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« POUR UN FEMINISME UNIVERSEL » (Par Awa Thiam, Ecrivaine)

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« Le 8 mars 1979 et les deux jours suivants, par milliers, des Iraniennes manifestaient dans les rues de Téhéran, refusant avec énergie et courage de se plier à l’injonction qui leur était faite par l’ayatollah Khomeiny, tout juste rentré dans son pays, de porter un voile « couvrant la tête et le cou »….

Je suis pour ma part arrivée à Téhéran le 19 mars 1979 -jour où la féministe Kate Millett en était expulsée- pour un séjour de plusieurs semaines… » De la sorte débute l’ouvrage intitulé Pour un féminisme universel. Le décor est planté. Par un plongeon dans l’histoire de la lutte des femmes, des années « 70 » – années de braise du féminisme du dernier quart du XXe siècle.

Qui en est l’auteure? Quel en est le contenu? Qui en est l’auteure? Il s’agit d’une citoyenne française, née d’un père italien et d’une mère franco-française : Martine Storti. Philosophe, ancienne professeure de philosophie, militante du MLF, journaliste à Libération, dans les années « 70 », elle a eu non seulement à prendre part à des événements féministes de l’époque, mais également à les couvrir, avant d’être d’abord conseillère dans divers cabinets ministériels, et par la suite inspectrice générale de l’Education nationale.

Elle a participé ou suivi -de près et/ou de loin- quasiment tous les débats féministes de France et d’ailleurs, des années « 70 » à nos jours. Sans jamais baisser la garde. De quoi parle son livre? Grosso modo, de luttes féministes et de contradictions autour du féminisme, de querelles relatives au féminisme et des courants se réclamant du féminisme. De là son articulation relativement à ce qui, de nos jours, fait débat chez les féministes : féminisme historique universaliste/ néo-féminisme/féminisme décolonial… Avec de nouveaux vocables français : « racisé.e.s », « féminisme blanc français »…

Aussi, y est-il question tant de concepts qui, sous d’autres termes, existaient déjà, tels que l’intersectionnalité, que du port du voile, de l’islamophobie, des luttes contre le racisme, contre le néo-colonialisme, etc. C’est ainsi que Martine Storti procède à un rappel fondamental : dans les années « 70 », le féminisme était un féminisme universaliste -quelles qu’aient pu en être les différentes colorations. A titre d’illustration, il ne s’agissait pas de se rendre en Iran pour tenter de libérer les Iraniennes de l’oppression patriarcale, pas plus qu’il ne s’agissait d’aller au Sénégal, dans les années « 80 », pour en faire autant avec les Sénégalaises, contrairement à ce qui a été affirmé çà et là, du côté de certaines jeunes femmes « racisées » se réclamant du féminisme et se disant néo-féministes. C’est une solidarité internationale inhérente aux mouvements féministes de l’époque qui amenait à cela.

C’est par solidarité que les féministes épousaient la Cause des femmes sur les cinq continents et agissaient en conséquence. Par-delà leurs problèmes spécifiques et par-delà leurs contradictions. Avec Pour un féminisme universel, il est sidérant d’apprendre que des hommes et des femmes qualifient la composante « blanche » du Mouvement de libération des femmes français d’ennemie principale. L’auteure, Martine Storti, s’astreint, à travers son livre, tant à démontrer la gratuité d’une telle qualification, qu’à proposer des contours d’un féminisme non pas achevé, mais à consolider en vue d’en faire un féminisme véritablement universel.

Avec l’ensemble des féministes. Elle le fait d’autant plus que ces néo-féministes reprochent aux « femmes blanches(1) » -de n’avoir pas eu à s’impliquer dans les luttes que menaient les femmes non blanches -dont les Négresses féministes. Reproche injustifié, selon Martine Storti – laquelle reconnaît que toutes les féministes « blanches » n’ont pas pris part à ces luttes, tout en rappelant que certaines d’entre elles y étaient pleinement engagées -dont Me Monique Antoine qui a eu à beaucoup s’investir dans la lutte pour l’abolition des pratiques mutilatoires sexuelles féminines.

Animée d’un souci de transmission relativement à la nouvelle génération de femmes et d’hommes se réclamant du féminisme, Martine Storti a eu à rétablir -dans ce livre d’un féminisme universel- des faits, des vérités gommées -à dessein- ou par ignorance, et à jeter des ponts entre hier et aujourd’hui, entre celles qui, hier, étaient véritablement universalistes et celles qui, aujourd’hui, ne le sont pas/plus. Entre les féministes historiques et celles de la génération « #Me too ».

Pour un féminisme universel est un « livre-mise-aux-points », tonique, débouchant sur une urgente invite de co-construction. Sa conclusion traduit un niveau de conscience élevé, quant à ce qui se fait, se dit et/ou se vit en matière de féminisme, et s’inscrit dans la pro-activité. Aussi, peut-elle se résumer de la sorte : « féministes de tous les pays, contre toutes sortes de séparatisme, allons, ENSEMBLE, plus loin en co-construisant, en ce XXIe siècle, du positif (2) qui nous permette d’en finir avec nos divergences réelles et/ou supposées. Pour le bien de toutes les femmes et pour celui du reste de l’humanité.

*1 – Cf. Martine Storti, Pour un féminisme universel, Paris, le Seuil, 2020, p. 31. 2 – Cf. op. cit., p. 103-104.