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Présidentielle-Jamais Deux Sans Trois : La Tentation Totalitaire

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Les raisons qui expliquent la bataille du second mandat seront les mêmes durant la présidence 2019-2024 et pourraient expliquer la nécessité d’un troisième mandat de sortie : elles seront exacerbées quand il s’agira de finir ce qui a été entamé avec l’aide de proches ; elles expliquent les violences exercées sur un électeur qui boude de plus en plus les urnes.

En chassant, fin octobre 2018, l’édile de Simbadi Brassou de la réunion des maires à laquelle il avait été invité par son collègue de Sédhiou comme maire « souteneur » du candidat à la présidentielle, Macky Sall a rejeté la fusion culturelle qui fait le ciment du Sénégal et que la Constitution reconnait sous le vocable de démocratie. En acceptant de sortir, Malamine Cissé du Grand parti a infligé une grande leçon de tolérance au président de la République : invité, les organisateurs lui avaient taillé une nouvelle robe de transhumant qu’il n’a pas voulu porter ; ceux qui l’ont regardé sortir ont manqué de relief : lui notifier l’objet de la rencontre eût pu suffire pour le décider à sortir de lui-même et non sur injonction du chef de parti Macky Sall
L’exclusion, terme générique contre lequel prétend pourtant lutter le candidat Macky Sall depuis la campagne qui l’a porté au pouvoir, ne se décrète pas : elle se vit depuis, entre une Justice mise en branle selon le bon vouloir d’un prince et excluant principalement de potentiels et réels candidats(Karim Meïssa Wade du Parti démocratique sénégalais et Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar condamné et déchu) ; elle se vérifiera après la période de parrainage, quand les candidats à la candidature auront fait le tour du Sénégal et constaté par eux-mêmes qu’ils ne peuvent sortir de ce premier filtre…faute d’accord préalable. Parce que regarder le Prince d’un œil torve conduit à la Cour internationale de La Haye : la fétichisation du statut et de la fonction du Prince conduit à l’exclusion, terreau de la dictature.

 

Sur Twitter
El Hamidou KASSE
@elhadjkasse
18h
10+1. Oubli. Je ne suis nullement infaillible. Je peux donc oublier. Et ce que j’ai oublié, c’est de dire que l’homme qui prétend être Dieu est intolérant et ses sbires sont à son image: ils insultent tous ceux qui doutent de la divinité de leur leader considéré comme Dieu.

 

Le vaudeville de l’organisation des Législatives de juillet 2017 laisse entrevoir la fixation du pouvoir sur les cartes d’identité de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en autant qu’elles ne sont pas destinées au candidat de la majorité : les péripéties dans les tentatives de récupération, les opérations de soustraction de cartes (mairie de Mermoz et ailleurs, notamment avec l’affaire Mame Birame Wathie du groupe Wal Fadjri) qui se vérifient aujourd’hui encore avec la responsable de l’Alliance pour la République arrêtée et jugée récemment à Mbour, les déclarations d’un sous-préfet sur les lenteurs dans le processus de retrait en opposition avec les démarches des concernés qui peinent à récupérer leur bien sont autant d’actes visant à exclure certains d’un processus dont ils sont pourtant les principaux acteurs ; ajoutons-y ce redécoupage électoral (à l’intérieur d’une même région, certes) mais qui crée de nouveaux bureaux de vote souvent assez loin du centre originel de l’électeur qui ne se retrouve plus alors dans sa même sphère électorale où il doit s’exercer à un chemin de croix : ce sont là des violences exercées sur des électeurs potentiels auxquels le pouvoir impose un parcours du combattant pour finalement l’exclure du vote…s’il n’est pas déterminé en définitive à exercer son droit citoyen.
D’ordinaire, les violences exercées sur les Sénégalais ont toutes eu pour manifestation une solidarité avec le phénomène de la victimisation en vigueur dans le champ social depuis 1988 quand Abdou Diouf a emprisonné ses challengers pour se déclarer vainqueur ; elle s’est vérifiée en 1996 avec Djibo Kâ et son groupe parlementaire-surprise et s’est consolidée avec la victoire de MacKy Sall en 2012 ; elles ont souvent été mal payées en retour avec un soutien inattendu à Diouf en 2000, la recherche effrénée d’un troisième mandat en 2012 et un dédit sans retenue sur la durée du mandat et une curieuse déclaration de patrimoine qui donne l’impression que l’élu des Sénégalais avait bien caché son jeuElles ont souvent donné naissance à une alternance, notamment en 2012 avec une répression qui a laissé plusieurs morts sur le goudron.
Dans une récente « Sortie » à la veille de la Journée des Droits des Femmes, l’année dernière, le Pr Amsatou Sow Sidibé a relancé la polémique sur le nombre de mandats qui s’offrent à Macky Sall. Le leader de Car Leneen estime que l’actuel président peut légitimement prétendre à un troisième mandat ; sa conviction se base sur l’absence de mesure conservatoire qui aurait certes préciser que le mandat en cours est compris, mais aurait donné un caractère personnel à une loi fondamentale.
Le débat d’octobre 2017 entre professeurs d’Université (Amsatou Sow Sidibé, Ismaëla Madior Fall) et constitutionnalistes (Babacar Guèye) : à la lettre, rien n’interdit la passe de trois, malgré le déni de l’intéressé lui-même. Les raisons qui expliquent la bataille du second mandat seront les mêmes durant la présidence 2019-2024 et pourraient expliquer la nécessité d’un troisième mandat de sortie : elles seront exacerbées quand il s’agira de finir ce qui a été entamé avec l’aide de proches ; elles expliquent les violences exercées sur un électeur qui boude de plus en plus les urnes.

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Orientations Bibliographiques

a-Dr Boubacar Kanté, Maître de Conférences au Département de Droit Public et de Sciences Politiques, UCAD, Malick Diop,  Juriste :
Étude sur les principaux déterminants individuels de l’abstention au Sénégal de 2000-2016, (https://www.plateforme-ane.sn/…/%C3%A9tude_sur_les_principaux_d%C3%A9terminants_de_l‘absen » target= »_blank » rel= »noopener noreferrer » data-auth= »NotApplicable »>https://www.plateforme-ane.sn/…/étude_sur_les_principaux_déterminants_de_l‘absen,
Avril 2017.SYNTHÈSE DES RÉSULTATS DE l’ETUDE

b-Presafrik-Législatives 2017 – Taux de participation moins de 20%: Les Sénégalais boudent-ils le scrutin ?

c-Leral, Mercredi 30 Mars 2016 : « Au vu de tous ces chiffres, un constat s’impose : depuis 1993, en dehors de la présidentielle, les autres élections connaissent un taux de participation entre 38 et 40%, à l’exception manifeste des Législatives de 2012. Autre remarque : à chaque fois qu’une élection est organisée dans un climat de tension entre le pouvoir et l’opposition, le citoyen a tendance à rester chez lui. D’où la nécessité d’apaiser le climat et sans doute de trouver un autre discours plus mobilisateur.

d-Babacar Guèye, octobre 2017 : « Quand on a rédigé la Constitution, on a dû oublier certainement de prévoir des dispositions transitoires. Il fallait ajouter des dispositions transitoires pour prévoir que le mandat en cours fait partie du décompte des deux mandats que l’actuel Président peut avoir, ce qui fait que le président Macky Sall, en 2024, peut envisager de briguer un troisième mandat comme l’avait fait le président Wade. Par contre, il n’est pas trop tard pour rectifier la donne puisqu’une révision constitutionnelle peut être opérer pour définitivement clore le débat » (Rfm).