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Pourquoi cette tendance bien de chez nous à faire d’un chat un chien ou inversement ? (Par JM Biagui)

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Une fois encore, chez nous, au Sénégal, comme nulle part ailleurs, l’on n’aura réussi, avec le « dialogue national », qu’à noyer le poisson. Car alors on sera passé à côté de Quelque chose, c’est-à-dire de l’essentiel.

La crise, à la faveur de laquelle le président de la République a convoqué le « dialogue national », est bien réelle, et irréductible. Et elle a un nom. Elle s’appelle une crise politique, qui oppose d’une part le président de la République avec la Majorité parlementaire et d’autre part l’Opposition avec la Minorité parlementaire.

En réalité, si les procès politiques ‘‘Karim Wade’’ et ‘‘Khalifa Sall’’ n’étaient pas montés comme tels ; ou s’ils avaient trouvé un épilogue politico-judiciaire heureux ;

(Soit dit en passant, vouloir dissoudre dans le « dialogue national » l’injustice et l’arbitraire que le pouvoir a fait subir à Karim Wade puis à Khalifa Sall, entre autres, est non seulement immoral, mais politiquement contre-productif) ;

Si le processus ayant conduit en 2016 à la révision constitutionnelle était satisfaisant aux yeux de l’Opposition ;

Et si la loi sur le parrainage qui s’en est suivie était une loi juste, équitable et fondamentalement impersonnelle, qui plus est non-opportuniste et par conséquent objectivement opportune ; si à tout le moins elle était considérée comme telle par l’Opposition ;

Si … Si le fichier électoral n’était pas réputé non fiable ; alors …

Alors, nous ne serions guère, certainement, en présence d’une crise politique qui oppose la Majorité et l’Opposition.

Or le Sénégal est en crise.

Certes, le pays ne souffre pas d’une seule crise (nous y reviendrons ultérieurement), mais il est question ici de cette crise politique fameuse, celle-là même que l’on tente si malicieusement de justifier en la noyant dans le « dialogue national ». En lieu et place, donc, de « dialogue politique » sur les revendications politiques légitimes de l’Opposition. Le prétexte ?

Eh bien ! cela participe de l’idée non-innocente d’« inclusion », pour ledit dialogue, de « toutes » les forces vives de la Nation ; idée qui, nous en sommes persuadés, s’actualisera à terme, immanquablement, sous forme d’« occlusion ».

En l’occurrence, « toutes » les forces vives du pays se retrouveront aux côtés du président de la République, pour ne point se trouver elles-mêmes d’une part, ni se trouver mutuellement d’autre part. C’est en substance ce que nous suggérions, déjà, en 2016, au moyen d’une contribution intitulée ‘‘Pourquoi ça ne marchera pas’’. Il était alors question, déjà, de « dialogue national » ; un « dialogue national » non-productif.

Mais pourquoi diable ! s’évertuer avec obstination à appeler un chat un chien ? Et, ainsi, à occulter en l’espèce la seule et vraie réalité de la crise politique ?

Voudrait-on vraiment y mettre un terme définitif, que, déjà, l’on commencerait par nommer comme telle cette crise politique, pour devoir alors la traiter en tant que telle. Ni plus, ni moins.

Au demeurant, ainsi que nous le suggérions, notre pays ne souffre pas que de la crise politique qui oppose la Majorité et l’Opposition.

Il est, en effet, dans notre pays, une autre crise, tout aussi politique sinon autrement plus politique que celle-là, mais intimement doublée d’une crise institutionnelle et identitaire. Mais ce que nous appelons désormais si banalement « le problème casamançais » n’est-il pas, aussi, ou en soi, une « question nationale » non-résolue ? Ou mal-résolue ?

Nous nous souvenons ici (de) et nous voulons nommer en tant que telle la crise éminemment politique, institutionnelle et identitaire qui prévaut en Casamance depuis 1982.

Et c’est pour rappeler que, depuis si longtemps donc, cette crise éminemment politique, institutionnelle et identitaire oppose d’une part l’Etat avec l’Armée nationale et d’autre part le MFDC avec Atika sa branche armée.

Autrement dit, l’Etat et le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance sont en guerre, en Casamance, depuis 1982.

C’est donc bien au MFDC, et seulement au MFDC, que l’Etat fait la guerre en Casamance, une guerre sans merci ; mais pas aux « forces vives » de la Casamance, encore moins à la société civile.

Or, là déjà, pour noyer le poisson, prétendument donc pour régler le « problème casamançais », les inclusionnistes et autres occlusionnistes vont, de manière non-innocente, avec la complicité coupable des autorités, s’illustrer petitement dans ce que nous appelons depuis le « processus de paix en Casamance ». Lequel processus est, depuis, par ce fait même, obstrué, dangereusement obstrué.

Toutes choses égales par ailleurs, ces deux crises politiques – le « problème casamançais » et la crise politique en cours – constituent, chacune, une menace existentielle pour le Sénégal. Et l’une dans l’autre, ou l’une avec l’autre, est l’illustration même de l’incendie s’attaquant à la structure vitale de la maison Sénégal.

Au lieu d’y faire face, avec courage et responsabilité, les Sénégalais préfèrent plutôt s’occuper du « panier de la ménagère », celui-ci ayant la particularité et la faculté réunies de changer au gré du temps ou des événements, souvent banals, voire légers.

Il se trouve que, présentement, le « panier de la ménagère » se confond avec le « scandale du pétrole et du gaz ». Et pour cause, on ne parle plus que de ça, tandis que le « dialogue national », à peine entamé, apparait déjà comme révolu.

Cela s’appelle marcher sur la tête, le cul en l’air. A moins que ce ne soit plutôt, avant la lettre, la « malédiction du pétrole et du gaz » s’abattant sur un Peuple sénégalais groggy.

Au fait, sait-on jamais pourquoi le MFDC (toutes factions confondues) oppose un veto à toute exploitation de ressources minières en Casamance ? Et ce, aussi longtemps que l’on n’aura pas daigné régler définitivement le « problème casamançais » ?…

Dakar, le 10 juin 2019.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)