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Santo subito pour OTD ? (Par Jean-Marie Biagui)

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Il existe, depuis la nuit des temps, deux catégories de témoignages funèbres : des témoignages vrais et des témoignages vrais, à cette différence près que les premiers s’avèrent opportuns et les seconds inopportuns.

Opportuns, dès lors qu’ils portent bien leur nom de ‘‘témoignages funèbres’’. Et de tous les témoignages entendus ou lus, consécutifs à l’annonce du décès de Ousmane Tanor Dieng, seul celui du président Macky Sall a le mérite d’être apprécié comme comportant réellement le vrai.

En effet, le président Macky Sall se dit « véritablement bouleversé par la mort d’un ami fidèle et loyal », doublé d’un « conseiller avisé ». Ça sent, ici, le vrai. Et ça l’est, vraiment.

Car, sans la loyauté sans failles de Ousmane Tanor Dieng à l’égard du chef de l’Etat, Khalifa Sall n’aurait jamais été inquiété par le président Macky Sall. Et nous savons, tout le monde sait, combien cela a pu être bénéfique pour celui-ci, et dramatique pour celui-là, sa famille biologique et ses proches, ainsi que pour que sa famille politique, le Parti Socialiste (PS).

Or, de l’aveu même du défunt, Khalifa Sall lui avait été confié par un certain Abdou Diouf. L’histoire retiendra toutefois, pour la postérité, que l’ancien chef de l’Etat et ex-patron du PS n’aura été d’aucun secours d’aucune sorte quand son second fils putatif va crouler sous les assauts du désormais protégé ou protecteur du président Abdou Diouf, c’est selon, le président Macky Sall, avec la complicité active de son premier fils putatif Ousmane Tanor Dieng.

L’eût-il été, lui le président Abdou Diouf, soutenu en cela par feu Ousmane Tanor Dieng, que le destin de Khalifa Sall en eût été autre, et le cours de l’histoire du Sénégal changé, voire bouleversé.

Où l’on mesure le sacrifice de Khalifa Sall, d’une part, et, de l’autre, l’hypothèque que l’alliance Abdou Diouf–Macky Sall–Ousmane Tanor Dieng fait ainsi peser sur le PS.

Inopportuns, parce qu’ils cèlent du vrai, qui cependant aurait dû être dit, déclamé même, du vivant du défaut. Et nous pouvons noter dans cette catégorie, par exemple, les panégyriques de Khalifa Sall et de Bamba Fall d’une part et le silence-témoignage de Robert Sagna d’autre part à l’égard de leur frère défunt, entendu que les premiers contrastent d’avec le second dans la mesure même de leurs bruits respectifs et du sens ou du non-sens que chacun d’entre nous peut volontiers leur donner respectivement.

Où l’on découvre que l’ex-maire de Dakar et le maire de la Médina ne sont guère immunisés contre le syndrome de Stockholm. Au contraire manifestement de l’ancien édile de Ziguinchor.

Au demeurant, nous ne doutons pas, mais alors pas du tout, que notre présent témoignage funèbre, si tant est qu’il en soit véritablement un, puisse être rangé dans la catégorie des témoignages inopportuns, même si nous ne faisons ici que répéter ce que nous ressassons en l’occurrence depuis plusieurs années déjà.

Ainsi, donc, Ousmane Tanor Dieng était-il ce que Khalifa Sall depuis sa cellule et Bamba Fall ont bien voulu dire qu’il était. Sauf qu’ils auront omis, dans leurs éloges funèbres, volontairement ou non, de rappeler au bon souvenir des Sénégalais, que si Ousmane Tanor Dieng n’était pas le plus sûr, le plus loyal des alliés de Macky Sall, le maire arbitrairement déchu de la Capitale n’aurait pas été embastillé à la prison de Rebeuss, où il croupit donc depuis maintenant plus de deux ans.

Non ! nous refusons de nous résoudre un tant soit peu à l’idée qu’avec la mort de Ousmane Tanor Dieng, l’intelligence soit morte. De sorte que, fort heureusement, à la faveur de ce que l’intelligence ne peut que lui survivre, nécessairement donc, nous croyons pouvoir affirmer que, justement, avec la mort de Ousmane Tanor Dieng, les retrouvailles de la famille socialiste sont désormais possibles, et même plus que jamais attendues, pour peu cependant que les Socialistes le veuillent. C’est à la fois une certitude et une conviction.

En tout état de cause, en ce qui nous concerne, nous retenons de Ousmane Tanor Dieng un faucon parmi les faucons les plus irréductibles de la présidence de la République d’alors, dans la gestion hasardeuse et calamiteuse, paternaliste et frisant le mépris, du « Problème casamançais ».

Mais il paraîtrait que c’était là plutôt la preuve par excellence de son patriotisme invétéré et de ce qu’il était un homme d’Etat d’une froideur à toute épreuve, tel un iceberg dérivant imperturbablement dans une Mer-République chaude et constamment agitée. Ce qui fera dire à certains : Enfant de la République Ousmane Tanor Dieng était, mort en tant que tel il fut.

Nous gardons aussi de Ousmane Tanor Dieng, avec nos cousins de Joal-Fadiouth, le souvenir de celui-là même qui aura fait payer au prix fort à ce Terroir, politiquement et socio-économiquement, injustement, « son » épithète de « l’enfant gâté » du Sénégal du président Léopold Sédar Senghor, depuis l’abdication de celui-ci.

Pour autant, quoique nous n’ignorions pas que la politique, où le défunt Socialiste avait fait ses classes, rien que ses classes, n’est jamais qu’une affaire d’immanence, mais guère de transcendance, il nous plait de souhaiter à Ousmane Tanor Dieng d’accéder possiblement bientôt au royaume des Saints. Et pourquoi pas Santo subito ?

En tous les cas, qu’il repose en paix dans sa chère terre natale de Nguéniène.

Dakar, le 23 juillet 2019.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)