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Propos de mercredi : La «Génération Wade» arrive

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Les jeunes ayant accédé aux universités vers l’an 2000 vont aujourd’hui sur leurs 40 ans. Ils ont bénéficié des efforts consentis par le président Wade dans le domaine de l’éducation et de la formation. La généralisation des bourses et aides étudiantes, la massification des effectifs dans les masters et doctorats, l’ouverture de nouvelles universités,… ont permis la formation de milliers de cadres dans divers domaines. On peut le constater en regardant autour de soi, même en l’absence de statistiques.
Cette génération a également largement bénéficié du déverrouillage de l’accès à la Fonction publique que Diouf avait fortement réduit sinon bloqué, au nom de l’ajustement structurel.
La jeunesse des années Wade est entrée en maturité dans un contexte d’éclosion de la parole publique du fait, notamment, du foisonnement des médias privés et de l’animation subséquente du débat politique. Consciemment ou non, elle a été formatée par le style décomplexé et audacieux de l’ancien président.
Nombre d’entre eux, faut-il le signaler, ont fait leurs premières armes politiques dans la lutte contre les dérives du régime de Wade, notamment le 23 juin 2011. Une génération dont la mobilisation a sans aucun doute fortement contribué au succès de l’alternance de 2012.
La métaphore proposée ici pour la nommer s’inscrit dans l’esquisse d’un « portrait » rapide d’un phénomène social, plus que d’un hommage, superflu, à l’ancien président.
Cette génération frappe aujourd’hui aux portes et réclame l’accès aux responsabilités. Le plus grand échec de Macky Sall aura certainement été de transformer cette jeunesse, qui aurait pu accompagner son exercice du pouvoir, en opposants radicaux contre son régime.
Après avoir été les acteurs du 23 juin 2011, ils ont dû retourner au front pour inscrire la journée du 19 avril 2018 dans le livre d’or de la démocratie sénégalaise. L’émergence de Sonko et des autres jeunes candidats à la présidentielle en est une parfaite illustration.
De nombreux indicateurs font penser que cette « génération Wade » devrait pouvoir réaliser son ambition affichée de provoquer des ruptures fondamentales. Elle ne porte pas, comme ses prédécesseurs, le handicap d’un passé de luttes peu abouties, de demi-victoires et de désillusions. Elle dispose des leçons de la crise des grandes idéologies politiques, qui l’incitent au pragmatisme et à l’innovation. Elle bénéficie aussi d’un contexte africain et international favorable aux ruptures, avec le bouleversement en cours des grands équilibres mondiaux.
Si elle ne répète pas les erreurs et les errements de ses prédécesseurs, cette génération pourrait révolutionner l’espace politique sénégalais. Donner un sens à des valeurs positives comme le culte de l’éducation et de la formation, la récompense du travail et du mérite, l’amélioration du quotidien des populations, l’éthique politique, la gestion honnête, la déconcentration du pouvoir, assises sur un engagement patriotique sans faille. Permettre au Sénégal de rattraper son retard désolant dans ces domaines cruciaux, y compris sur de nombreux pays africains, et de prendre une nouvelle avance, conformément à sa vocation pionnière.
Pour cela, elle aura besoin de s’armer des valeurs de comportement que sont, entre autres, la lucidité, l’ingéniosité, le respect mutuel, soutenues par une grande fermeté de caractère.
Au-delà des velléités de survie d’un régime finissant, qui ne saurait résister devant la volonté des citoyens, c’est la chance d’un nouveau départ qu’il s’agit de saisir. Intelligemment.
19/09/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal