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PROPOS DE MERCREDI : La traite des mystificateurs

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Souvent, certains mots sont perçus comme de simples injures, alors qu’il s’agit de notions de science politique ayant un contenu très précis. Il en est ainsi du terme « dictature ». Mme Hessling, une juriste hollandaise, auteure d’une Histoire politique du Sénégal, s’appuie sur les travaux du célèbre Maurice Duverger pour identifier les conditions dans lesquelles un régime présidentialiste comme celui du Sénégal se transforme en « semi-dictature ». Le critère essentiel est celui de la régularité des élections. Ce qu’elle explique, c’est qu’un président qui concentre tous les pouvoirs et qui les utilise pour s’« auto-réélire » cesse d’être un président pour devenir un « semi-dictateur ». Ce n’est pas un hasard si le mot « dictature » a intégré le vocabulaire politique sénégalais depuis 2012.
On peut prolonger la réflexion scientifique de Mme Hessling en observant que la « semi-dictature » se transforme en dictature complète dès lors qu’en plus du trucage électoral, le président gouverne en cherchant à apeurer les populations par une répression brutale des libertés d’expression, d’une part, et à les décourager par la diffusion de fausses nouvelles, d’autre part.
On en a eu une bonne illustration hier. Une radio, toujours la même, la Radio des Fake-news et des Manipulations, a « informé » en direct ses auditeurs d’une « violente bagarre au siège du Pds » dont on cherche vainement les traces dans la presse de ce matin. On doit noter aussi la mobilisation massive des chroniqueurs marron pour persuader les populations de la fiction d’une « division du Pds ouvrant un boulevard à Macky Sall ». Cette fois-ci, même l’arrière-ban a repris du service. Mais en vain.
Fabriquer de toutes pièces une « affaire », mobiliser les médias pour lui donner une apparence de vérité, ramener certains ex-intellectuels chargés de lui donner un sens logique, le dictateur Hitler le faisait très bien. On sait qu’il avait fait incendier l’Assemblée nationale allemande pour « prouver » que ses opposants étaient des violents. La mystification est, plus que la grenade lacrymogène, l’arme élective des dictateurs.
Mais la mystification a son revers. Elle éduque les citoyens, développe leur esprit critique vis-à-vis des médias et leur apprend à rire des inventions misérables de « journalistes » griotisés par la magie du Cfa.
Elle met aussi en valeur ceux des journalistes qui exercent leur métier en toute indépendance, sans être intimidés par l’argent ni les menaces. Ils sont les plus nombreux et l’affaissement moral de certains pans de leur corporation en fait les hérauts et les héros de la liberté.
La traite des mystificateurs est donc ouverte. D’ici le 24 février, ce sera la quotidienneté du canular et de la fiction trompeuse. Mais il arrive toujours un temps où « on ne peut pas tromper tout le peuple », pour reprendre la célèbre expression du président américain Abraham Lincoln.
Gageons que ce temps est arrivé chez nous. Et que, par exemple, la volonté affichée de Mackabila de domestiquer les réseaux sociaux connaîtra le même sort qu’au Congo du vrai Kabila.
12/09/18
Mamadou Bamba Ndiaye
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal