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Révolution conservatrice en Amérique * (Par Adama Gaye)

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Il y a toujours quelque chose de nouveau en Amérique. Charme d’une démocratie où les surprises ne sont jamais contenues par quelque tyranneau de village, c’est donc ici qu’il y a bientôt deux ans, les électeurs contredisaient les experts pour élire un Donald Trump que tres peu de bons pensants voyaient vaincre la favorite de l’establishment -Hillary! Je fus l’un des rares à l’avoir prédit, dit et écrit avant la lettre.
Terre de contraste aussi. Ou les autochtones indiens furent quasiment exterminés, spoliés de leurs terres, et qui se proclame championne des libertés. Et d’abord de la démocratie. C’est aussi ce pays béni des Dieux par ses richesses et la variété de sa géographie. Pays de Dieu, s’exclament même les Nigerians, jamais a court de superlatifs.
Il en a cependant toujours, ou presque, été ainsi de ce pays de plus de 9 millions de km2 et de 300 millions d’habitants.
Quand le 13 mai 1607, le Mayflower, bateau piloté par John Smith avec les premiers migrants anglais à son bord accoste en Virginie, tous se laissent aller à un cri de joie. “Le ciel et la terre ne se sont jamais autant mis d’accord pour créer un aussi bon endroit où vivre sur terre”, affirmera, poétique, Smith.
Quelle Amérique aujourd’hui? Est-ce ce pays où les riches préfèrent léguer leurs biens à des chiens et chats qu’à de pauvres humains, comme me le confie, dépité, un africain américain alors que nous marchons sur la 5ème avenue de New York? Ou les animaux comptent plus que les etres humains, pour certains?
Ou bien est-ce le pays essentiel, fondamental dans le concert des nations?
De l’aéroport Bush à Houston alors que je pars à Londres, je préfère voir cette superpuissance qui a su se doter des instruments et du savoir pour dominer le monde.
Son dollar, monnaie des transactions planétaires, lui donne un avantage exorbitant détaillé dans un remarquable ouvrage par Barry Eichengreen.
En 2002, on disait qu’elle était à court d’énergie: par sa révolution du gaz de schiste, portée par des technologies efficaces, et sa capacité à tuer les coûts, elle a repris la tête. L’Amerique est en passe de devenir le champion des hydrocarbures planétaires.
Aujourd’hui sa bourse explose et les valeurs américaines sont au top. Pendant qu’aucune entreprise, même la surpuissante General Electric, ombre de ce qu’elle fut sous son mythique dirigeant, Jack Immelt, n’est épargnée par la mortelle menace d’une disruption. Ce pays bouge à une allure infernale. Terre de Steve Job et Bill Gates, sa domination de la nouvelle révolution technologique est incomparable. Ça se voit partout. Devant les tablettes omniprésentes, installées dans les aéroports et cafés, une nouvelle Amérique, maîtresse de la tecHTonique des plaques numériques, mène la danse. De loin. Deux ans après l’arrivée de Trump au pouvoir, le pays est en surchauffe: le taux de chômage, à moins de 4 pour cent, est au plus bas depuis 1949, sa base militaro-industrielle est en train d’être reconstituée, son économie étonne par sa vitalité retrouvée, au point que, retourné à ses amours isolationnistes, le pays vit une ère flamboyante de patriotisme anti-mondialisation, qui se traduit par une hostilité affichée vis-à-vis d’une Onu plus détestée que jamais ici. Que l’ONU quitte New York, disent même les plus audacieux. Couvée par les eaux du Pacifique et de l’Atlantique, l’Amerique se veut autonome. “Politics stops at the waters’ edges”, avait expliqué le défunt, influent, sénateur Arthur Vandenberg, dans une formule qui définit l’exceptionnalisme américain. La politique et les querelles s’arrêtent à nos bordures océaniques, affirmait-il.

Par le savoir, la technologie, l’intérêt national, le leadership, fut-il loufoque, Trumpien, l’Amerique reprend sa place dans la compétition inter-États. En tête !
Certes en la Chine elle tient un adversaire teigneux. Comme lorsqu’en 1870 l’Allemagne Bismarckien fut celui de l’alors nation dominante -la Grande Bretagne.
Même par la remise en cause des mauvaises pratiques de dumping, des accords commerciaux économiques ou militaires, y compris le financement de l’OTAN, c’est une Amérique imaginative qui se révèle. Aucun tabou ne se dresse plus sur sa route pour réclamer sa place.
Trump serait-il un génie? Un génie fou !
Il faut même relever qu’après avoir laissé ici se déployer le mouvement féminin contre les violences sexuelles, son acharnement à maintenir en place Brett Kavanaugh, le juge de la Cour Suprême qu’il vient de nommer, contre les accusations de viol portées par une dame, est sur le point de faire bouger le balancier. Les femmes vont devoir convaincre désormais ! À trop vouloir accuser, parfois pour des gains, certaines d’entre elles vont-elles tuer leur cause. Les accusations de viol urbi et orbi, piochant dans un passé lointain et des circonstances contradictoires, commencent à bien faire. Il était temps de remettre un peu d’ordre dans ce brouhaha qui ensevelit la vérité…
La révolution conservatrice en cours ici remet tout en question en exerçant le passage par un tamis de vérification impitoyable.
De cette Amérique changeante, j’ai eu ces derniers jours l’occasion d’en sentir les effets sur le front des hydrocarbures; en parlant entre autres avec Harry Sullivan, brillant juriste, au cœur de l’architecture juridique autour du projet gazier Tortue entre le Sénégal et la Mauritanie.

Les secrets de l’Amérique sont multiples: même après avoir traité nombre de nos pays en mer…, Trump le prouve en montrant son soft-power par l’envoi de Mélania, son épouse, conquérir les cœurs meurtris des Africains.

Qui disait que ce pays ne carbure qu’au hard-power cher à Hans Morgenthau ?

America is back and her race with China is the thriller of the 21st century -stay tuned !

Ps: Je prends part au Sommet Afrique du Financial Times et à la mega conférence du New York Times sur le pétrole à Londres. On dabbb !

*Adama Gaye est diplôme de USForeign policymaking, Université du Maryland, USA.