvée.

Or il suffisait par exemple sur le cas des 94 milliards, de mettre les preuves à la disposition du peuple. Ensuite, à chacun, en disposant de ces éléments, d’émettre des critiques et de se forger une opinion, qui aurait pu être politiquement et électoralement préjudiciable à Macky Sall. Mais beaucoup se sont faits une autre opinion à travers ses fuites en avant et ses déclarations pas suivies de preuves factuelles.

Pouvoir et opposition ont tous voulu convaincre par médias interposés. Or Palo Alto (chercheur en communication) a trouvé que « le récepteur est aussi important que l’émetteur et l’analyse du contexte plus importante que celle du contenu. Un même message ne sera pas perçu de la même manière selon l’environnement personnel, social ou culturel de chacun… ». Souteneurs et pourfendeurs d’Aliou Sall doivent le savoir.

Cette affaire révèle que les gouvernants, les dirigeants, les citoyens placés à des postes des responsabilités d’une certaine sensibilité, négligent la communication.  J’ai senti de l’improvisation, née d’une impréparation à faire face à cette crise. Ce n’est pas ce qui manque dans ce pays, des citoyens compétents, capables de relever ces défis. Il y  va de l’image de notre pays.

Dans cette affaire, le Sénégal est souillé par le pétrole et le gaz qui ne sont même pas encore exploités. Nous avons la chance d’avoir ces hydrocarbures. Faisons en sorte qu’elles nous illuminent la vie et non nous carboniser l’avenir. Dans les années 70, face à la crise pétrolière, on disait en France ceci: « en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées ».  Nous, nous avons le pétrole et le gaz. Il nous faut plus que des idées : LA PAIX.

Mamadou Lamine BA

Consultant en Médias et Communication

Email : ballamine@gmail.com