Home»A la une»Que comprendre sur la revue de l’agence de notation Moody’s ? (Par Habib Ndao)

Que comprendre sur la revue de l’agence de notation Moody’s ? (Par Habib Ndao)

0
Shares
Pinterest Google+

Dès l’apparition de la pandémie COVID-19, le gouvernement du Sénégal a mis en place un Programme de Résilience Economique et Sociale (PRES) afin de renforcer le système sanitaire et de soutenir les ménages, la diaspora sénégalaise ainsi que les entreprises et leurs salariés.

Le 10 juin 2020, le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Macky SALL a donné des instructions fermes pour l’adhésion de notre pays à l’Initiative concertée de Suspension du Service de la Dette (ISSD) avec un effet immédiat jusqu’au 31 décembre 2020 pour un  montant de quatre-vingt-dix milliards cinq cent soixante-sept millions sept cent quatre-vingt mille huit cent soixante-quatorze (90 567 780 874) de francs CFA de service reporté de la dette (paiement du principal et des intérêts) due aux créanciers bilatéraux officiels, soit 13,51 % de la dette extérieure de 2020.

Le Président  entend ainsi affecter l’espace budgétaire ainsi libéré pour mieux faire face au financement des dépenses sanitaires, sociales et économiques inscrites dans le PRES.

Le 12 juin 2020, quand bien les agences de notation Standard and Poor’s et Fitch ont maintenu leur note initiale respective B+ pour le Sénégal (stable), le Président a instruit l’Administration fiscale pour présenter de façon transparente la situation économique au Comité de notation de Moody’s.

 

Avec l’effet de la COVID-19, toute l’économie mondiale est en berne, les principaux agrégats et fondamentaux se sont détériorés et de nombreuses puissances économiques vont entrer en récession. Ce qui donne au Président Macky Sall raison, lui qui avait très tôt tiré la sonnette d’alarme lors de la conférence sur la dette, sur une urgence de déplafonner les agrégats qui ne se justifie plus pour des pays comme le nôtre qui enregistre une croissance continue depuis 2012.

Avec l’impact de la pandémie, les statistiques font état d’un taux de croissance du PIB qui est projeté à 1,1% en 2020 contre 5,3 % en 2019 et d’un déficit budgétaire prévisionnel à 6,1% du PIB. La dette publique actuelle se situe à 63,3% du PIB.

Les ressources et dons mobilisés à fin avril 2020, dans le cadre des finances publiques, sont évalués à 810,4 milliards. Au terme des quatre premiers mois de 2020, la gestion budgétaire est caractérisée par une hausse soutenue des ressources et une rigoureuse rationalisation des dépenses publiques.

  • Le Sénégal a connu une revue pour dégradation et non une dégradation de sa position économique

Il est utile de faire la distinction entre les deux concepts

Une revue pour dégradation a lieu lorsque l’agence décide de mettre la notation sous surveillance.

Une dégradation a lieu lorsque l’agence de notation considère que les perspectives économiques se sont sombres

Il y’a lieu de préciser avec force que le Sénégal, malgré le confinement économique et son adhésion à l’ISSD, dispose, au moment de la revue,  d’une capacité financière et d’une volonté politique de payer le service de sa dette.

La lecture de cette revue est que notre économie bénéficie, grâce à une croissance continue de longues années d’une solidité financière lui permettant de respecter tous ses engagements et donc reste viable sur le plan budgétaire et économique.

Notre pays continue d’avoir une approche proactive durant la période de surveillance et produira tous les éléments nécessaires pour prouver sa solvabilité et garantir la soutenabilité de sa dette, malgré son adhésion à l’ISSD.   

Le monde va devoir faire face à une crise économique sans précédent depuis celle de 1929 et il est important de rappeler les nouvelles orientations du Président pour un rattrapage infrastructurel et atteindre nos objectifs d’émergence économique : Nouvel Ordre Economique Mondial, Renégociation concertée de la dette publique des pays africains, Déplafonnement du taux d’endettement au-delà de la norme communautaire de 70%, Révision de la norme de déficit budgétaire (-3%).

Faisant suite aux orientations du Président Macky Sall, les pays de l’UEMOA ont récemment décidé de mettre en place une stratégie communautaire dont la suspension temporaire du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité lors d’un sommet extraordinaire.

Par ailleurs, sur le plan des réformes majeures visant à promouvoir une croissance inclusive, outre les dernières ordonnances sur le fonctionnement du marché du travail, l’Etat est en train d’améliorer l’accès à la propriété et au crédit avec les interventions de la DER et du FONGIP, l’inclusion financière des couches vulnérables (jeunes, femmes, TPE) et l’efficacité des instruments existants pour soutenir davantage les petites et moyennes entreprises (PME).

A cela, s’ajoute une batterie de réformes structurelles en matière de finances publiques à travers le budget programme, le plan YATAAL, le renforcement du Compte unique du trésor et une gestion plus prudente de la dette.

Enfin, le Sénégal a mis en place un dispositif de gouvernance solide et transparent pour le secteur de l’énergie et des hydrocarbures pour le bénéfice des générations actuelles et futures (contenu local, code pétrolier et gazier, etc.) et s’est aussi engagé à revenir progressivement à un déficit budgétaire de 3% du PIB à l’horizon 2022.

C’est l’occasion de féliciter le Président Macky Sall d’avoir initié et mobiliser sous son leadership une réunion du FOCAC avec l’UA, la Chine étant le principal créancier de l’Afrique.

Par Habib NDAO, Secrétaire Exécutif de l’OQSF